Jesse Treece

Posted: February 8th, 2014 | Author: | Filed under: portfolios | Tags: , , | No Comments »
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American collage artist

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http://collageartbyjesse.tumblr.com/

 


Tacita Dean

Posted: February 3rd, 2014 | Author: | Filed under: art sur canapé: exhibition reviews | Tags: , , , | No Comments »
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Génèse d’une œuvre : JG de Tacita Dean, une conversation entre Robert Smithson, J.G. Ballard et Tacita Dean

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JG est un film en grande partie inspiré par la correspondance que l’artiste Tacita Dean a entretenue avec l’écrivain J.G. Ballard (1930 – 2009) au sujet de sa nouvelle Les Voix du Temps (1960) et les connections que celle-ci entretient avec l’œuvre iconique de Robert Smithson, Spiral Jetty (en français : Jetée en spirale).

Effectivement, Tacita Dean et J.G. Ballard partagent le même intérêt pour l’œuvre emblématique de Smithson, érigée en 1970 au nord-est du Grand Lac Salé dans l’Utah et prenant la forme d’une spirale de 457 mètres de long sur 4,6 mètres de large, s’enroulant dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Pour sa réalisation, Robert Smithson a utilisé de la boue, des roches de basalte, des cristaux de sel, du bois et de l’eau.

Dans les lettres qu’ils s’adressent l’un à l’autre, ils expriment leur fascination mutuelle pour l’œuvre du land art et tentent de dénouer le mystère entourant cette pièce. De son côté, Tacita Dean avait commencé à s’intéresser à l’œuvre lors d’un voyage aux Etats-Unis entrepris en 1997. Elle décide alors de se rendre à Rozel Point, sans toutefois parvenir à localiser l’œuvre de Smithson, alors immergée par les eaux du lac. Ce périple marque l’artiste qui en tire une pièce sonore intitulée tout simplement Trying to find the Spiral Jetty. Peu de temps après, Ballard prend contact avec Dean en lui faisant parvenir un court texte qu’il a écrit sur Smithson. La boucle prend forme lorsqu’on entrevoit la possibilité que la nouvelle de Ballard Les Voix du temps aurait pu influencer Smithson pour l’érection de la spirale une décennie plus tard. L’ouvrage figurait en effet dans la bibliothèque de l’artiste.

J.G. Ballard, qui disparaît en 2009, lance une sorte de défi à Tacita Dean peu avant sa mort : « Traitez-là [Spiral Jetty] comme un mystère que votre film résoudra ». *

Le film a été tourné principalement dans l’Utah, près de Wendower et en Californie à Death Valley. Les images évoquent tour à tour les paysages de déserts, de lacs salés, l’ouvrage de science-fiction écrit par Ballard et Spiral Jetty, qui apparaît comme le pivot emblématique de JG.
Certains croient même que Spiral Jetty est implantée sur un emplacement quasiment sacré, information que Smithson n’était pas sans ignorer au moment de la conception de son œuvre.

Sur le plan technique, JG est une suite de FILM, également réalisé par Tacita Dean et montré en 2011 dans la Turbine Hall de la Tate Gallery à Londres. C’est une technique spécifiquement cinématographique qu’elle a utilisée pour FILM et qu’elle reprend pour JG. Utilisant du 35mm au lieu du 16mm précédemment employé pour ses films, Dean fait en sorte que l’obturateur de la caméra soit parfois masqué de manière partielle au moyen de caches aux formes différentes, qui seraient inutilisables avec le format numérique. Cette technique particulière – qui n’est pas sans évoquer les techniques du pochoir et du collage – confère à l’ensemble un caractère labile.

Le Temps est au cœur du film, un thème récurrent dans l’oeuvre de Ballard et également en écho à la pièce de Smithson qui induit également le concept du temps qui passe, le passé et le futur et par extension, au concept de pérennité. L’œuvre est en effet visible pendant les périodes de sécheresse, durant lesquelles le niveau du lac diminue, et s’est récemment retrouvée au cœur d’un débat concernant sa préservation puisque des possibles forages pétroliers pourraient être entrepris non loin du site, présentant une menace potentielle pour sa survie.
Spiral Jetty se laisse (re)découvrir au fil du visionnage de JG, avec ces correspondances visuelles et littéraires qui sollicitent l’imagination, tout en préservant le mystère qui entoure l’œuvre.

* J.G. Ballard dans une lettre adressée à Tacita Dean datée du 4 décembre 2007

An image from Tacita Dean's film JG

JG, film anamorphique 35mm en couleur et noir & blanc, son optique, 26.5 min

Le film est projeté en boucle au sous-sol de la galerie Marian Goodman à Paris jusqu’au 1er mars 2014.
www.mariangoodman.com

Tacita Dean, née en 1965 en Angleterre, vit et travaille à Berlin.
Elle travaille avec des médiums aussi divers que le dessin, la gravure, les objets trouvés, l’installation photographique  et sonore et principalement le film.
www.tacitadean.net

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croquis de Robert Smithson pour Spiral Jetty


Julien Salaud

Posted: January 1st, 2014 | Author: | Filed under: interviews | Tags: , , , , | No Comments »
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ConstellationduChevreuil

Constellation du chevreuil, trophée de chevreuil, clous, perles, coton, colle

Le travail de Julien Salaud rassemble tout un panthéon d’animaux représentés en utilisant différentes techniques telles que le dessin, la gravure ou la sculpture. Il est commun de penser que le thème principal de son travail est un questionnement sur la nature des liens unissant l’homme et l’animal. S’il s’agit bien d’un aspect de son travail, c’est davantage la transformation qui est au coeur de sa réflexion : transformer des dépouilles d’animaux de la forêt principalement, mais aussi des insectes, qu’il orne, qu’il pare de perles, de clous, de plumes ou de strass.
Julien Salaud vit et travaille à Orléans.
Il est représenté par la galerie Suzanne Tarasiève à Paris.

D’où vient votre intérêt pour l’utilisation d’animaux empaillés ?

Au début de l’année 2008 j’ai fabriqué deux petites sculptures avec des os, des plumes, des morceaux de bois et quelques graines ramenés de Guyane. L’une d’elle ressemblait à un perroquet empaillé lorsqu’on la regardait d’une de ses deux faces. J’étais inscrit en Master d’arts plastiques à l’université Paris 8 à l’époque, et lorsque j’ai montré ces travaux à ma directrice de recherche, elle m’a conseillé la lecture de The Postmodern Animal, livre dans lequel Steve Baker parle de taxidermie. Il y explique notamment comment les œuvres de Thomas Grunfeld, en renvoyant à la chimère antique, appellent l’imagination plutôt que la raison. Au même moment, j’ai découvert Chantal Jègues-Wolkiewiez, une ethno astronome qui a travaillé sur les peintures de la grotte de Lascaux. Elle a prouvé que les peintures zoomorphes de la Salle des Taureaux correspondaient à une carte du ciel de l’époque. Les taxidermies ont fait irruption dans mon travail à ce moment précis, et dans cette conjoncture, avec les Animaux stellaires. Ces pièces sont à la fois une mise en œuvre de l’animal étrange de Baker et une interprétation des découvertes de Jègues-Wolkiewiez. J’ajouterai que les taxidermies ont été un bon support de réflexion pour tout ce qui a pu m’intriguer au sujet de la mort.

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Vieux Piraï emplumé, piranha séché, plumes de perruches ondulées, fourmis manioc, perles de rocaille, bois, coton sauvage, feuilles de cuivre, gouache, colle

Vous avez étudié la biochimie à l’université.
Pensez-vous que cela ait pu avoir une influence sur votre travail ?

Oui, définitivement. Mes premières années d’études étaient tournées vers les sciences dures. Durant cette période je me suis acharné à essayer de développer un esprit logique… Sans le moindre succès. Plus tard, mon premier emploi aura consisté à récolter les données de programmes d’études concernant l’impact des activités humaines sur la faune sauvage guyanaise. A vrai dire, je n’étais pas captivé par ces études, par contre j’adorais passer des journées entières à pister les animaux. Au final il ne m’aura donc pas fallu moins de dix ans pour admettre que je n’étais compatible ni avec les sciences et ni avec leurs systèmes d’appréhension du monde par l’ordre et la logique. Je me suis donc plongé dans l’art – la seule constante de mon parcours chaotique – sans pour autant abandonner les problématiques qui motivaient mes actions. Celles induisant un rapport à l’environnement par exemple.

La réalisation de vos pièces demande du temps, de la méticulosité ainsi que des volontaires.
Comment travaillez-vous ?

Il y a plusieurs sortes de beautés, je suppose que la mienne fonctionne plutôt comme un fruit : elle mature avec le temps. Du coup mon travail est très chronophage. Il l’est par goût : je ne suis pas dans la logique, pas plus dans le concept. Je cherche plutôt quelque chose qui serait de l’ordre de la contemplation. La contemplation demande du temps, alors si je veux la déclencher chez les autres, il faut que je commence par donner du temps quand je tente de faire un objet de contemplation. Il y a deux ans encore, je pouvais travailler seul sur mes pièces. Certaines me prenaient plusieurs mois, comme la Constellation du cerf (harpe) II par exemple. Mais le rythme de travail a considérablement augmenté dès la fin de l’année 2011, me forçant à appeler au secours pour que les œuvres soient prêtes à temps… Depuis je travaille régulièrement avec l’aide de tierces personnes, des amis ou bien des étudiants en art qui viennent faire leurs stages chez moi. L’été dernier nous avons été jusqu’à douze personnes à travailler dans le jardin pour préparer les expositions d’octobre ! Il y a quelque chose de très énergisant dans le travail en équipe. Les œuvres peuvent prendre une ampleur qu’il serait impossible de développer seul, et puis le partage du travail n’est jamais à sens unique. Travailler deux mois et demi à vingt-quatre mains une pièce demandant patience et méticulosité comme Printemps (nymphe de cerf) m’a récemment permis d’observer les conséquences du processus de création sur d’autres personnes que moi. Pour un peu ça me donnerait envie de faire des expositions-ateliers durant lesquelles les visiteurs de l’expo se transformeraient en créateurs des pièces exposées. J’ai l’impression que la meilleure façon d’entrer dans une œuvre, c’est de participer à sa réalisation.

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Précieuse Goliath, goliathus goliathus albatus femelle, strass, colle, épingles

Vous travaillez avec une variété de médiums différents : le dessin, la peinture et bien sûr la sculpture.
Cela vous permet-il d’exprimer la même chose de manière différente ?
Est-ce important pour vous d’avoir recours à ces techniques différentes ?

Changer de média, c’est un peu comme prendre l’air ou partir en vacances. Ça permet de garder un bon équilibre de vie. Je crois que je m’ennuierai vite si je ne devais faire que du dessin, ou que de la sculpture. Ces deux médiums fonctionnent de concert chez moi : les dessins que je fais dans des carnets vont passer en sculptures, les sculptures vont être prétextes à des petites histoires en dessins, et puis, quand je ne peux pas transformer un dessin en sculpture ou inversement parce que ça ne correspondrait pas, alors je fais des photos. Donc oui, en effet, le changement de média peut permettre d’exprimer plusieurs formes d’une même chose. Mais il existe une deuxième possibilité : le changement de média peut entrainer une métamorphose de la pratique artistique. Dans ce cas, l’avant et l’après ne sont semblables ni dans la forme, ni sur le fond. Et pourtant, l’un et l’autre sont en continuité.
Pour l’instant, je n’ai vécu cette transformation qu’une seule fois. Mais je continue à pratiquer différents médias en espérant qu’un jour une prochaine métamorphose se réalise.

02Poisson à plumes I, gravure (étapes I, II et III)

http://julien-salaud.info/

In Julien Salaud’s work there is a whole pantheon filled with animals depicted in different ways, such as drawing, etching and sculpture. It is generally accepted that his work examines the connections between man and animal. That is indeed one side of his work, but transformation is really the core of it: wood animals skins or insects turning into something else with additional beads, nails, feathers or rhinestone.
Julien Salaud lives and works in Orléans.
He is represented by Suzanne Tarasiève art gallery in Paris.

Where does your interest in working with stuffed animals come from?

In early 2008 I did two tiny sculptures made of bones, feathers, wood pieces and some seeds that I brought back from French Guyana. One of them looked like a stuffed parrot from a specific angle. I was then studying Arts at Paris 8 University and when my professor saw it, she recommended the reading of Steve Baker’s The Postmodern Animal, which is about taxidermy. Baker states that the works of Thomas Grunfeld, by referring to ancient chimera, carries imagination rather than reason. Meanwhile I discovered the work of Chantal Jègues-Wolkiewiez, an ethno astronomer who previously studied Lascaux cave paintings. She demonstrated that the zoomorphic paintings from The Hall of the Bulls correspond with the sky map at the time. Taxidermy occurred in my work at the same time with the piece les Animaux stellaires. These are both some application of Baker’s book and Jègues-Wolkiewiez investigations. And taxidermy was also a good way to think about death and the way I’m intrigued by the concept of it.

Do you think studying biochemistry at the University influenced your choices as an artist?

Definitely. The first years I studied hard science and I unsuccessfully attempted to develop logical thinking for myself… Later on my first job consisted of gathering data regarding the impact of human activity on the wildlife in French Guyana. I was not really passionate about it to be honest, but I really enjoyed spending entire days tracking the animals. In the end it took me ten years to admit that I was neither compatible with science, nor with its way of studying the world through order and logic. I then focused on Arts – the one and only continual thing in my chaotic process – without actually giving up the things that interest me for my work. I’m thinking about the ones dealing with environment or nature for example.

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Constellation sans perle (daim), détail

You make pieces that require time, meticulousness and people to help in the process.
How do you usually work?

There are different kinds of beauty. I suppose the one I am interested in is like a fruit: I am not following a logical analysis, and I am not trying to have some concept. I am rather into contemplation, which implies taking some time. So if I want the audience to be aroused by contemplation, I have to take some time to be able to create an object that will provoke the same effect. Until two years ago I was still able to work on my own. It may take several months to finish a piece, like the Constellation du cerf (harpe) II. Since the end of the year 2011 the rhythm has increased, and I was no longer in the position to work on my own, I had to call for assistance to make sure the work would be ready on time… And I have been working with various people, friends or art students since then. Last summer we were like twelve people working in my garden to prepare exhibitions scheduled in October! Working among a team is somehow very inspiring. Works can exist in a way that you would never achieve on your own. In addition to that, working with different people is never a one-way thing. Twenty four hands worked with a lot of patience and precision on the piece entitled Printemps (nymphe de cerf) during two months and a half. I then witnessed the consequences of the creating process on other individuals than myself. It almost convinces me to do workshops-exhibitions where the visitors could also be involved in the making.
In a way I do think that the best way to understand a work of art is to participate in the creative process.

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Constellation sans perle (daim), trophée de daim, clous, colle

You are also working with various media, such as drawing, painting, and sculpture of course.
Does it allow you to express the same things in different ways?
Is it important for you to work with all these media?

Working with various media feels like getting some air or taking holidays. It balances the whole thing you know. I think I would get bored if I was only into drawing or sculpture.
In my case these two media work well together: some drawings from my notebook will transform into sculptures and sculptures will become sketches sometimes. When I cannot make a drawing evolving into a sculpture or the opposite – because it would not match – I take pictures. So changing media is definitely a way of expressing several aspects of a same thing. But there is another possibility too: different media could also alter the artistic process. In that case what comes before and what comes after is totally different, visually speaking and regarding its contents. They are aligned with each other though.
I have experienced it once at the moment. But I keep on working with different media hoping that some metamorphosis would happen someday.

http://julien-salaud.info/

 


Marc Held

Posted: December 7th, 2013 | Author: | Filed under: interviews | Tags: , , , , , | No Comments »
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L’Echoppe, Paris

 

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L’Echoppe, Paris

Aujourd’hui vous vivez en Grèce, sur une île. A quoi ressemble une journée type ?

Je vis sur une île peu touristique, ma maison est isolée, au-dessus de l’eau. Je me lève de bonne heure et je me mets à ma table à dessin dès le matin surtout lorsque j’ai un projet en cours. En général, je travaille sur un seul projet à la fois. Comme je fais de l’architecture purement artisanale, faire appel aux ressources locales me tient très à coeur. Je me rends souvent sur les chantiers, cela me permet d’échanger avec les artisans, voir l’avancée du projet. Je déjeune à l’heure grecque, c’est à dire vers 14 heures, puis je fais une sieste. En général, j’ai beaucoup d’énergie au réveil et je repars sur mes chantiers. Le soir, je me détends en écoutant de la musique, en lisant ou parfois en regardant les programmes français à la télévision.

A quel moment vous êtes-vous installé en Grèce ?

En 1989, c’était presque sur un coup de tête.

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Villa Myrto, Grèce

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Villa Myrto, Grèce

C’est une maison que vous avez vous-même conçu ?

Dans un premier temps ma femme et moi avions acheté la ruine d’une petite maison paysanne qui dominait la mer. Je l’avais restaurée à l’ancienne avec des matériaux traditionnels et le savoir-faire local. On y a vécu sept ans, sans téléphone, loin de tout. Ensuite, j’ai construit une maison de mes propres mains.

Dans la galerie où nous nous trouvons sont exposées un grand nombre de photos en noir et blanc que vous avez prises dans les années 1950-60. Cet aspect de votre production est moins connu du grand public, on y trouve principalement des scènes de vie quotidienne, avec beaucoup de portraits.

Cette production de photos suit le courant de cette époque-là, un courant humaniste. Il y avait ces grandes illusions quant à notamment, la capacité de la politique à changer le monde, le fait d’être plus humain, plus fraternel etc. Nous sortions de cette guerre, que j’ai vécu enfant, et nous étions en faveur de ces valeurs. Nous pensions que nous allions changer le monde grâce à la politique. Et puis cette période précédait un développement économique sans précédent, qu’on a nommé Les Trente Glorieuses.
J’avais de l’empathie pour les gens qui m’entouraient, nous étions pauvres mais plein d’espoir. J’ai également pris en photo la vie politique de l’époque : 1958, la menace de la prise de pouvoir par les parachutistes, les manifestations…

Ces photos n’ont été montrées que récemment…

Je n’avais pas l’ambition de devenir photographe, mais je m’intéressais à la composition – un point commun avec mon travail d’architecte ou de designer. Ces photos sont restées classées, et elles sont ressorties il y a quelques années de mes archives.

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Fauteuil Culbuto (1965-1967)

Pensez-vous qu’il y a des expériences de votre enfance qui auraient pu vous prédisposer à devenir un designer ?

Non, en tout cas, pas dans mon enfance. Pour échapper aux Nazis et aux collaborateurs, ma mère et moi nous étions cachés dans une ferme du Limousin pendant la guerre. Cette famille d’accueil est d’ailleurs devenue notre famille par la suite. J’y ai découvert l’amour de la ruralité, un intérêt pour le paysage si vous préférez. Mon père est rentré dans le maquis et il m’a fait rentrer avec lui comme agent de liaison à onze ans, sans doute parce que j’étais intenable. De temps en temps, on me faisait monter sur le camion et tirer dans les champs à la mitraillette. Pour résumer, j’ai eu une enfance qui a fait de moi un insoumis et accepter la discipline scolaire a été un gros problème pour moi.
Après le lycée, j’ai eu envie de faire du théâtre – j’adorais aller voir Gérard Philippe sur scène – mais j’étais assez timide et je me suis dégonflé.

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Fauteuil Culbuto (1965-1967)

Comment êtes-vous devenu designer ?

C’est par l’intermédiaire de mon beau-père, un bourgeois communiste, cultivé, engagé politiquement lui aussi. Lors d’un voyage collectif, j’ai découvert la chapelle de Ronchamp du Corbusier et la Rotonda de Palladio, deux oeuvres initiatiques pour moi. J’étais prof de gym à l’époque mais je ne n’avais plus de doute sur ce que je voulais faire. Le terme de design n’existait pas à ce moment là. J’ai commencé à faire des meubles, en hommage au Bauhaus notamment. Entre temps, j’avais intégré une société de vente par correspondance, j’y avais un très bon poste. J’ai acheté un grand appartement que je décore avec mes meubles. Je fais venir un photographe professionnel pour documenter le tout. Les clichés sont publiés dans la revue Maison Française et tout s’emballe. On me contacte pour des petits chantiers d’architecture intérieure. J’apprends sur le tas mais je ne me sens pas prêt pour faire de l’architecture.

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Etagères en contreplaqué moulé (1966)

Comment est né L’Echoppe ?

C’est mon ami le peintre Robert Wogensky qui m’a conseillé d’ouvrir un showroom pour montrer des créations internationales et les miennes. J’ai vendu mon appartement pour m’installer avec ma femme Marianne dans un immeuble HLM et je prends un magasin situé rue de Seine. C’est le milieu des années 60, je fais venir des meubles de Scandinavie, d’Allemagne, d’Italie etc. J’avais du mal à rentrer dans mes frais, pour être tout à fait honnête. Et puis, le bouche à oreille fonctionne et le succès arrive. Les gens faisaient la queue, déposaient leurs listes de mariage…

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L’Echoppe, Paris

Cette expérience a-t-elle facilité le passage à l’architecture ?

Oui d’une certaine manière puisque j’ai été approché par le promoteur d’Avoriaz, un jeune type ambitieux après la publication d’un article dans le Nouvel Observateur où j’étais considéré comme “un pionnier du beau”. Il m’a proposé de rejoindre l’équipe des architectes de la station de ski. J’y ai travaillé pendant trois ans, dessinant des meubles, participant à l’architecture. J’ai pris conscience de mes lacunes, ce qui était une bonne chose. Et j’ai eu envie de me lancer en architecture, tout en continuant à concevoir des meubles.

Quels sont les liens entre design et architecture d’après vous ?

Ces métiers sont extrêmement proches. La démarche est assez similaire, même si l’architecture est plus complexe de par ses volumes plus importants que ceux d’un objet. Pour les percevoir, l’observateur, selon l’endroit où il se trouve, et l’orientation à partir de laquelle il regarde l’objet, a une perception différente. Pour le cerveau, c’est infiniment plus complexe à mémoriser. S’ajoute à cela le fait que le cerveau fait ensuite une synthèse entre ce qu’il a perçu de l’extérieur et les volumes intérieurs. Il y a également la relation du bâtiment avec l’extérieur, le graphisme (les lignes du bâtiment) et enfin le toucher (les matériaux).
Etre architecte, c’est un peu être comme un samouraï : il faut toujours essayer de faire mieux.

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Bureau en fibre de verre (1965-1968)

Parlez-moi du projet pour IBM.

Je venais de terminer la réalisation d’un centre commercial à Clermont-Ferrand et j’ai reçu ce coup de fil de leur part. Ils veulent me rencontrer et je dois leur présenter un dossier.
A cette époque, IBM dans le monde entier avait une politique immobilière qui consistait à être propriétaire de ses lieux.
On me fait venir à Montpellier pour me montrer un site industriel avec des usines. Leur idée était d’y implanter un centre social pour les employés, avec un restaurant d’entreprise etc. Ce projet était très passionnant et j’ai bien sûr accepté. La philosophie de cette compagnie, c’est l’austérité, la réserve; des caractéristiques que j’apprécie aussi. J’ai proposé un projet très high-tech, qui utilisait des ressources et des matériaux locaux, pour le même budget et dans le même délai. Tout autour, j’ai réintroduit la végétation locale, en faisant planter des pins, des oliviers. J’ai passé presque un an sur place.
Je l’ai su par la suite, mais chaque projet était noté et si tout se passait bien, les projets devenaient de plus en plus ambitieux. Ce qui a été mon cas puisque j’ai eu la chance d’être l’architecte d’IBM en France.
Je suis retourné récemment sur le site et la végétation a poussé, le béton a blanchi mais il a bien vieilli. Le bâtiment est parfaitement bien intégré au paysage.

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“La Lande”, pour la compagnie IBM, Montpellier (1984-1985)

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“Le B5″, pour la compagnie IBM, Montpellier (1984-1985)

Je crois que l’architecture s’inscrit dans la durée. C’est aussi le temps qui détermine si un projet est réussi ou pas.

Oui tout à fait. Et lorsque je travaille sur un projet d’architecture, j’ai ça en tête.
“Comment sera mon bâtiment dans dix, trente ans, cent ans ?”

Toutes les images : Courtesy de Marc Held

http://marcheldarchitect.com/

Merci à Emma Lindgren et à l’équipe du Brio sans qui cette rencontre n’aurait pas pu se produire.
http://lebrio.webnode.fr/

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Corey Arnold

Posted: November 5th, 2013 | Author: | Filed under: portfolios | Tags: , , | No Comments »
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Alaskan photographer and commercial fisherman

GRAVEYARD POINT

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WOLF TIDE

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ARCTICNESS

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http://www.coreyfishes.com/

 

 


Ryan Gander

Posted: October 13th, 2013 | Author: | Filed under: art sur canapé: exhibition reviews | Tags: , , | No Comments »
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Really good artworks start in one place but go to multiple places, have multiple readings, different possibilities and outcomes.
Ryan Gander interviewed by Lorena Muñoz-Alonso, 8 Nov 2011

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Make every show like it’s your last. The title Ryan Gander picked for his current show at Le Plateau in Paris sounds like some advertising motto. In a way, it could also recall Steve Jobs’ famous quote: ‘Live each day as if it was your last‘. The title induces that when people are committed to a creative process, such as artists, they are expected to be genuinely brilliant each time they produce a work or a show. The whole concept is about imagination, a notion that is widely asserted in the show.

In the main lobby, the audience is welcomed by some advertising light box by JC Decaux, the same you can find around the streets of Paris. Behind a black curtain, the visitor is welcomed by a monolithic sculpture made of mirrored glass which stands in the middle of a darkened room. He then could expect something to happen, such as a video projection as the set up recalls the ones generally used in contemporary art exhibitions, but there is nothing going on. He may wonder if the work is broken, he does not even know if he is facing a work of art or not. Those kinds of questions is what Ryan Gander is interesting in as an artist exhibiting work in a show: making objects that remain ambiguous to the spectator.

In the next room a short video is screened, its title, Imagineering, which combines the words ‘imagination’ and ‘engineering’, was inspired by Walt Disney who believed that imagination could allow everyone to fulfil their own dreams. The video running time is less than a minute and it is very similar to a typical British TV commercial. It was commissioned by Ryan Gander to a professional advertising agency to promote creativity in Britain, as if the actual client was the British government’s Department for Business, Innovation & Skills. Gander says he was very interested in the idea of promoting a concept, something that was not a product or an object. So the video is at the same time a TV commercial and a work of art or only one of these two options. There are multiple readings in the work of Ryan Gander and it is up to the audience to decide.

Then the visitor steps into a narrow hall in the dark and discover a framed glass window on the left wall. It seems to lead into some forest, a place the artist refers to as ‘Culturefield’, a territory where creativity is experienced without any intellectual or conceptual boundaries. Tank with ‘Entrance to a clearing‘ is fiction, it is not real, it suggest something else, it says ‘use your imagination‘.

The next room is empty, except for a pair of eyes emerging from a white wall and staring at the visitor who passes by. They adopt various expressions such as curiosity, boredom, anger, confusion, concentration or happiness; the ones that exhibition goers usually experience when confronted to an artwork. With Magnus Opus, the spectator becomes the one who is watched.

Make every show like it’s your last – Ryan Gander
Le Plateau
September 19 to November 17, 2013
Curator: Xavier Franceschi

Ryan Gander is an artist based in London and Suffolk, UK.
He is represented by GB Agency in Paris, and Lisson Gallery in London.

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Make everything like it’s your last, digital print, Decaux panel, 2013

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Make everything like it’s your last, digital print, Decaux panel, 2013

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The Useless Machine with Blowing Curtain, mirrored perspex, electrical components, curtain, 2013

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Imagineering, video HD, sound, 2013

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A lamp made by the artist for his wife (Thirty-first attempt), homewares and DIY materials from BHV, 2013

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Tank with ‘Entrance to a clearing’, metal, glass, wood, artificial plants, lighting, 2013

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Magnus Opus, animatronic eyes, sensors, computer, 2013

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I is… (ii), marble resin, 2013. Image by Ken Adlard

All pictures: Courtesy Ryan Gander Studio


Gillian Laub

Posted: October 6th, 2013 | Author: | Filed under: portfolios | Tags: , , | No Comments »
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American photographer born in 1975

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http://www.gillianlaub.com/

 


Maurizio Cattelan

Posted: September 3rd, 2013 | Author: | Filed under: interviews | Tags: , , | No Comments »
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CHINESE PORTRAIT
Torno Subito*, Maurizio Cattelan’s solo show at the Galleria Neon, Bologna, 1989 (*Be right back)

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Photo: Pierpaolo Ferrari

The launch of Toilet Paper 8th issue at the Palais de Tokyo gave me the opportunity to get in touch with Maurizio Cattelan. Of course my idea was an interview for noblahblah. But I did not want to ask him about his work because you don’t want to explain what is inside Maurizio Cattelan’s mind. Reading interviews others conducted with him, I thought that most of the time they ask the wrong questions such as his supposedly provocative side for example. These people expect the artists to tell the truth about their work when artists are not necessarily in the position to tell the truth but rather to question things.
Cattelan’s early works are seen as various self portraits. The very first one was a photograph depicting him with his hands in the shape of a heart (Lessico Familiare, 1989). Senza titolo, made in 2001 for the Boijmans Museum in Rotterdam is probably the most well-known of these self portraits: a sculpture depicting him peering from a hole in the floor of the room.
The idea behind a Chinese portrait is to get an abstract depiction of a person with spontaneous answers. It’s a bit like a game but in the end it becomes a serious thing. I thought it was the perfect way to conduct an interview with Maurizio Cattelan.

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Untitled, 2009. Photo: Zeno Zotti. Courtesy: Maurizio Cattelan Archive

If you were a natural phenomenon, you would be…
A sailing stone !
http://en.wikipedia.org/wiki/Sailing_stone

If you were an animal, you would be…
A cat, the dilettante in fur you should never trust.

If you were a metal, you would be…
Titanium, low density and high resistance to corrosion in chlorin.

If you were a mythological being, you would be…
I’ve always wanted to go around with Dionysus’ ivy crown but Poseidon’s trident is an absolute women catcher.

If you were a famous human being, you would be…
Very scared.

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All, 2008. Photo: Markus Tretter. Courtesy: Maurizio Cattelan Archive

If you were a haircut, you would be…
Mullet hair style, definitely! Business in the front, party in the back.

If you were a color, you would be…
Black, to suit all the ladies.

If you were an item of clothing, you would be…
David Bowie’s tie-dye spandex pants. God bless David Bowie.

If you were a human activity, you would be…
Idleness, the beginning of all vices, the crown of all virtues.

If you were a job, you would be…
A nightclub bouncer so I can finally get myself in.

If you were an egg being cooked, you would be…
Wishing I was a chicken.

If you were a weapon, you would be…
A woman.

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Untitled, 2007. Courtesy: Maurizio Cattelan Archive

If you were a place, you would be…
A 4 000 meters snowy ridge in Valle d’Aosta called Il Naso. Hard to outline.

If you were a scent, you would be…
A nasty fish-scented snow smell.

If you were an adverb of time, you would be…
Next.

If you were a movie, you would be…
400 blows cause I have no socks left around these holes.

If you were a motto, you would be…
The trouble is, you think you have time.”

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Untitled, 1989. Courtesy: Maurizio Cattelan Archive


Eva Truffaut

Posted: August 9th, 2013 | Author: | Filed under: interviews | Tags: , , | No Comments »
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Vous étiez aux Rencontres d’Arles récemment.

Je rêvais de tomber sur quelqu’un dont le travail allait me provoquer un coup de poing, en me disant que je n’avais jamais vu ça auparavant. Ca été le cas la première fois que j’ai vu les photos de d’August Sander puis celles de Cindy Sherman, ou Nan Goldin, à la Grande Halle de la Villette. C’était bouleversant. Je me demandais comment on pouvait faire des photos aussi crues. Ensuite, je me souviens de ma découverte d’Annelies Strba puis de Richard Billingham, qui prenaient en photo leur famille.
Depuis ces “chocs”, je n’ai pas été surprise par grand chose en matière de photographie.

Aujourd’hui, avec la prolifération des images sur des sites web, des tumblr, on a tendance – peut-être – à oublier ce qu’on voit. Les images sont vite digérées.

En tout cas, les dernières images qui m’ont marquée et dont je me souvienne ont été faites dans les années 60-70.
William Gedney a vécu dix ans avec une famille qu’il a photographiée. J’ai découvert son travail via des archives universitaires américaines. Ce qui est étonnant chez lui, c’est le temps qu’il s’offre avec ces gens avec lesquels il travaille. Il y a plus de  3 000 images, donc là ça devient intéressant d’autant plus qu’on a l’impression qu’il a tout tiré, sans hiérarchie, sans rien jeter.

Ca m’évoque le travail de Jacob Holdt, qui a sillonné les Etats-Unis pendant pas mal d’années et a séjourné dans plus de 400 foyers. Il en résulte une banque d’images absolument incroyable.
A propos de banque d’images, j’ai noté que votre travail n’apparaissait ni sur le blog, ni sur le tumblr.

Oui, j’en ai bloqué l’accès avant l’exposition à la Galerie Chappe. Je ne voulais pas que les images soient visibles en ligne.
J’utilise ces deux plateformes, qui sont assez complémentaires. Blogger est pratique pour mettre “en famille” les choses, et Tumblr pour visionner les archives, ma préférence d’archivage privé va néanmoins à Flickr qui reste un excellent outil de la sauvegarde à la mise en album, un rêve pour qui a la manie de l’archive.

21© Karolina Bomba

Le blog contient d’ailleurs essentiellement des choses que vous sourcez.

Oui et sans commentaire ajouté car j’aime assez que les choses soient un peu muettes. Je cite juste mes sources. Il appartient aux gens de poursuivre le travail de curiosité ou pas.
Mais il faut que je retire l’outil qui permet de savoir combien de personnes visitent mon blog. Car de fait, cela a tendance à influencer les sélections qu’on fait et par moments, c’est difficile de ne pas céder à la course à la popularité. Le tumblr thisisnothappiness te rebloggue et tout à coup, tu te retrouves avec 200 000 personnes qui ont visité ta page dans la nuit, l’ignorer serait plus sain. Même chose avec Boing Boing.

A quelle fréquence alimentez-vous le blog ?

Avant c’était tous les soirs, scrupuleusement. Je préparais des dossiers très complets, je sélectionnais, je composais une mise en forme, une dramaturgie même.
Lorsque j’ai commencé à travailler sur l’expo, j’ai prévenu que l’activité serait suspendue pendant quelques temps. Je sais déjà qui sera la prochaine entrée…

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D’où vient le nom du blog : la mythologie des lucioles ?

Un des premiers livres sur la photo que j’ai lu, écrit par Denis Roche, s’appelait La Disparition des Lucioles. C’est un essai traitant de l’acte photographique. Je m’en suis souvenue lorsque j’ai créé mon blog. Mais d’une manière plus inconsciente, c’est surtout Georges Didi-Huberman et des écrits tardifs de Pasolini que j’avais en tête.
Si on se dit que l’inconscient est langage, la photographie qui m’intéresse dans ce cas, c’est celle en tant que langage de l’inconscient. L’image n’a rien à voir avec l’esthétique, elle est, de fait, beaucoup plus narrative, même si on ne le souhaite pas. Pour moi, même l’image la plus abstraite est totalement narrative.

Cela ouvre un champ des possibles.

Oui, car l’image permet beaucoup plus d’interprétations que le cinéma, le théâtre ou même la peinture. La photo montre quelque chose qui est déjà là. C’est toute la différence.
Pour en revenir aux lucioles; pour moi, c’est la parole chuchotée dans le noir. Quelque chose qui titille la persistance rétinienne. Vous le disiez tout à l’heure : on voit beaucoup d’images, on en oublie une grande partie, mais il y en a qui restent. C’est ce que j’avais en tête avec les lucioles. La persistance du fugitif, la survivance.

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Quel est votre premier souvenir lié à ce médium justement ?

J’ai eu un appareil entre les mains très jeune. Lorsque j’étais enfant, il existait l’Instamatic Kodak, juste avant le Polaroid SX70 . On mettait des petites cartouches en plastique à l’intérieur, et l’appareil était vraiment simple à utiliser. Du Fischer Price en somme !
Mon père prenait énormément de photos, de ma soeur et de moi.
Et lorsque j’ai commencé à faire de la photo, je ne me rappelle pas m’être dit qu’il fallait que je fasse attention au cadre. Je pense que ça venait de mon père. Il employait le terme “nettoyer le cadre” pour “cadrer” histoire de faire fi des détails superflus. Je pense que j’ai gagné du temps, en apprenant des choses de manière quasi instinctive à ce moment là.

Certaines biographies te concernant font mention d’un apprentissage de la photo plus tard aux côtés de gens comme Paolo Roversi, Jean-Baptiste Mondino.

Je dois rectifier cela, qui a été largement relayé sur Internet. J’étais styliste pour des magazines, le Elle italien et notamment pour City Magazine, un grand format qui ne publiait que du noir et blanc. Pour les séries mode, j’ai travaillé en tant que styliste avec des photographes, comme Paolo Roversi ou Peter Lindbergh ou Sarah Moon. J’ai observé leur façon de travailler. À mes yeux, Roversi vient de la peinture de la Renaissance italienne, alors que Lindbergh est surtout influencé par le théâtre berlinois, ou le Constructivisme. Sarah Moon, c’est plus complexe, plus mystérieux, plus sombre aussi; elle est.. lunaire, vraiment.
Ça a été un apprentissage, mais je ne m’en rendais pas compte. Et en même temps, j’ai des lacunes techniques. Ca se voit dans mon travail d’ailleurs : il n’y a ni précision du détail, ni recherche de la mise en scène extrêmement travaillée. Mais ça me correspond. Aujourd’hui, l’essentiel, pour moi, est de me débarrasser de ce que je ressens comme un excès d’esthétique.

Les photos sont principalement prises la nuit.

Pas toujours.
J’ai une série de photos que j’ai numérisées, un mélange de vieilles photos de ma famille et de photos plus récentes que j’ai prises de ma fille avec ses amis par exemple. Et pour cette série, cela n’a aucune importance que les photos aient été prises avec de la lumière naturelle. Je confronte les images avec du texte, je l’appelle mon roman photo familial, il y a une série en français et une en anglais. Et dans cette série, le texte m’intéresse plus que les images. Des phrases courtes, comme dégraissées et qui me permettent d’essayer de raconter une histoire, aux accents à la fois tragiques et comiques. Et selon le sens de lecture des images, le ton en est totalement modifié.

08© Nelson Bourrec Carter pour Eva Truffaut

Vous n’utilisez pas de pied pour travailler.

Jamais. Il ne s’agit pas d’un postulat artistique, c’est juste par pure flemme ! J’aime que les choses aillent vite. Je travaille d’ailleurs souvent avec du film périmé, car il est moins cher donc je peux en acheter plus pour le même prix. Donc ce n’est pas pour m’embêter par la suite avec la lumière ou le fait que je vais bouger légèrement l’appareil au moment de la prise de vue.
Je prends les photos sur le vif. Travailler autrement qu’à l’instinct, ça ne me réussit pas.

J’aimerais qu’on évoque ce flou qu’on retrouve dans beaucoup de vos images. Cela me rappelle un phénomène que je connais bien : la vision blurred qu’expérimentent les myopes.

Oui c’est exactement de ça dont il s’agit. Je ne porte jamais mes lunettes pour prendre des photos. Je suis myope et astigmate donc cela accentue ce phénomène de blurred. Je vois le monde sans mes lunettes et je le trouve plus beau de cette manière. Je n’ai pas un goût pour le détail à tout prix. Ca c’est une réponse un peu paresseuse je l’avoue.
Mais c’est parce qu’il y a aussi le fait qu’on m’a transmis cette culture de l’image lorsque j’étais enfant, via le cinéma notamment. Nous allions beaucoup au musée, il y avait des livres d’art à la maison et je me souviens également que ma mère achetait des magazines féminins. Les goûts en vogue en matière de photo allaient du côté de l’image surpiquée, à la manière de Sieff, d’Avedon. Ce n’est pas le genre d’image qui me touchait à ce moment là. J’étais déjà plus sensible aux photos plus artisanales faites à la chambre, avec deux secondes de pause. De même que le cinéma qui m’a le plus marquée, c’est celui de l’approximation, je pense notamment aux films muets. Il y a certainement des images séminales chez moi, chez Murnau par exemple. Disons qu’avant même de me rendre compte que j’étais myope, j’étais attirée par les images qui “palpitent”, qui ne sont pas nettes. Le grain si personnel de Sarah Moon répondait alors à cette attente. Sans parler de l’indéfinissable mystère opaque de Diane Arbus et de la cinématographie narrative poignante et tragique chez Robert Frank.

Est-ce-que l’emploi du noir et blanc vient aussi de ce cinéma ?

Là encore, c’est par paresse ! Et mon désir d’aller au plus vite mais surtout au plus simple pour la prise de vue. S’ajoute à cela le fait que je suis extrêmement tatillon avec la couleur. Il y a très peu de photographes qui savent travailler la couleur. Paul Outerbridge en faisait partie. Il travaillait dans les années 30 et ses photos avaient des couleurs très singulières, inédites,  débarrassées du superflu. Chez lui, aucune couleur ne vient perturber la vision. Elles sont toutes là pour une bonne raison. On retrouve cet héritage du traitement des chairs chez Bourdin.
J’ai été élevée avec les films de Chaplin et la télévision en noir et blanc. La couleur y est arrivée seulement dans les années 70. Le Photomaton pas plus que le Polaroïd n’existaient en couleur. Donc oui, ma culture visuelle vient du noir et blanc. Et mon utilisation du noir et blanc est davantage qu’un parti pris esthétique assumé et conscient. C’est d’abord un langage, et c’est le langage que j’ai appris. Le noir est blanc c’est ma langue maternelle.

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J’ai l’impression que vous travaillez par séries.

Ça peut m’arriver de faire des photos isolées, mais c’est assez rare. Je pense que ça vient de la culture du pictogramme. Quand on développe soi-même ses photos, au moment du développement, on réalise qu’on fait du film, avec une suite d’images. On a le choix ensuite de les dissocier ou de les enrouler ensemble pour faire un film. Finalement, il n’y a qu’avec le numérique qu’on ne se rend pas compte de cette notion, puisqu’il n’y a pas de film dans l’appareil.
Dans ma tête les choses se mettent par séries en général.

Et cela semble se prolonger dans l’accrochage de votre exposition à la galerie Chappe. Je pense notamment à cette série de portraits, rassemblés dans un coin de la galerie d’une façon non-conventionnelle puisque les photos n’étaient pas accrochées les unes à côté des autres mais accolées les unes aux autres dans un élan vertical.

C’est vrai que je préfère lorsque les choses sont accumulées et non pas mises en ligne ou isolées. Si c’est le cas, ça m’ennuie. Toutes ces mises en place rectilignes, linéaires et calibrées de galeries qui finissent par se ressembler et ne tiennent parfois pas compte de l’oeuvre dans son ensemble. Ces règles arbitraires, dogmatiques au moins, d’Agata, les a bousculées au BAL et c’est tant mieux.
Je repense à Boltanski, lorsqu’adolescente j’ai découvert ses premières accumulations de visages, ça m’a passionnée. Enfin quelqu’un parlait ma langue, c’est ce que j’ai pensé à l’époque. Et puis si je creuse un peu plus, je dirais que ça vient surtout d’images furtives de mon enfance. Les empilements de valises, de chaussures, de photos… Je suis une enfant gâtée des années 60 mais je suis indubitablement une enfant des enfants de la Shoah. Au fond, c’est là ma vraie culture.

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A propos de la série que j’évoquais précédemment, il me semble même qu’on pourrait évoquer un autel, pas nécessairement au sens religieux du terme d’ailleurs. Mais plutôt comme un monument devant lequel on peut choisir de se recueillir.

C’est probablement une chose vers laquelle je tends. Mais c’est assez inconscient.
Dans cette maison où je vis, il y a eu une vitrine que j’avais récupérée et dans laquelle j’avais placé tout ce que je chérissais. Une sorte d’ex-voto composite et gigantesque. Maintenant, ces objets sont dans des valises, ils ne sont plus montrés. Le mur vitrine est devenu un mur de valises.
Cette idée d’ex-voto ou d’autel est venue tardivement, inconsciemment . Et de manière païenne car je suis athée. C’était davantage pour conserver des objets et les photos qui auraient pu disparaître. Il y a le rapport à la mémoire, c’est certain. J’ai perdu mon père très jeune, j’avais 23 ans. Et ma meilleure amie au même moment. J’ai sans doute pris conscience assez tôt qu’il fallait que je garde des traces.

Toutes les images : Courtesy de l’artiste, sauf mention spéciale

http://eva-truffaut.blogspot.fr/


Joe Webb

Posted: June 16th, 2013 | Author: | Filed under: portfolios | Tags: , , | No Comments »
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British collage artist

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