Yan Morvan

Posted: November 8th, 2016 | Author: | Filed under: interviews | Tags: , , | No Comments »
Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+Pin on Pinterest

Un café avec Yan Morvan

01

On a beaucoup parlé de Yan Morvan aux dernières Rencontres de la Photographie d’Arles. Il y présentait les Champs de Bataille. Un travail entamé en 2004 pour lequel il a parcouru le monde muni de son trépied et de sa Deardoff 20x25cm à la recherche des lieux où s’est déroulé un conflit armé ou une guerre. De Verdun au Mexique, en passant par l’Espagne et les Etats-Unis, il a rassemblé 430 images qui ont la particularité d’évoquer la guerre sans la montrer de manière frontale. Son travail invite plutôt à une réflexion plus globale sur l’Histoire.
Comment le présenter ? Photoreporter de guerre serait trop réducteur. Il fait des images qu’il donne à voir au monde : il est photographe, point.
Il s’intéresse au chaos, à la violence, qu’elle soit manifeste ou juste suggérée. La série Blousons noirs avait choqué au moment de sa publication. Le sentiment de transgression est véhiculé par les photos de ces loubards en noir et blanc prises à la volée, dans l’action.
Il y a du Danny Lyon chez Morvan, car tout comme le photographe américain, il prend le temps de suivre ceux qu’il documente. Il en fait l’expérience. Il a passé près de trois ans avec ces bandes de rockers marginaux et des Hell’s Angels. Le résultat est époustouflant.
Je retrouve Yan Morvan à une terrasse du Marais, non loin de la galerie Thierry Marlat où est exposée la série de photos en noir et blanc sur les blousons noirs.

Le livre sur les blousons noirs sort prochainement.
J’ai déjà publié trois livres. Le premier s’appelait Le Cuir et le Baston, au moment où je suivais toutes ces bandes. C’était un livre de textes incluant un cahier de photos de seize pages; à l’époque l’édition de livres de photos était assez rare en France. Ensuite j’ai publié un deuxième livre, Gang, qui documentait les années 75 à 95. Le point d’orgue de l’ouvrage était mon enlèvement par Guy Georges. Et enfin Gangs Story. L’histoire de ces bandes est indissociable des vagues d’immigration en France.

La page Wikipédia qui vous est consacrée vous présente comme un photojournaliste de guerre.
On dit “Yan Morvan est sulfureux”. Je suis un peu comme un Pygmalion, chaque journaliste a tendance à me mettre dans une catégorie : ça va de l’intellectuel cynique au va-t-en guerre. Donc tout ça est très relatif puisque cela dépend de la personne que j’ai en face de moi. On a écrit que j’avais pris des balles, ce n’est pas le cas; je n’ai jamais été blessé.
Après la sortie des Champs de Bataille, qui m’a apporté une certaine notoriété, j’ai eu envie de faire quelque chose de plus personnel. Blousons noirs tel qu’il sort aujourd’hui est ce que j’avais en tête il y a quarante ans. Ce n’est pas un livre sur les gangs à proprement parler mais c’est un travail politique sur la fracture sociale de la société.

C’est un travail qui traite du déracinement.
Tout à fait. J’avais vingt ans, j’étudiais à la fac de Vincennes. Dans les années 70, les journaux ne publiaient pas de reportages sur le prolétariat. Je documentais un phénomène que personne ne comprenait à l’époque. Ces gens étaient en rupture avec la société, ils n’avaient pas fréquenté les bancs de l’école, ils portaient des croix gammées pour faire chier le monde. Ils allaient chercher des symboles de toute puissance sans en connaître la signification. C’est un comportement typique chez ceux qui sont en perte de repères. N’oubliez pas qu’à l’époque, la photographie sociale ne s’intéresse qu’au monde ouvrier et aux manifestations. Mais ce n’était pas du tout mon truc.

Parlez-moi de vos débuts.
J’ai étudié les maths mais je voulais faire du cinéma. L’un de mes profs m’a mis en contact avec le journal Libération et je me suis retrouvé à faire des photos pour eux. Donc j’ai fait de la presse pour gagner ma vie. J’ai documenté la guerre pendant longtemps, ça ne me dérangeait pas. Et finalement, la photo me convient mieux. Certains vont hurler mais la photo est plus complexe que le cinéma d’une certaine manière. Une photo doit rassembler toute une histoire en une seule image.

Alors que le cinéma déroule l’histoire…
Je présume que vous avez appris la photo par vous-même ?
Les écoles de photo n’existaient pas à l’époque. J’ai tout fait à l’instinct, sans être “pollué”. Je n’avais rien vu avant. Il y a des images dans les blousons noirs qui sont d’une violence et d’une spontanéité que je ne retrouverai probablement jamais.

J’ai entendu dire qu’il y a une histoire de bague à l’origine de votre incursion chez les blousons noirs…
C’était en juin 75. Je vendais des bagues sur la place du Tertre à Montmartre et j’ai croisé ce gars tout maigre avec son Perfecto en simili cuir et ses badges. Je l’ai suivi un moment avant d’oser l’aborder. Il accepte de poser et c’est le début d’une aventure chez les blousons noirs qui va durer trois ans. La grande majorité d’entre eux est issue de l’immigration. Ils vivent en périphérie chez leurs parents et se retrouvent le samedi soir pour une virée sur les Champs-Elysées ou dans un bar. Ils sont dans un état de révolte permanent, armés d’une simple chaîne de vélo ou d’un cran d’arrêt.

J’ai l’impression que votre travail porte sur la violence : elle est présente en filigrane sans être montrée de manière manifeste.
C’est difficile de vous répondre. En tout cas, la question que je me pose c’est “pourquoi je fais ça ?”. Pour moi, le monde est un chaos et l’homme est un loup pour l’homme. Les gens ne s’en rendent pas compte parce qu’ils sont préservés dans leur vie quotidienne.
J’ai été condamné à mort deux fois. Mais je suis toujours là !

Vous êtes un inconditionnel de l’argentique.
Oui, depuis toujours. J’ai quelques appareils numériques mais je l’utilise comme des gadgets. Les blousons noirs ont été faits au Leica en noir et blanc. Nous avons rassemblé toutes mes planches contact pour le livre. Et pour l’exposition à la galerie, nous avons utilisé un procédé de tirage assez inédit. La subligraphie est une technique de reproduction d’images de très haute qualité sur des matériaux durs recouverts d’un vernis polyester. L’impact visuel est saisissant.

02

03

04

05

06

07

08

09

10

11

12

13

Merci à Thierry Marlat (Galerie Thierry Marlat), Pierre Fourniaud (la Manufacture de livres) et Yan Morvan

Toutes les images sont reproduites avec l’aimable autorisation de Yan Morvan


Danny Lyon

Posted: November 6th, 2016 | Author: | Filed under: portfolios | Tags: , , , , , | No Comments »
Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+Pin on Pinterest

American photographer and filmmaker born in 1942

USA. Louisville, Kentucky. 1966. Crossing the Ohio.

USA. Griffin, Georgia. 1962. Racer.

USA. Elkhorn, Wisconsin. 1963. Rider's meeting.

USA. La Porte, Indiana. 1962. Ronnie and Cheri. La Porte, Indiana.

USA. McHenry, Illinois. 1965. Racers.

USA. Chicago. 1965. Corky and Funny Sonny.

USA. 1966. A page from Johnnie Davis' scrap book.

USA. Schererville, Indiana. 1965. Sparky and Cowboy (Gary Rogues).

USA. Louisville, Kentucky. 1966. From Lindsey's room.

USA. Elkhorn, Wisconsin. 1966. Cal.

P4851-0053, 9/12/08, 1:57 PM, 16G, 4184x5920 (1064+592), 100%, Custom, 1/80 s, R48.8, G33.3, B56.1

USA. Prairieville, Louisiana. 1964.

USA. Schererville, Indiana. 1964. Racer.

USA. Chicago, Illinois. 1965. Santa Fe track.

USA. Wisconsin. 1965. Route 12.

16

USA. Chicago, Illinois. 1965. Corky at home.

USA. Milwaukee, Wisconsin. 1965. Funny Sonny packing with Zipco.

USA. Chicago, Illinois. 1965. Benny, Grand and Division.

USA. Elkhorn, Wisconsin. 1965. Outlaw camp.

USA. Midlothian, Illinois. 1965. Seventeenth Annual World's Largest Motorcycle Blessing, St. Christopher Shrine.

USA. Detroit, Michigan. 1965. Renegade's funeral.

USA. Detroit, Michigan. 1965. Renegade's funeral.

USA. Chicago, Illinois. 1965. New York Eddie's.

USA. Cicero, Illinois. 1965. Benny at the Stoplight.

USA. Illinois. 1965. Outlaw women, Starved Rock picnic.

USA. McHenry, Illinois. 1965. Racers.

USA. Chicago. 1965. Gaucho field meet.

USA. McHenry, Illinois. 1965. Brucie, his CH, and Crazy Charlie.

USA. 1966. Johnny Davis's scrapbook.

 


Bill Bernstein

Posted: May 14th, 2016 | Author: | Filed under: portfolios | Tags: , , | No Comments »
Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+Pin on Pinterest

When New York was the epicenter of Disco during the late Seventies

01

02

03

04

05

 

06

07

08

09

10

11

12

13

14

15

16

17

18

19


Al Vandenberg

Posted: May 14th, 2016 | Author: | Filed under: portfolios | Tags: , , | No Comments »
Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+Pin on Pinterest

American photographer (1932 – 2012)

1

2

3

4

5

6

7

8

9

10

11

12

13

14

15

16

17

18

19

20

21

22

23

24

25

26


Mathilde Veyrunes

Posted: October 20th, 2015 | Author: | Filed under: interviews | Tags: , , | No Comments »
Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+Pin on Pinterest

IMG_2673

One of your project, a film titled The Run, was shot in San Francisco while you were living there.
How did you end up living in San Francisco?

Seven years ago I started reading a book by Richard Brautigan, Trout Fishing in America, written in 1961. It depicted North California mainly. Then I started to think, ‘I should go there’. I first came in 2009, I was on holidays and I stayed a few days in San Francisco. I was on a road trip, and I drove also to Death Valley, Las Vegas…
But my goal was to come back to San Francisco. Also for its musical scene – both from the past and from today.

San Francisco is also heavily depicted in the movies. Did it play a role?

I think so. I was struck by Norman Foster’s film noir from the 1950s, Woman on the Run. And it influenced me for my project called The Run. It is a black and white movie about a woman looking for her husband all over the city as he disappeared. The more she discovers San Francisco, the merrier she founds herself.
I wanted to create a portrait of the same character today. It allowed me to tell a different story with additional personal content.

When I think about San Francisco and the movies, I end up with the same idea: San Francisco is a character. The city is “the” character.

I see what you mean. San Francisco is one of the main characters of my film The Run. Like many artists I was attracted by its energy, and movies like Vertigo, Zodiac, Chan is missing, The Conversation, The Game…made it in a way. You can’t avoid the background set which is San Francisco. I tried to use it as a set as well.

still01

You studied at Fine Arts School. I was wondering if you specialized in video.

Yes I focused on video for my diploma, and before that I studied photography and writing.

You write, direct and produce your films. Did you choose to become a filmmaker while studying there?

I think I was 20 something, already in that school. Discovering David Cronenberg and David Lynch had a huge impact on me.
Around the same period, I found out my dad used to love the same directors. So I enjoyed watching a lot of movies at home. From that time cinema became important – as I did not really care before.

So it was obvious: you wanted to direct movies.

Yeah. I remember telling my friends I want to make films. Like a statement you know.
But it mattered for me to complete my studies. I took profit of the video class. I started to do installations with videos. I wanted to learn from that device.

Photography seems important for you as well.

I think so. I studied both photography and video.
And photography is video without motion, right?
My first pieces looked very much like photography: fixed shots, and there were no characters. It took me some time to include characters -or life if you prefer – and possibly tell a story if I can say so.

still010

How much did you learn from this medium? I mean how much is the training and how much is you?

I was glad because I was not trained to learn technics. I learn everything about video by myself. Except for the editing, we had a studio at school for post production and people who were good at it. And I learned from them. But I wasn’t taught how to direct a movie, which is good I think. I just grabbed a camera and I was trying to do things. In the beginning I did some shots in the dark and there was a lot of noise in my pictures. At first, I was disappointed but then I became more interested in it. These accidents are good in a way.

What kind of camera do you use?

I use a Canon Mark III, I bought it three years ago when I got a grant from the DRAC. My goal was to learn more technical stuff as well. And the challenge is to make images at night. And I use Avid technology for the editing.

When I first looked at your website, I was intrigued by a series of old photographs called The Oversights. Where are they coming from?

I found them while I was in Los Angeles for a few days. It was in a shop selling old stuff and a lot of photographs from the 1950s. There were all disordered in huge boxes, obviously from different families photographs. I took photographs I liked and I guess I was interested in making connections between them. They already tell a story, I am just using them for something different. It is a work in progress as I could get more like these.

wIZ6A7977

Could one of these pictures become the starting point for a new project of yours?

Yeah sure, why not? I think I bought these in the first place because I was interested in doing a film in Los Angeles. So it was a kind of portrait of the city in that time. Maybe they are the first clues for something. We’ll see (laughs).

You also have an ongoing musical project.

I am writing songs on my own with my guitar before working on the arrangements with other musicians. It is what we usually call folk rock music. I started this work last year with a guitarist, we used to be called Sailor, but right now it is just me.

What about your current plans?

I am still doing research on the 1950s area. The last book I read was Minor Characters by Joyce Johnson. She is a writer from the Beat Generation and she wrote this book about her friends from this period, mainly about Jack Kerouac. I am very interested in the research of identity, like these writers. I would like to go back to San Francisco to make another film.

WEBIZ6A5530

Mathilde Veyrunes lives and works in Paris.
www.mathildeveyrunes.fr


Roger Minick

Posted: September 26th, 2015 | Author: | Filed under: portfolios | Tags: , , | No Comments »
Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+Pin on Pinterest

American photographer born in 1944

01

02

03

04

05

06

07

08

09

10

11

12

13

14

15

16

17

18

19

20

21

22

23

24

25

26

27

28

29

30

31

32

33

34

35

36

37

38

39

40

41

42

43

44

45

46

47

www.rogerminick.com


Brock Davis

Posted: August 29th, 2015 | Author: | Filed under: portfolios | Tags: , , | No Comments »
Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+Pin on Pinterest

American creative director working with mediums such as photography, sculpture, illustration, graphic design and video. The following series were made with an iPhone.

01

02

03

04

05

06

07

08

09

10

11

12

13

14

15

16

17

18

19

20

21

22

23

24

25

26

27

28

29

30

31

32

33

34

35

36

37

38

39

40

www.itistheworldthatmadeyousmall.com

 


Léo Dorfner

Posted: July 8th, 2015 | Author: | Filed under: interviews | Tags: , , , | No Comments »
Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+Pin on Pinterest

If I thought about Léo Dorfner (in some attempt to define his work), I would come with two pictures: drawing and Gitanes cigarettes. Speaking of cigarettes, he keeps his packs and draws some of his favorite albums artwork on it. It ranges from Queens Of The Stone Age to Elvis Presley, including Serge Gainsbourg and David Bowie among many others.
He is working with digital photography, Polaroid, drawing and watercolor painting. He usually takes pictures first and works from them. Watercolor painting has an immediate effect: no remorse is allowed. He is also the man behind Branded magazine.
He is currently living and working in Paris. He is represented by Anouk Le Bourdiec gallery.

smoke_petitsmoke signals, watercolor, pencils and felt pen on Gitanes packs

What is your idea of perfect happiness?
A full wine cellar
What is your greatest fear?
Butterflies
What is the trait you most deplore in yourself?
My shyness
What is the trait you most deplore in others?
Arrogance
Which living person do you most admire?
Nobody
What is your greatest extravagance?
Art books
What is your current state of mind?
Relaxed
What do you consider the most overrated virtue?
Modesty

Le mythe du dragon des piscines - 105 x 150 cm - 2014_web

Le mythe du dragon des piscines, watercolor on paper

On what occasion do you lie?
When I speak about myself
What do you most dislike about your appearance?
My legs
Which living person do you most despise?
Francis Huster, Robert Hossein and Claire Chazal
What is the quality you most like in a man?
Coolness
What is the quality you most like in a woman?
Beauty
Which words or phrases do you most overuse?
Les gros
What or who is the greatest love of your life?
A woman
When and where were you happiest?
When I was a child, at home
Which talent would you most like to have?
Play the piano
If you could change one thing about yourself, what would it be?
See question 3 & 10
What do you consider your greatest achievement?
I don’t know
If you were to die and come back as a person or a thing, what would it be?
Léo Dorfner
Where would you most like to live?
Paris or New York
What is your most treasured possession?
Artworks
What do you regard as the lowest depth of misery?
Hunger, I guess
What is your favorite occupation?
Look out by the window

Alpha Centauri - 65 x 50 cmAlpha Centauri, watercolor on paper

What is your most marked characteristic?
My perfume
What do you most value in your friends?
Kindness, and when they bring some drinks
Who are your favorite writers?
Michel Houellebecq and Alex Barbier
Who is your hero of fiction?
Don Draper
Which historical figure do you most identify with?
No one
Who are your heroes in real life?
A lot
What are your favorite names?
Those I know
What is it that you most dislike?
Mouth sounds and endives
What is your greatest regret?
No regrets
How would you like to die?
Of a heart attack
What is your motto?
Enjoy!

born to kill01

born to kill02

Born to kill, engraving on Zippo lighter

www.branded.fr

www.galeriealb.com


Hans-Walter Müller

Posted: April 4th, 2015 | Author: | Filed under: interviews | Tags: , , | No Comments »
Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+Pin on Pinterest

UN ARTISTE ARCHITECTE
L’art et l’architecture

vassiviereIle de Vassivière

Quel parcours avez-vous suivi ?

Je suis le fils d’un architecte et donc profondément lié à l’architecture qui est ma première préoccupation. J’ai fait des études d’architecture. L’art intervient automatiquement dans l’architecture si on la considère comme elle doit l’être. Si on fait de l’architecture pour les gens, ce n’est pas seulement un abri ou quelque chose dans lequel il y a toutes les fonctions nécessaires, il faut également y apporter un plus, ayant à voir avec l’art de préférence, tout en maîtrisant l’espace, c’est-à-dire en prenant en compte les proportions. S’intéresser aux proportions est passionnant lorsqu’on est architecte car il y a là l’essentiel de l’architecture. Tout autre chose n’est qu’apparence, comme une façade par exemple. Il faut pénétrer dans l’architecture pour la vivre, il ne faut pas faire du tape à l’œil, ou alors juste un peu…

L’architecture gonflable

L’architecture gonflable est au cœur de votre travail. Les gonflables sont des structures en plastique mises en tension par de l’air sous-pression. Elles peuvent se gonfler et se dégonfler et sont donc, par définition dynamiques. Comment s’articule la filiation entre l’art cinétique et les gonflables ?

C’est l’art cinétique qui m’a conduit à faire des gonflables. Et effectivement, j’ai immédiatement compris que les gonflables étaient la continuité de l’art cinétique appliqué à l’architecture. C’est-à-dire que d’un seul coup, ce n’est plus un élément ou le spectateur qui est en mouvement, c’est l’architecture elle-même, qui peut apparaître et disparaître. L’apparition et la disparition, le volume extrêmement réduit d’une maison de 2000 m2 qui peut devenir 1m3 de matière proprement dite –en ce qui concerne la bâche-  tout ça m’a plu. C’était un peu comme au pays des merveilles, tant cela me paraissait impossible au départ. Et aujourd’hui, beaucoup d’architectes célèbres aimeraient bien enlever la pesanteur. Ils font des essais en mettant des poteaux au travers, mais il faut toujours quelque chose pour donner l’illusion que la matière n’existe pas. Alors qu’avec les structures gonflables, la matière est extrêmement réduite et il n’y a quasiment pas d’épaisseur. Car l’épaisseur pose des problèmes dans l’architecture dite traditionnelle, car en effet toutes les maisons ont une épaisseur. Avec les gonflables, cette épaisseur est réduite à 1mm. Cela comporte beaucoup d’avantages car on ne sait jamais où placer les trames dans la construction d’une architecture traditionnelle. Il n’y a que la peau dans les gonflables, et une sorte de vêtement. Dans ce sens, je travaille comme un couturier : je fais de la haute-couture en architecture. Et la démarche est quasiment la même, je fais des découpes et des gabarits avec des ciseaux. C’est ensuite assemblé, par la couture ou par la soudure à haute fréquence. Le résultat est meilleur en utilisant la seconde technique. Ce qui m’a frappé avec ce nouveau type de construction, ce sont les nouvelles lois qu’il engendre : la mécanique des fluides, qui n’a plus rien à voir avec la pesanteur. C’est une façon différente de construire, car ce n’est plus pierre sur pierre suivant le principe de l’accumulation.

bordeauxBordeaux

Une architecture de la mobilité

Comme vous venez de le dire, les gonflables ont instauré une nouvelle façon de construire, incluant le principe de mobilité. Semblables à une deuxième peau, ces structures légères évoquent le corps en mouvement, le nomadisme. Quelle est selon vous la manière idéale pour l’homme d’habiter son environnement ?

Si je dis aux gens que j’habite dans une bulle, ils pensent à une bulle telle qu’on en voit dans les bandes-dessinées, avec une autre bulle pour s’assoir etc. Mais si vous venez chez moi, vous verrez que ce n’est pas le cas. Une partie de ma maison est en gonflable et j’ai creusé dans le sol, en aménageant des ouvertures aux deux extrémités. Je tire parti de la terre pour ses qualités d’isolation. Je pense que nous avons tout intérêt à utiliser la terre pour construire, au lieu d’édifier des tours se développant en hauteur. Cela permettrait d’éviter – entres autres – que certains architectes fassent juste des jolies façades, en oubliant l’intérieur. J’ai toujours rêvé de faire un concours d’architectes qui aurait lieu dans le sol.

Etes-vous d’accord avec le fait que l’architecture gonflable induise le principe de mobilité ?

Effectivement, un gonflable est beaucoup plus mobile qu’une architecture traditionnelle, mais un gonflable peut aussi rester pérenne. Par exemple, je vis depuis quarante ans dans un gonflable qui est resté au même endroit, même si j’aurais pu le déplacer. Mais c’est vrai que les gonflables se sont surtout multipliés avec les théâtres ou les expositions itinérantes. Ils constituent ma clientèle principale. Il y a plusieurs raisons à cela : le montage se fait au sol, on étale la bâche, on met de l’air, puis ça prend la forme. Et l’ensemble est plutôt léger.

L’héritage des utopies

La période couvrant la fin des années 60 et le début des années 70 se caractérise notamment par les utopies, qu’elles soient politiques, sociales ou culturelles. Vous semblez pratiquer, encore à ce jour, une architecture engagée, semblant relever de ces principes utopistes.

J’ai été influencé par Mai 68, c’est incontestable. Je me considère presque comme un rescapé de cette période car je continue à faire ce que je faisais déjà, alors que d’autres ont arrêté et ont juste cherché à améliorer leur vie de la façon la plus pratique. De mon côté, je considère que je n’ai jamais travaillé, tant ma passion est grande. Et je n’ai jamais travaillé pour l’argent, tout ce que j’ai gagné, je l’ai réinvesti pour mes projets. Les années 60 m’ont naturellement influencé, notamment l’art cinétique puis les gonflables mais je crois que les gonflables ne sont pas encore tout à fait reconnus. Il faut encore un peu de temps. Les gonflables sont assez méconnus en fin de compte.

Pensez-vous que c’est du au fait que la plupart des gens considèrent l’architecture gonflable comme étant éphémère ?

Oui, certainement. Les gens ne connaissent pas le principe de la mécanique des fluides. Aujourd’hui, la plupart des constructions comportent une peau à l’intérieur, on y met de la pression – à la manière d’un gonflable – et s’il n’y a pas de perte d’air, la maison est agrée comme étant d’avant-garde et consommant peu d’énergie. La ventilation est mécanique et les gens qui y vivent n’ont plus le droit d’ouvrir les fenêtres. C’est catastrophique. Il faut savoir qu’un gonflable est très étanche, et qu’on ne peut pas ouvrir les fenêtres – on me le reproche d’ailleurs assez souvent. Il y a  un important changement d’air dans un gonflable et l’air y est toujours frais. Je compare souvent le gonflable à une rivière avec des truites, qui doit être riche en oxygène, afin que les truites puissent être en bonne santé.

 bordeaux2Bordeaux

Vous avez précédemment mentionné la notion d’énergie en ce qu’elle est indissociable des gonflables. Qu’entendez-vous par là ?

Je dirais que l’énergie, c’est la vie avant tout. S’il n’y a pas d’énergie, il n’y a pas de vie. C’est pour cette raison que nous mangeons tous les jours : pour trouver de l’énergie. Le cœur est une pompe qui ne s’arrête jamais, et notre corps fonctionne avec des fluides. Je trouve cet exemple intéressant, parce que c’est quasiment la même chose avec les gonflables, qui sont régis par mécanique des fluides, avec son fonctionnement par tension et pression. Toute la nature est conçue avec des fluides si on réfléchit bien. Mais je me dois de préciser que si je parle en faveur des gonflables, je ne suis pas du tout opposé à l’architecture « en dur », celle qui utilise des pierres, comme les cathédrales ou les réalisations de Le Corbusier. Au contraire, je pense que les deux peuvent se compléter et se combiner. Pour revenir à la question sur l’énergie, je disais que c’est l’énergie que nous absorbons qui fait marcher notre cœur, qui doit battre en permanence. Et bien, c’est la même chose avec les gonflables. Il y a une source d’énergie : un ventilateur, qui doit tourner en permanence. On doit faire la différence entre un gonflable à simple paroi et un gonflable à double paroi. Pour ma part, je construis essentiellement des gonflables à paroi simple. C’est la surpression produite à l’intérieur du gonflable qui le tient dans sa forme. Dans le cas des gonflables à double paroi, il y a des sortes de boudins gonflés entre les parois pour tenir l’ensemble. Si l’on produit une pression avec un ventilateur à l’intérieur d’un gonflable, elle sera la même partout. C’est un phénomène intéressant de la mécanique des fluides. Par contre, la tension dans la toile est produite par la pression et la tension dépend du rayon de la courbure. Plus le rayon est grand, plus la tension est grande, avec la même pression cela dit. Et d’ailleurs, il y a parfois des paradoxes : c’est presque plus compliqué de gonfler un petit qu’un grand gonflable. Car on met davantage de pression dans un petit volume que dans un grand. C’est la même chose avec les pneus. La pression produite qui se répartit perpendiculairement à la tangente de la courbure s’apparente à des colonnes invisibles, allant vers la toile.

Est-ce la recherche de la perfection qui vous pousse à continuer ?

Peut-être… C’est comme lorsque l’on fait l’amour !

Jean de Loisy pense le Palais de Tokyo comme un lieu où les langages sont constamment réinventés, et dont les visiteurs sont invités à faire l’expérience. Ainsi, afin de donner une forte identité aux différents territoires qui composeront le Palais de Tokyo, Jean de Loisy souhaite confier l’aménagement de ceux-ci à des artistes.

Je trouve que son projet est extrêmement intéressant. Le fait qu’il y ait différents lieux pensés par des artistes au sein d’un musée et que ceux-ci soient renouvelables.

Jean de Loisy était également le commissaire de Monumenta l’an passé, qui mettait en scène le Leviathan d’Anish Kapoor. Avez-vous vu l’exposition au Grand Palais ?

Oui bien sûr, j’ai visité l’exposition. Je connais les équipes qui ont fabriqué le gonflable car j’ai déjà travaillé avec eux. C’est la même chose.
Jean de Loisy a fait figurer dans le catalogue une photo de l’église gonflable que j’avais réalisée. La photo la montre empaquetée, une sorte de Christo par obligation. J’ai été très touché qu’il y fasse référence. Et d’autre part, Kapoor a maîtrisé l’espace du Grand Palais – c’est le seul à mon sens. Kapoor était sculpteur à l’origine, ce n’est pas un architecte et il ne prétend pas avoir une connaissance des gonflables, mais c’était la seule possibilité pour lui. Le gonflable a été réalisé en 4 parties, assemblées ensuite dans la nef du Grand Palais avec des machines venant du Danemark. L’ensemble a ensuite été redécoupé en quatre parties. C’était important que le grand public puisse enfin être informé sur les gonflables car peu de gens connaissent les gonflables.
Kapoor a apporté quelque chose d’essentiel car il a permis au public de rencontrer les gonflables.  Le public a pu se rendre compte de la qualité d’un gonflable, de sa translucidité et de son fonctionnement, avec les moteurs qu’on entend.

Lorsque l’on se trouve à l’intérieur d’un gonflable, on ressent souvent une réaction physique. Peut-on l’anticiper à votre avis ?

Il y a toujours cette surprise, c’est certain. Chez moi par exemple, vous voyez le gonflable de l’extérieur en entier, son épaisseur est d’un millimètre et lorsque vous pénétrez à l’intérieur, vous êtes surpris car vous n’auriez jamais imaginé l’intérieur. Dans le cas d’une sphère, c’est possible d’imaginer l’intérieur. Car le gonflable n’est pas de l’architecture à proprement parler, il n’a qu’un seul rayon donc il ne peut être qu’ajouté à une architecture. Un exemple : la Géode a été ajoutée à la Villette, mais elle n’est pas en elle-même une architecture. Lorsque vous rentrez dans une sphère, qu’elle soit petite ou grande, vous avez la même sensation.

Buckminster FULLER before his geode dome at Montreal World Fair.Buckminster Fuller devant sa Biosphère à Montréal

Les recherches de Buckminster Fuller vous ont-elles influencées ?

J’ai rencontré Buckminster Fuller, j’apprécie beaucoup son travail, même si ça n’a rien à voir avec mes recherches. Il utilise une structure tridimensionnelle. Je ne sais pas si vous connaissez le travail d’un architecte nommé Novak, qui réalise des bâtiments en béton projeté qui s’achèvent par une courbe. Si l’on se trouve à l’intérieur d’un de ces bâtiments –ou même à l’intérieur du Leviathan de Kapoor- nos oreilles perçoivent les sons de manière plus vive, alors que nos yeux sont plus calmes parce qu’il n’y a pas de rupture.
Pour revenir à Buckminster Fuller, la particularité de la construction chez lui est très intéressante, mais c’est la pesanteur. Il voulait couvrir New York par une structure tridimensionnelle. Il faut rappeler que les matériaux ont un inconvénient : ils se cassent. Ceci est du à leur propre poids. Si vous tendez un fil en acier, il se cassera tout seul à partir d’une certaine longueur. C’est pour cette raison que les barges qui remorquent des bateaux sur la Seine n’ont jamais leur câble tendu. La structure que Fuller voulait construire à Manhattan aurait eu 300 mètres d’épaisseur. Ce n’était pas une bulle, à l’inverse de ce qu’on pourrait croire, mais une structure tridimensionnelle de forme géodésique. Le tout aurait été en métal, avec des rues à l’intérieur de la structure. En cela, le projet de Fuller s’apparentait à une vision d’un futur urbanisme. Je partage cette conception avec lui, et c’est l’une de mes préoccupations également. Je compte d’ailleurs –si j’ai le temps- écrire quelque chose sur l’urbanisme futur.

 

Hans-Walter Müller est né à Worms en 1935. Il vit et travaille dans une maison gonflable à la Ferté Allais.

Cet entretien a été réalisé au Palais de Tokyo en décembre 2011.

 


Tomer Ifrah

Posted: February 25th, 2015 | Author: | Filed under: portfolios | Tags: , | No Comments »
Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+Pin on Pinterest

Israeli photographer born in 1981

DEAD SEA SERIES

01

02

03

04

05

CHINESE IN ISRAEL SERIES

06

07

08

09

10

CARMEL FIRE SERIES

11

12

13

14

15

http://www.tomerifrah.com/