Posted: January 11th, 2012 | Author: Adeline Wessang | Filed under: interviews | Tags: dessin, Jean-Paul Goude, photographie | No Comments »
“Enfant, je commençais par faire des dessins, puis j’en tirais des histoires.”
Jean-Paul Goude, Jungle Fever, 1983
Nul besoin d’introduire Jean-Paul Goude : un artiste complet, à la fois graphiste, illustrateur, photographe et réalisateur de films publicitaires.
En France, le public le connait surtout parce qu’il a conçu et orchestré le défilé du Bicentenaire de la Révolution française en 1989, à la demande du gouvernement. Un an de travail et plus de 8000 costumes sont nécessaires pour donner vie à cette parade décalée qui reste gravée dans les mémoires.
Auparavant, Jean-Paul Goude a fait ses armes aux Etats-Unis dans un premier temps, comme directeur artistique du magazine Esquire, qu’il quitte en 1976.
Il façonne l’image de Grace Jones dont il réalise plusieurs clips au début des années 80. Il conçoit également la mise en scène de ses spectacles, qui deviennent alors de véritables tableaux vivants.
Les films publicitaires qu’il tourne ensuite montrent à quel point l’homme est prolifique : Kodak, Perrier, Lee Cooper, Egoïste de Chanel, Coco de Chanel… Allez les voir ou les revoir :
http://www.jeanpaulgoude.com/
Depuis 2001, il est directeur artistique des Galeries Lafayette, et donc chargé, à ce titre, d’insuffler une bonne dose de mode sur les billboards de la capitale.
Il y a quelques temps, j’ai eu la chance qu’il me reçoive dans son studio parisien ; un endroit agréable, très lumineux, bordé sur un côté par une immense bibliothèque remplie de livres d’art. Jean-Paul Goude parle d’une voix posée et le ton est enjoué.
Adeline Wessang : Lorsque je me suis documentée pour préparer cet entretien, j’ai remarqué qu’il existait un certain nombre de termes pour vous qualifier : illustrateur, artisan de l’image, touche-à-tout… On dirait que les gens ne savent pas comment vous définir.
Jean-Paul Goude : Moi aussi, j’ai du mal à me définir. Le fait est que je réponds souvent à côté et que de toute façon, les journalistes ont tendance à se focaliser sur ce pourquoi je suis le plus connu : la publicité et le Bicentenaire.
S’il vous plait, pas touche-à-tout, c’est trop péjoratif, même carrément blessant parce que ça suggère une désinvolture, voire une légèreté qui ne cadrent pas avec ma façon d’appréhender le travail. S’il m’arrive de me servir de techniques très différentes les unes des autres, c’est toujours pour avancer le même point de vue.
Depuis toujours, à tort ou à raison, même bien avant d’entrer aux Arts Décoratifs, j’ai considéré que mes centres d’intérêts tels la danse, le style et les magazines conditionneraient mon parcours. J’avais une attitude d’artiste et je ne me voyais pas faire autre chose.
Les années ont passé et il a bien fallu que je gagne ma vie. Je dois mon premier contrat à un grand magasin parisien pour lequel j’avais dessiné une énorme fresque inspirée de ma bande de copains de Saint-Mandé.

lampe en néon, 1968
Il faut auparavant préciser qu’Albert Velli, un autre copain des Arts Déco et moi-même avions dessiné et réalisé une série de lampes en néon très inspirées -c’est le moins qu’on puisse dire- des sculptures en néon d’Antonakos et Kowalski. Il semble que par ailleurs, j’avais déjà retenu l’attention d’une personnalité du monde de l’art qui aurait pu changer mon destin.
En l’occurrence, François Mathey, le conservateur en chef du Musée des Arts Décoratifs qui avait entendu parler de moi et souhaitait me rencontrer.
A l’heure dite, accompagné de François Barré-qui lui succéderait bientôt- visiblement émerveillé par nos lampes, bien qu’elles ne soient que de pâles copies de sculptures bien connues, il me couvre de louanges.
Surpris et déçu qu’il se méprenne à ce point, je suggère -certes un peu maladroitement- qu’il regarde aussi mes dessins, que je considérais comme étant potentiellement plus intéressants et surtout beaucoup plus originaux que nos lampes. Je lui présente des croquis érotiques, ainsi que des annonces pour Franck et Fils, mais c’était peut-être le surestimer : en tout cas, il a trouvé ça mièvre. Le ton est monté et nous en sommes restés là. Bref, c’est à ce moment précis que j’ai eu la nette impression d’avoir perdu toute chance d’exister un jour dans le monde de l’art !
C’est beaucoup plus tard, alors que je contribuais déjà à Esquire qu’Harold Hayes, le rédacteur en chef du magazine a donc fait son entrée dans ma vie. Profitant de son séjour à Paris, où il était venu rencontrer Jean Genet, il voulait que je lui présente Jacques Prévert que je connaissais un peu, ce que j’ai fait.

L’art du graffiti, photographie retouchée, Esquire, 1974
Lorsqu’on évoque Esquire, on parle de “nouveau journalisme”. Qu’avait en tête Harold Hayes?
C’est Harold qui en a pratiquement inventé le terme et quand on mentionnait les noms de Tom Wolfe, Gay Talese, Norman Mailer, voire Truman Capote, c’est à Esquire qu’on pensait immédiatement.
Quant à George Lois, le légendaire publicitaire auquel le magazine devait ses extraordinaires couvertures, il est incontestablement à l’origine du langage visuel d’aujourd’hui.
Cela dit, la concurrence qui s’annonçait de plus en plus sévère à laquelle s’ajoutaient les problèmes de ventes en kiosques, forçait Harold a constamment se remettre en question. Je crois qu’il s’était mis en tête qu’il n’y avait qu’à Paris qu’il trouverait un nouveau ton susceptible de doper les ventes d’Esquire dont Rolling Stone et PlayBoy lui volaient des parts de marché de plus en plus importantes.
Je crois qu’il cherchait une sorte de valeur ajoutée à George et à lui même; l’un contrôlait les mots, l’autre les couvertures, restait à trouver quelqu’un pour les images intérieures du magazine.
C’est là que Jean Lagarrigue et moi entrons en scène.
Donc Harold Hayes vous a choisi aussi parce que vous étiez européen et détenteur d’un savoir faire différent ?
Je pense, oui. Harold était avant tout un littéraire et il était très sensible aux métaphores. Je suppose que le style métaphorique qui nous caractérisait, Jean Lagarrigue, Charles Matton et moi-même lui convenait parfaitement. Nous contribuions tout les trois au magazine depuis plus d’un an, quand un jour, Harold me téléphone pour me demander si je ne connaitrais pas un directeur artistique. Ce à quoi je lui répond, avec mon opportunisme habituel, “si, moi”, mais sans vraiment y croire.
Deux semaines passent et il me rappelle pour m’annoncer que je suis engagé, alors que je ne connais rien ou presque à la direction artistique. Pris de panique à l’idée de travailler avec des intellectuels qui allaient tout de suite repérer mon inexpérience, j’appelle Lagarrigue pour lui demander s’il m’accompagnerait à New York pour partager mes fonctions. Il dit oui et on saute dans le premier avion.
Comme je viens de le dire, nous n’étions ni l’un ni l’autre de véritables directeurs artistiques.
Nous dessinions beaucoup, nous allions au musée; au bureau, je faisais de la sculpture dans un coin, pendant que lui dessinait de son côté. Il y avait un troisième mec, Bob Daniels qui faisait la mise en page proprement dite. Tout ça n’était pas très sérieux, mais Harold s’amusait et nous faisait confiance.
Parlons de la French correction, c’est aussi avant tout un jeu de mots ?
Qui n’est pas de moi, c’est la rédaction de Esquire qui en est l’auteur.
La French correction consiste principalement à travailler sur les proportions du corps, tout en n’étant pas du Body Art, qui était assez en vogue à l’époque.
Si ce n’était pas du Body Art à proprement parler, cela y ressemblait à sa manière. Nous avons développé le thème de la French correction sur huit pages. Deux mois plus tard, j’ai été invité par le Mike Douglas Show à m’exprimer sur le même sujet.
Vous savez, la French correction part d’un constat personnel car je suis mal foutu. Je me suis intéressé très tôt aux proportions du corps, puisque je dessine depuis que je suis enfant. Donc la correction est mon sujet de prédilection, l’a toujours été et le sera toujours.
Figure de mode, gouache, vers 1958
Je suis en train de regarder vos premiers dessins de mode, dont certains sont exposés dans la rétrospective de votre travail, Goudemalion, qui se tient au Musée des Arts Décoratifs jusqu’au 18 mars prochain.
J’ai toujours dessiné, même la mode, ou le style si vous préférez. Vers l’âge de 17 ans, la façon de s’habiller de mes copines de l’époque était pour moi une source d’inspiration constante. Je les idéalisais à travers les vêtements que je créais pour elles sur les maquettes peintes à la gouache que vous mentionnez.
Cela dit, j’étais parfaitement conscient du caractère “pas très viril” de mon activité. Et toute ma vie durant, j’aurais tout fait pour masquer cet aspect de mon travail au nom de mon hétérosexualité.
Bizarrement, j’ai appris seulement récemment que mes grand-parents paternels avaient une boutique de passementerie, située en face des Galeries Lafayette. Ce qui explique d’une certaine façon mon intérêt pour la mode; il y a une filiation, c’est certain.
Et la danse ? J’ai lu que vous vouliez être danseur. D’origine américaine, votre mère a dansé à Broadway dans de nombreux “musicals” avant d’ouvrir une école de ballet à Saint-Mandé, où vous avez grandi.
Effectivement, dans le petit monde du Broadway des années 30, ma mère comptait parmi les espoirs les plus sûrs. Elle a fait une jolie carrière, collaborant à toutes sortes de projets, notamment au Roxy Theater, avec Leonide Massine, transfuge des ballets russes de Diaghilev et José Limon, une des grandes figures de la danse contemporaine américaine. C’est à cette époque qu’elle fait la connaissance de mon père, venu à New York pour y faire fortune. Malheureusement pour lui, l’Amérique est en pleine dépression. Chômeur, il fait toutes sortes de petits boulots jusqu’à ce que, tirant profit de son physique avantageux, il trouve un job de figurant dans Flying Colors, le célèbre “musical” dont ma mère partage l’affiche avec Clifton Webb. Elle repère mon père en coulisse, ils tombent amoureux et vivent une grande histoire d’amour. Bientôt fatigué de la vie de bohème, mon père rentre en France pour se faire une situation tout en promettant à ma mère qu’il reviendrait la chercher dès qu’il aurait les moyens de le faire. Tenant parole, il revient sept ans plus tard et l’épouse dans une petite église de Broadway avant de rentrer à Paris tout les deux et de s’installer à Saint-Mandé où je suis né.
Toute mon enfance durant, j’aurai baigné à la fois dans une atmosphère artistique – certes dédiée à la danse – (ma mère avait ouvert une petite école dans le quartier) mais aussi et surtout à toute forme de créativité.

Vitesse sur piste, La mode et le sport, Elle France, 1996
Au-delà de la danse, c’est le mouvement qui vous intéresse réellement.
Pour moi, tout mouvement est danse à partir du moment où l’on cherche a maîtriser la beauté d’un geste. Il suffit de regarder la foule déambuler dans la rue : certains marchent en cadence, d’autres obéissent à un rythme qu’eux seuls entendent.
Je connais quelqu’un qui répète sa démarche devant le miroir avant de sortir. Et sa démarche varie en fonction du chapeau qu’il se met sur la tête. S’il étudie sa gestuelle, pour moi il danse.
Mes images, si elles ne montrent pas souvent la danse à proprement parler, privilégient souvent le mouvement. Le simple fait d’indiquer un mouvement pendant une prise de vue, de corriger l’image prise de ce mouvement en découpant les photos sont une forme de chorégraphie; une façon de danser sans danser.
C’est d’ailleurs le cas dans l’exposition au Musée des Arts Décoratifs, avec les danseuses russes qui déambulent au milieu des visiteurs. Parlons de Goudemalion à présent.
Je voulais m’approprier le musée, m’y installer si vous préférez, un peu comme si j’étais chez moi. D’où la présence du train mécanique comme un énorme jouet installé sur le tapis persan en plein milieu du salon, pendant qu’à droite et à gauche une succession de petites salles présenteraient des installations illustrant les différents thèmes qui ont jalonné mon parcours.
J’aimais bien l’idée de jouer le décalage entre l’architecture Second Empire un peu désuète et l’improbabilité de mon travail. J’avais aussi envie d’utiliser l’immense surface au sol du musée pour y faire évoluer les fantômes de certains de mes personnages, notamment ces danseuses russes qui semblent glisser sur le sol, et que j’avais déjà utilisées à New York pour Hermès en 2000.
J’avais envie que le spectacle soit vivant, voire théâtral, mais dans un contexte muséal, ce qui, à ma connaissance ne se pratique pas souvent.
J’entendais des visiteurs se remémorer la publicité que vous avez créée pour le chocolat Lindt, mettant en scène une danseuse qui glissait.
Oui, encore qu’on pourrait penser qu’il s’agit d’un trucage, puisque c’est un film. Vous savez, personne ne me croit quand je dis que les danseuses ne sont pas montées sur roulettes, c’est pour ça que je les encourage à se déplacer dans l’exposition en montant les escaliers, pour montrer qu’elles ont des pieds et qu’il n’y a pas de trucage.
Pour terminer avec Goudemalion, il y a une chose qui m’a frappée : l’exposition échappe au piège de la rétrospective agencée de façon purement chronologique ou purement thématique. Goudemalion raconte une histoire, ou plus exactement des histoires.
Merci de le mentionner, car il s’agit bien d’une évocation de l’histoire de Goudemalion et de ses aventures. Et justement, si j’ai décidé de reprendre le terme Goudemalion, qui m’a été donné autrefois par un célèbre philosophe, c’est parce que je voulais qu’on comprenne qu’il s’agissait d’une projection de moi-même.
Malgré les apparences, ça m’a toujours gêné de parler de moi à la première personne. Je le fais -bien sûr- surtout dans le cas d’une interview, mais je n’aime pas ça.
Goudemalion est aussi une mise au point. On m’a collé une étiquette, qui ne me dérange pas plus que ça, mais qui n’est pas toujours juste. Si je caricature, si je force le trait, si j’accepte d’être qualifié à la fois de “lutin sautillant” ou bien d’”elfe de Saint-Mandé”, il n’y a aucune raison de ne pas carrément faire de moi un personnage de fiction. D’où Goudemalion, – l’homme qui voulait transformer les femmes en statues – sa vie, son oeuvre.

Azzedine et Farida, tirage photographique découpé et ruban adhésif
Est-ce-que c’est aussi un moyen de mettre une certaine distance entre votre production et vous-même ?
Oui, absolument. Car si je parle de moi à la première personne, c’est plus difficile de forcer le trait. On risque de me traiter de menteur. Mais si c’est de Goudemalion dont il s’agit, alors je peux me permettre toutes les exagérations.
Il y a environ quinze ans, j’avais le projet de réaliser un film mettant en scène les aventures de Goudemalion. J’avais pensé à Johnny Depp pour le rôle – on peut rêver – , parce qu’il adore se grimer et qu’il est frêle, comme Goudemalion. Non seulement Johnny Depp parle couramment Français mais il comprend bien la mentalité des Français. De plus, il a, j’en suis sûr – ce qui n’est pas toujours le cas avec les Américains – le sens du second degré.
L’humour et l’appréciation du second degré est d’ailleurs l’une des différences culturelles entre les Etats-Unis et la France.
Ce que j’aime dans le premier degré américain, c’est cette façon d’aller directement à l’essentiel; surtout en ce qui concerne l’expression artistique, on à l’impression que l’artiste américain ne se sent pas obligé d’être dans le coup, ou de s’installer dans le sillage d’un mouvement artistique reconnu. C’est la culture du be yourself. Comme disait mon américaine de mère d’une façon certes un peu grandiloquente, mais à mon avis profondément juste : “l’oeuvre d’un artiste est la réflexion de son âme”.
C’est sûrement pour ça qu’au moment où j’aurais pu essayer d’exister sur la scène artistique française à travers la figuration narrative dont Arroyo, Recalcati, Martial Raysse étaient les fleurons, j’ai choisi de trouver mon ton à moi, ma propre petite musique, sans chercher à imiter qui que ce soit, et surtout pas le Pop Art qui existait déjà.
Et le Pop Art était censé faire le lien entre les images commerciales et les images issues des beaux-arts, Andy Warhol en est l’exemple le plus marquant.
C’est juste. Si Warhol était ce lien, j’avais l’impression qu’il ne renierait pas ses activités d’illustrateur passées. Peut-être se considérait-il toujours comme tel. En tout cas, je me disais qu’on pouvait se comprendre, et lorsqu’au cours d’un déjeuner avec un rédacteur d’Esquire, j’ai mentionné David Stone Martin, un célèbre illustrateur de l’époque, fortement influencé par Ben Shahn à qui Warhol avait “emprunté” la méthode du trait tremblé, j’ai senti que j’avais touché un nerf.
Quelle attitude Warhol avait-il à l’égard de votre travail ?
Je crois qu’il m’aimait bien, de loin. Il était très respectueux à l’égard d’Esquire. Je crois qu’il avait compris que je ne cherchais pas à grossir les rangs de la Factory et que je ne cherchais pas à lui faire la cour comme lui faisait déjà la moitié de New York.
Tout ce que je sais, c’est que des années plus tard, un soir au Palace à Paris, Fred Hughes son patron m’a confié qu’il disait du bien de moi.
A l’ère de la consommation immédiate des images qui nous entourent et que nous oublions aussitôt, je me demandais pourquoi vos images restent elles présentes à l’esprit, je pense notamment à la campagne que vous réalisez pour les Galeries Lafayette depuis plus de dix ans.
Peut-être parce qu’elles sont simples, graphiques, et d’une grande lisibilité. Peut être aussi parce qu’elles marient de façon convaincante le fond et la forme – chaque image étant la métaphore visuelle d’un sujet donné – et qu’elles restent conformes à l’esprit du magasin.
J’aime bien l’idée de connivence entre nos images et le public du métro ou du RER.
C’est-à-dire ?
L’idée qu’un voyageur qui voit nos images se sente interpellé, voire concerné par un sujet donné, qu’il ait envie de sourire avec nous, de prendre parti, pour ou contre nous. En tout cas, que nos images ne laissent jamais indifférent.
Les campagnes pour le magasin “Homme” sont celles qui sont les plus ardues pour moi, parce que je n’ai pas envie d’utiliser un bellâtre comme on voit partout. Je préfère utiliser un personnage dont on sait déjà quelque chose, une personnalité, voire un acteur.
Frédéric Beigbeder…
Une star des médias, oui. Ou Jun Miyake, compositeur, et trompettiste de jazz réputé. Ou encore Iggy Pop. J’avais toujours eu envie d’utiliser la French correction dans le contexte des campagnes pour les Galeries et c’est Laetitia Casta qui m’en a fourni l’occasion. Ca faisait longtemps que sa ressemblance avec Marlon Brando et/ou le jeune général Bonaparte m’intriguait et j’avais réellement envie de voir de mes yeux la tête qu’elle aurait si je la transformais en garçon. Ni moi ni le public n’avons été déçus. Elle est aussi belle en garçon qu’en fille.

Mode Homme, photo découpée, 2003
La dualité masculin – féminin est récurrente dans votre production. Vous aviez déclaré, je crois, à propos de Grace Jones, qu’elle vous paraissait plus féminine lorsque sa masculinité ressortait.
Oui et c’est bien pour ça que le personnage que j’ai créé pour elle autrefois – la Grace Jones minimale, “blue-black on black in black“, les cheveux coupés en brosse – est masculinisé à l’extrême. Car lorsqu’elle porte mini jupe, talons aiguilles, décolleté, boucles d’oreille, bref : toute la panoplie d’une certaine féminité, elle ressemble à un travesti.
Pouvez-vous m’expliquer ce que vous aviez en tête avec blue-black in black ?
J’avais envie d’en faire une héroïne, sublimer sa négritude, en faire un exemple positif d’une grande dignité, sans les artifices habituels utilisés par les artistes noirs du show business. J’aurais rêvé qu’elle soit une référence planétaire, qu’on s’en souvienne pendant des siècles. Je ne plaisante pas !
Grace Jones est d’origine jamaïcaine, donc elle parle l’Anglais des Anglais, comme une institutrice jamaïcaine. C’est pour ça qu’à contrario des chanteurs de son époque qui se donnaient un mal fou à mettre en avant leur côté ghetto, à coups de profanités lancées à tout bout de champ ou de grands sourires forcés pour rassurer les blancs, je lui demandais de s’adresser à son public sur le ton qu’utiliserait cette institutrice jamaïcaine pour dominer ses élèves. Ca me paraissait plus intéressant.
Demolition Man, photo peinte, 1982
Vous travaillez essentiellement avec les trois couleurs primaires.
Oui, c’est vrai. Je ne suis pas un coloriste obsessionnel. La couleur est présente pour donner un petit accent, c’est tout. L’ombre et la lumière m’intéressent davantage, la matière aussi. Ce dessin par exemple (il désigne un grand dessin encadré posé à même le sol) est un pastel pratiquement monochrome dont le fond blanc pur a été entièrement réalisé avec du scotch. C’est la matière de la surface scotchée qui m’intéresse, son côté marqueterie.
Dernière question : vous collectionnez ?
Non, à part une réédition d’une lampe de Pierre Chareau et quelques dessins de Neke Carson achetés dans les années 70, je n’ai pas de collection à proprement parler. J’aimais bien le travail de Neke, parce qu’il est le premier à ma connaissance à avoir mélangé l’art et l’humour, de façon délibérée. J’avais envie de le soutenir, à un moment où il était particulièrement fauché. Je n’ai pas l’âme d’un collectionneur et je ne possède rien qui ait de la valeur… à part mon oeuvre !
Je plaisante bien entendu.
Et bien ça sera le mot de la fin !
Merci.
Merci à Virginie Laguens, sans qui cette interview n’aurait pu avoir lieu.

studio de Jean-Paul Goude, photo de Maciek Pozoga
http://www.jeanpaulgoude.com/
Les images sont reproduites avec l’aimable autorisation de Jean-Paul Goude
Posted: December 14th, 2011 | Author: Adeline Wessang | Filed under: portfolios | Tags: Mexico, Ruben Ortiz Torres | No Comments »
Mexican photographer born in 1964
NATURALEZA LIFE STILL MUERTA










APPARITIONS










http://rubenortiztorres.org/
Posted: November 26th, 2011 | Author: Adeline Wessang | Filed under: portfolios | Tags: Galerie VU, Jean-Christian Bourcart, photography | No Comments »
The Most Beautiful Day of My Life (1995)
A good marriage photograph is a sold one. Yet, a large number of those images are never used and spend their life in boxes, turning yellow. Over the years tens of thousands of pictures accumulate, enough to fill a room. I was working in a photography studio that specialized in weddings and that’s where I began my collection.
Une bonne photographie de mariage est une photographie vendue. Pourtant une partie de la production ne trouve pas acquéreur et jaunit dans des cartons. Au cours des années ce sont des dizaines de milliers d’images – à remplir une pièce – qui s’accumulent. C’est dans le studio spécialisé où je travaillais que j’ai commencé ma collection.

















http://jcbourcart.com/
Posted: October 20th, 2011 | Author: Adeline Wessang | Filed under: interviews | Tags: Augustin Steyer, dessin | No Comments »

Quel parcours as-tu suivi ?
J’ai suivi un parcours à la fois “normal” et atypique. Dans un premier temps, j’ai fait deux années préparatoires à l’Atelier de Sèvres. Puis je suis entré aux Beaux-Arts de Paris. Je suis actuellement en 5e année.
J’ai aussi fait l’école buissonnière ! J’ai un peu délaissé les Beaux-Arts pour devenir l’assistant de deux artistes : Nick Devereux et André.
C’est donc la dernière année aux Beaux-Arts ?
Oui je vais rendre mon mémoire en janvier et passer mon diplôme en juin ou en septembre.
A quel moment tu as su que tu ferais des études d’art ?
Lorsqu’il a fallu choisir de faire des études, cette voie m’a parue évidente. C’était le seul domaine dans lequel je me sentais bien, et que je pouvais envisager à long terme. Ensuite, j’ai eu la confirmation que c’était ce que je voulais faire. J’étais en seconde année aux Beaux-Arts et j’ai participé à une exposition collective à la Fondation Ricard. Le soir du vernissage, je me suis dit “je peux y arriver”. Choisir cette voie n’est pas forcément facile…

Gimbal #1, 130 x 70 cm, fusain sur papier, 2011
Quelles sont les grandes différences selon toi entre un parcours au sein d’une école d’art et un cheminement autodidacte ?
C’est une question intéressante, d’autant plus que je reviens justement d’un séjour de six mois passés dans une école d’art à l’étranger. J’ai étudié au Hunter College de New York, ce qui m’a permis de profiter d’une pédagogie complètement différente. Notamment parce que les élèves doivent bien plus parler de leur travail devant les autres qu’aux Beaux Arts. Cela oblige à formuler les choses et c’est un excellent apprentissage.
Au début de mes études, j’avais besoin d’être encadré. Mon professeur d’atelier encourageait la pratique du dessin – et c’était d’ailleurs l’un des seuls. Puis, je me suis rendu compte qu’il avait une pédagogie à l’opposé de celle que j’attendais. Pour résumer, c’était “aide-toi et le ciel t’aidera”. Lui était présent une fois par mois, donc pendant mes deux premières années, je me sentais vraiment perdu. Mais d’un autre coté c’est ce qui m’a poussé à vouloir sortir de l’école et m’intégrer plus vite dans le monde de l’art et à en comprendre mieux le fonctionnement.
Je pense que le risque des écoles d’art est de se transformer en cocon trop protecteur pour les élèves, qui se trouvent alors déconnectés de la réalité du monde de l’art contemporain, ce qui rend la sortie des études périlleuse pour certains.
C’est pour cette raison que j’ai commencé à assister des artistes, au début de ma troisième année. Et je n’ai jamais autant appris qu’en travaillant avec eux, qui évoluent dans des registres très différents (NDR Nick Devereux et André). Nick a un parcours d’autodidacte, et il s’est engagé avec la galerie Bugada & Cargnel quelques mois avant que je devienne son assistant. J’ai vu sa cote multipliée par quatre, je l’ai accompagné sur beaucoup de salons, d’expositions etc. Cela m’a permis de voir la manière dont il construisait peu à peu un corpus d’oeuvres cohérent et ce sur quoi il basait ses réflexions. Je pense que c’est ce type d’expérience qui manque dans certains ateliers des Beaux-Arts de Paris. Avec Nick, nous avons une réelle relation élève – mentor. Nous avons des centres d’intérêt assez similaires, mais qui ne s’expriment pas du tout de la même manière. Cela nous permet d’avoir un échange constructif : il peut être critique vis-à-vis de mon travail, comme je peux l’être du sien, nous avançons à deux, côte à côte mais à des niveaux différents !
Tiens, les conditions deviennent parfaites car la lumière baisse et le noir sur mes dessins perd sa texture et la surface disparaît, créant une sorte de vide.
Tu as toujours travaillé sur des grands formats ?
Pas du tout. C’est propre à la période où j’étais à New York ! (rires) C’est parti d’une blague à vrai dire, sur les artistes américains et leurs formats démesurés. Et j’ai eu envie d’essayer, pour développer un autre rapport aux images. Au départ, j’ai pu être dans une tentative de reproduction assez pointilleuse et précise de photographies que je trouvais dans des archives. Maintenant, j’ai une approche beaucoup plus physique, j’ai envie de me confronter à la matière. En particulier cette matière poudreuse noire qui induit en quelque sorte un rapport à la performance, car elle force à implication physique de ma part. Lorsque je travaille avec cette matière, je me confronte au support qui rejette le pigment, et le sature totalement à force d’écraser la matière. Le studio devient presque une pièce à part entière, tout est recouvert de poussière noire !

Tu travailles au sol ?
Oui, je suis obligé de travailler au sol. Surtout lorsque je travaille sur des fields où toute la surface est recouverte d’aplats de noir.
Il m’est arrivé de travailler à la verticale, sur le mur, en utilisant une technique très ancienne, que Nick m’a apprise. Il s’agit d’un mode de reproduction à l’œil, à partir d’une photographie où d’un volume. Mais ce n’est pas une technique de projection, celle que j’utilise permet l’erreur, c’est en quelque sorte de la réinterprétation. On pose sur un trépied l’image de base, on ferme un œil et on fait des allers et retours entre les deux images pour reproduire les proportions. C’est une technique assez laborieuse, mais qui permet beaucoup plus de libertés qu’un système de projection, les images se trouvent être plus cohérentes et moins “plates”.
Je commence généralement une nouvelle série d’images suite à de longues recherches sur Internet ou dans des archives. Je sélectionne généralement mes images-sources en fonction de leurs potentialités, de leur présence, de leur aspect étrange ou hybride, et de leurs qualités d’obscurité ou de lumière.
Ensuite je les assemble et les transforme pour arriver à des images moins évidentes s’éloignant de l’image pré-existante et qui appellent à différents niveaux de lecture.
Le fusain semble être ton matériau de prédilection…
Oui. D’une façon assez classique, et comme beaucoup d’artistes avant moi, je suis à la recherche de l’ultra noir. Le noir a cette importance primordiale pour moi car il est le moyen le plus simple et le plus direct pour communiquer visuellement. La ligne claire du dessin originel est noire sur fond blanc. Le noir est avant tout un outil pour sculpter la lumière, le pigment pur contient d’infinies subtilités de texture et de transparence, il est pour l’instant le matériau de base de mes oeuvres.
A New York, j’ai trouvé un fournisseur de pigments noirs très particuliers, d’une concentration inégalée. J’ai passé plusieurs mois à expérimenter toutes sortes de mélanges, et grâce à cela j’ai pu obtenir ce type de rendu, très mat et velouté, qui suggère cette profondeur, ce vide abyssal. Il faut maintenant que je trouve le même pigment à Paris…
Combien d’heures passes-tu en moyenne sur une pièce ?
C’est très variable. Parfois trois jours pour un dessin. Et parfois trois semaines. Mais je dirais que c’est surtout une question d’énergie, d’investissement physique dans l’oeuvre.
Le dessin est-il un médium à part ?
Cela fait déjà plusieurs années que l’on proclame le retour du dessin, coïncidant avec un retour en force de la figuration.
En arrivant aux Beaux-Arts, je me suis retrouvé avec pas mal d’étudiants qui faisaient du dessin, mais peu d’entre d’eux utilisaient le fusain, technique jugée trop “old-school” et véhiculant une image académique. J’ai ensuite suivi avec passion les cours de croquis et de morphologie, qui étaient le rendez vous hebdomadaire des mordus de dessin. Ma rencontre avec Marko Velk a été un premier déclencheur, puis en travaillant avec Nick Devereux j’ai pu développer réellement ma pratique du dessin. D’un point de vue strictement technique, Robert Longo a été ma principale source d’inspiration.

Life, fusain, pigments noirs et aluminium sur papier, 450 x 220 cm, 2011
Tu travailles par séries et tu donnes des numéros à tes pièces. Peux-tu me dire comment tu procèdes ?
Je risque de te décevoir ! (rires) Comme tu as pu le remarquer, je m’intéresse moins au concept, mais davantage aux qualités formelles de l’image. C’est la recherche technique qui me plait, la composition, et le fait d’essayer de créer des images qui ont un impact. Donc les titres viennent au second plan pour être honnête.
Les titres ont donc davantage une fonction d’inventaire.
Oui, comme je travaille par série. Je prends un titre en relation directe avec les images que je choisis pour mes séries. Par exemple, j’ai fait une série utilisant des images d’instruments mécaniques technologiques trouvées dans des archives de la NASA des années 50. Donc j’essaie à chaque fois de prendre un titre qui soit simple et descriptif. Dans le cas des images de la NASA, j’ai intitulée la série Gimbals, du nom d’un minuscule composant de la machine. Une autre série se nomme Life, et c’est parce que j’ai utilisé des images provenant exclusivement de Life Magazine. Je m’efforce de faire en sorte que mes titres ne donnent pas trop d’information sur l’oeuvre, qu’ils soient en quelque sorte “transparents”, pour que l’imaginaire puisse se développer dans l’esprit du spectateur justement.
Comment s’appelle la série avec les motifs circulaires ?
La série s’appelle Echoes, en référence au satellite du même nom. Il avait la forme d’une boule d’hélium dans une sorte de cocon en aluminium. Il a été documenté par des photos prises dans un hangar. Et j’ai supprimé une grande partie de l’image, pour ne garder que le reflet du satellite, donc son écho en quelque sorte. Le fusain est cette fois ci utilisé d’une façon qui elle aussi fait écho aux techniques d’impression, par la reproduction de l’image grâce à une trame.

Echo #4, 90 x 130 cm, fusain sur papier, 2010

Echo #4, 90 x 130 cm, fusain sur papier, 2010 (détail)
Quels sont tes projets ?
Je vais continuer à utiliser le fusain et à en explorer toutes les possibilités. Je veux également me diriger davantage vers l’installation, c’est-à-dire la mise en espace de mes dessins de manière construite et réfléchie. Pas un simple accrochage d’images.
En ce qui concerne les projets à plus long terme, j’aimerais intégrer une galerie, mais pas trop vite. Je préfère attendre d’être plus à l’aise, de ne pas me sentir figé dans une forme et ne pas me sentir sous pression.
A court terme, j’ai peut être un projet avec Emilia Stocchi, qui vient d’ouvrir un espace qui s’appelle Primo Piano. Elle met ce lieu à la disposition d’artistes pour qu’ils y exposent leurs oeuvres, c’est un lieu qui n’a pas de fonction mercantile. Il s’agit de faire partager un réseau à des artistes qui n’ont pas forcément l’occasion de montrer leur travail. Ce type d’opportunités est particulièrement appréciable car cela permet des rapports sains dénués de pression financière, ce qui est primordial lorsqu’on est encore en école et que l’on a encore besoin de temps pour faire mûrir ses idées.
En regardant ta production, je repense au travail de Steven Parrino, qui a beaucoup utilisé le noir.
Oui. L’exposition qui lui était consacrée au Palais de Tokyo m’a vraiment marqué. C’était il y a quelques années et j’y ai repensé récemment lorsque je me suis intéressé aux monochromes. Parmi les artistes dont les oeuvres ont eu un vrai impact sur moi, je peux citer James Turrell, Richard Serra, Laurent Grasso, Giraud & Siboni.
Tu as cité André auparavant, qui vient de l’univers du graffiti. Est-ce-que le fait de travailler avec lui a un impact sur ton travail ?
En fait, je n’ai pas travaillé avec lui, j’ai travaillé pour lui. Cette subtilité est importante, car il s’agit principalement d’une aide technique. Je ne suis pas du tout impliqué dans le reste de ses projets. Nous nous rejoignons sur un point : l’intérêt pour les interventions à l’extérieur. Et lorsque j’ai exposé sur le mur du Palais de Tokyo une impression offset en très grand format, j’ai repensé à ces artistes qui me fascinaient lorsque j’étais plus jeune et qui interviennent beaucoup à l’extérieur, comme Obey, Blu, Banksy et André. J’ai donc conçu mon intervention sur le mur de la boutique BlackBlock comme une sorte de clin d’oeil au street art.

Vue d’exposition, BlackBlock, Palais de Tokyo, 2011
Est-ce-que tu t’imagines faire des commandes ?
Très bonne question ! Je ne me vois pas vraiment faire des commandes pour arrondir mes fins de mois… A une commande, je crois que je préfère une collaboration, comme avec la boutique du Palais de Tokyo.
Tu avais carte blanche ?
Oui complètement.
Un mot de la fin ?
Question piège… Mais qu’est-ce-que je pourrais te raconter ?
Le mot de la fin, ce n’est jamais facile. Tu as vu Drive ?
Oui et d’ailleurs la musique du film est géniale. Je l’écoute en ce moment pour travailler, c’est tout à fait le type de musique dont l’atmosphère correspond à mes dessins.
Tu viendras voir la carte blanche à John Armleder au Palais de Tokyo ?
Oui bien sûr, je passerai ! Ca y est, c’est le moment où on se cire un peu les pompes, non ? (rires)
Augustin Steyer
Né en 1987
Vit et travaille à Paris.
http://www.augustinsteyer.com/
Posted: September 18th, 2011 | Author: Adeline Wessang | Filed under: portfolios | Tags: Galerie VU, landscape, photography | No Comments »
British photographer born in 1949
The following pictures of British landscape were taken between 1979 and 2009.
































http://www.galerievu.com/artiste.php?id_photographe=15
Posted: September 17th, 2011 | Author: Adeline Wessang | Filed under: portfolios | Tags: Galerie VU, office, photography | No Comments »
Swedish photographer born in 1956
The following series is a mix between a series entitled Los Angeles Office, which depicts old workplaces reused as movie sets and a series called Office, an ironic vision of the universe of the working place.

























http://www.galerievu.com/artiste.php?id_photographe=27
Posted: September 3rd, 2011 | Author: Adeline Wessang | Filed under: portfolios | Tags: Jaimie Warren, photography, portrait | No Comments »
American curator, performance artist and photographer born in 1980
A self-portrait is a representation of an artist, drawn, painted, photographed or sculpted by the artist. Although self-portraits have been made by artists since the earliest times, it is not until the Early Renaissance in the mid 15th century that artists can be frequently identified depicting themselves as either the main subject, or as important characters in their work. (from Wikipedia, the free encyclopedia)








































http://www.dontyoufeelbetter.com/
Posted: July 17th, 2011 | Author: Adeline Wessang | Filed under: portfolios | Tags: photography, portrait, Switzerland | No Comments »
Swiss photographer born in 1981
























These two series were shot in Switzerland. The first one shows the country’s greatest beard competitors. And the second one is a road trip in the Rhone Valley, depicting the people who live near the highway.
http://www.yanngross.com/
Posted: June 10th, 2011 | Author: Adeline Wessang | Filed under: interviews | Tags: Florian Monfrini, Life in Stickers, stickers | No Comments »
Tell me about yourself.
My name is Florian Monfrini. I’m 24, French and I live in Paris at the moment. I am finishing my studies at HEC business school. So I guess I’m not coming necessary from the ‘normal academic artistic way’.
I spent some time looking at your blog – Life in Stickers. There is one in particular I’d like to talk about: the one referring to Basquiat’s early work SAMO©.
Was it some inspiration for the project?
At first, the project was born in the US, as I spent like 8 months in L.A.
I planned to travel during a month and a half with a friend, crossing the US with a car and one of my friend wanted me to do some kind of blog in order to follow us. I said that I would try to find a cool way to document our lives. I was inspired by diaries and this kind of web stuff at the time: all the kind of people who are building something with web identity like Terry Richardson with terrysdiary.com for example. I thought I could probably find a cool way to document our lives and keep a good record of the time we spent there.
At the time I was thinking that it’s kind of cool to take a picture of everything you want and kind of highlight it by putting directly in it what’s in your mind. So the project was born a little bit randomly, putting a sticker in places I liked and take a picture of it. I was also thinking about the fact that the sticker remained on location, so people can see the same thing or maybe look at it in a different way. It was like mixing a web diary with street art and facebook status probably.

That is the reason why it’s called a post graffiti diary.
Yeah. It’s not really graffiti because there is no graffiti techniques or colors, it just keep the essence of expressing something in public places. So I thought that it’s something different from graffiti, influenced by it but mixed with web dimension, blog and something more about interior feelings – as post-punk vs punk-rock.
By the way, I’m wondering: is it illegal?
Probably. I’ve been looking at people that have been doing art stickers – which is a part of street art – and I guess it is, technically speaking.
Do you pay attention to other people possibly looking at you when you put a sticker somewhere?
Most of the time not. I just put a sticker, take a picture and I go. I’m not staying to see if people are looking at what I just did. When I started the blog while in the US, I was visiting places that were not so crowded. Now in Paris, it’s different but I never tried to go back and found out if the stickers are still there. I think they are staying, even if some of them are probably just ripped off.
Leaving a sticker in a place: is it a kind of appropriation?
Yeah, probably. It’s not a big appropriation, it’s just a little piece of paper stuck somewhere. So it doesn’t appropriate the whole stuff, it’s just giving people a way to look at something at a precise point. Sometimes it’s a basic thing. The fact that I put the title directly in the picture makes it slightly different than a photograph with a title aside. There is more appropriation in what I do I think.
Was the use of the English language obvious?
Not obvious because I’m French. When your native language is French, you could think about using French for a blog. But the thing is, that the sticker is not so big and you can’t really express big things with only a few words in French – you need a lot of words. So I was thinking about doing the blog in English. And first of all, the blog was born in the US, and if I had put French sentences there, nobody would have understand then.
Let’s talk about how you use humor in the blog.
I don’t know if it’s funny or humorous, is it ?
Some of them are quite funny.
I don’t see much of them as funny. Maybe they got some humor sometimes …
The one entitled Christo’s American Workshop is quite amusing…
This one is interesting. Because it’s a diary, you got time to talk about humor, or sadness, or anything else. Sometimes I think ‘it’s gonna be good to take this picture because this is gonna have some humor, it’s true’. But I don’t want every sticker to be a kind of joke. Some are very sad, some are not. Because it’s pretty much like a diary. It depends on the current mood.

Do you think the blog could be considered as your portrait?
Yes and no. As a diary, and like most of the web diaries, it’s not so much about the real life of people. You take a part of your life in picture, so it’s not the whole diary. I don’t think it’s so much a portrait. And I’m not on the picture, I never took myself so it’s very impersonal at the same time. It’s not the kind of blog with pictures of me in this party or on the beach. I’m just taking photographs of what I’m seeing, the world in front of me through my eyes and with my stickers – and my statements.
For Christo’s American Workshop, I was first thinking ‘wouah this stuff looks like Christo’s in an American style’, because there is this huge American flag on it. So this is how I see this building. And there is not so much interesting stuff going on in the picture, because it’s just a building under construction, but the sticker crystallized the situation : me, the building and what was in my mind.
We previously talked about Basquiat. And I remember something he said about SAMO©: ‘SAMO© as a means of drawing attention to insignificance’.
What was your idea with the stickers at the beginning? To draw attention on the mundane?
Yeah probably. I think it was about taking pictures of insignificant stuff such as your glass of wine or your glass of milk and make something cool about that, because those things are part of your everyday life. You can take a picture of an insignificant stuff and make it beautiful or interesting just by putting humor, sadness or a state of mind in it. It was about taking pictures of very random things. I have another series with B&W analog pictures, it is called ‘The Subtlety of the Nothingness’ which probably means the same thing.
Did you know Jenny Holzer’s work?
A little bit.
She also uses ideas and words displayed in public spaces.
There is a link there. Probably about ideas, what you have in your mind, what ideas you have about insignificant stuff. That’s probably the backbone of the blog: making ideas visible.
Do you think the use of text allows you to deal with every possible subject? (such as sexuality, gender, death…)
Yeah. There is some post about death, love and any kind of subject: poverty, sex, friends. It’s called Life in Stickers so it deals with any kind of emotion basically. I don’t think there is some kind of limit doing that…
I agree with you. And the use of text gives you the opportunity to deal with those subjects without actually showing them in some obvious way.
Yes. That is what I do. The sticker is suggesting something, some kinds of ideas. And the image on the background is just a support. I didn’t want it just to be some kind of Eiffel Tower’s pictures with a sentence like ‘how cool is that, I’ve been there’. I wanted to suggest ideas. To suggest what is happening in my head, what images come in my mind when I am, at a precise moment, in front of something.
Are you familiar with the work of Miranda July?
No, not at all.
She’s an American filmmaker. She directed Me and You and Everyone We Know. She also writes texts and essays and she has a predilection for displaying little notes in exhibition rooms for example. The notes are always hand-written in black on white sheets. By doing that, she is addressing the viewer directly in some kind of intimate connection. Your work is sharing that with hers I think.
On a different note, what is a typical day of work?
I have a daily job at the moment.
Usually, I’ve got a camera in my bag, with white stickers and a black pen. Sometimes I carry a notebook where I write statements or thoughts. And sometimes I just walk and I start wondering what I could possibly do with the place I am. It’s not like a daily job, it’s just a blog (laughs).
We mainly discussed your blog until now. I know you’re also a photographer – and many of your pictures are not necessarily included in the blog. What type of camera do you use?
For the other work, I have a medium format Lomo Lubitel 2 from 1966. I bought it through eBay Ukraine while I was in the US. The other one is a Nikon FM2 Reflex from 1989 or so. It’s a 35mm.
For the blog, I was using a Nikon D300 at the start. Then I was using a very cheap compact camera. And now I’m using another Nikon Reflex. It’s always digital. There are only two stickers that I did on a film: one is titled Blowing until When and the other is The Curator is Nowhere to be Seen.

How long does it take for you to take a picture?
Five seconds (laughs). I don’t spend so much time. I find the place, I choose where I can put the sticker. I always put the sticker on the right side of the picture because I think it’s easier for people – at least European or Occidental people – to read it. You start by the left with the image and then to the right with the statement written on the sticker. Coming from the environment to the statement is better I think, because I don’t alter the process – the viewer can have the same mind-process as me – first look and then have feelings or ideas
What are your current projects?
Keep doing some paintings, and a little bit of the blog. Also keep doing photography, something not related to the blog, probably more studio stuff. For the moment I have a job and I have to finish school. Then I’ll see how I can manage that I’ve been doing a business school and I also have a kind of sensibility and will for art. I’d like to mix all of this and find some interesting project to work on.
You seem to be into the ‘DIY’ (Do It Youself) thing. Do you process your photographs yourself?
Yeah. I used to process them myself. Right now I’m not developing them myself anymore – I don’t have a good space to do it proper. So I don’t develop the film but I’m doing the printing on my own in a rental lab. That’s probably the better part in the process because developing a film is kind of boring. But printing the stuff is really interesting, it’s somehow quite similar to the painting because you think about the exposure you got, you think about the contrast ‘should I put more or less contrast in that part of the picture? What’s the final layout I want ? What type of emotion ?’ To me, printing is more creative than developing the film.
When I was doing the road trip in the US, I developed films in the motels rooms, that was fun but right now, I just prefer to give my pictures to the lab.
What is your favorite occupation? (Proust’s questionnaire)
I’d say painting. I like painting a lot. Because the technique of my paintings is very basic, with all the squares, it makes me feel relaxed. It makes me think about the people doing Japanese gardens with the rake, because everything has to be delimited and organized. You have to focus on it while you’re doing it. It’s the same with painting. You’re focusing on something delimited by you, your canvas and what you want to express or give to people
You have a genuine interest for Art History and Contemporary Art especially. If you could own five works of art from the 20th century, what would they be? (Rob Pruitt’s)
David Hockney’s Pearblossom Hwy. #2
Nan Goldin’s series The Ballad of Sexual Dependency
Anselm Kiefer’s Die Milchstrasse
one Mark Rothko’s
one Jackson Pollock’s – not from the dripping era, I’d prefer an earlier work: Male and Female
What is your favorite legal drug?
Red wine!
What do you usually do on Sunday evening?
Painting (laughs).
What epitaph on your grave? Did you think about a sticker?
No, I am not a total sticker addict (laughs). I don’t know something simple but with several meanings like ‘Here stay my bones’.
That’s a good conclusion. Thank you.

















Florian Monfrini lives and works in Paris
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