Augustin Steyer

Posted: October 20th, 2011 | Author: | Filed under: interviews | Tags: , | No Comments »
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Quel parcours as-tu suivi ?
J’ai suivi un parcours à la fois “normal” et atypique. Dans un premier temps, j’ai fait deux années préparatoires à l’Atelier de Sèvres. Puis je suis entré aux Beaux-Arts de Paris. Je suis actuellement en 5e année.
J’ai aussi fait l’école buissonnière ! J’ai un peu délaissé les Beaux-Arts pour devenir l’assistant de deux artistes : Nick Devereux et André.

C’est donc la dernière année aux Beaux-Arts ?
Oui je vais rendre mon mémoire en janvier et passer mon diplôme en juin ou en septembre.

A quel moment tu as su que tu ferais des études d’art ?
Lorsqu’il a fallu choisir de faire des études, cette voie m’a parue évidente. C’était le seul domaine dans lequel je me sentais bien, et que je pouvais envisager à long terme. Ensuite, j’ai eu la confirmation que c’était ce que je voulais faire. J’étais en seconde année aux Beaux-Arts et j’ai participé à une exposition collective à la Fondation Ricard. Le soir du vernissage, je me suis dit “je peux y arriver”. Choisir cette voie n’est pas forcément facile…

Gimbal #1, 130 x 70 cm, fusain sur papier, 2011

Quelles sont les grandes différences selon toi entre un parcours au sein d’une école d’art et un cheminement autodidacte ?
C’est une question intéressante, d’autant plus que je reviens justement d’un séjour de six mois passés dans une école d’art à l’étranger.  J’ai étudié au Hunter College de New York, ce qui m’a permis de profiter d’une pédagogie complètement différente. Notamment parce que les élèves doivent bien plus parler de leur travail devant les autres qu’aux Beaux Arts. Cela oblige à formuler les choses et c’est un excellent apprentissage.
Au début de mes études, j’avais besoin d’être encadré. Mon professeur d’atelier encourageait la pratique du dessin – et c’était d’ailleurs l’un des seuls. Puis, je me suis rendu compte qu’il avait une pédagogie à l’opposé de celle que j’attendais. Pour résumer, c’était “aide-toi et le ciel t’aidera”. Lui était présent une fois par mois, donc pendant mes deux premières années, je me sentais vraiment perdu. Mais d’un autre coté c’est ce qui m’a poussé à vouloir sortir de l’école et m’intégrer plus vite dans le monde de l’art et à en comprendre mieux le fonctionnement.
Je pense que le risque des écoles d’art est de se transformer en cocon trop protecteur pour les élèves, qui se trouvent alors déconnectés de la réalité du monde de l’art contemporain, ce qui rend la sortie des études périlleuse pour certains.
C’est pour cette raison que j’ai commencé à assister des artistes, au début de ma troisième année. Et je n’ai jamais autant appris qu’en travaillant avec eux, qui évoluent dans des registres très différents (NDR Nick Devereux et André). Nick a un parcours d’autodidacte, et il s’est engagé avec la galerie Bugada & Cargnel quelques mois avant que je devienne son assistant. J’ai vu sa cote multipliée par quatre, je l’ai accompagné sur beaucoup de salons, d’expositions etc. Cela m’a permis de voir la manière dont il construisait peu à peu un corpus d’oeuvres cohérent et ce sur quoi il basait ses réflexions. Je pense que c’est ce type d’expérience qui manque dans certains ateliers des Beaux-Arts de Paris. Avec Nick, nous avons une réelle relation élève – mentor. Nous avons des centres d’intérêt assez similaires, mais qui ne s’expriment pas du tout de la même manière. Cela nous permet d’avoir un échange constructif : il peut être critique vis-à-vis de mon travail, comme je peux l’être du sien, nous avançons à deux, côte à côte mais à des niveaux différents !

Tiens, les conditions deviennent parfaites car la lumière baisse et le noir sur mes dessins perd sa texture et la surface disparaît, créant une sorte de vide.

Tu as toujours travaillé sur des grands formats ?
Pas du tout. C’est propre à la période où j’étais à New York ! (rires) C’est parti d’une blague à vrai dire, sur les artistes américains et leurs formats démesurés. Et j’ai eu envie d’essayer, pour développer un autre rapport aux images. Au départ, j’ai pu être dans une tentative de reproduction assez pointilleuse et précise de photographies que je trouvais dans des archives. Maintenant, j’ai une approche beaucoup plus physique, j’ai envie de me confronter à la matière. En particulier cette matière poudreuse noire qui induit en quelque sorte un rapport à la performance, car elle force à implication physique de ma part. Lorsque je travaille avec cette matière, je me confronte au support qui rejette le pigment, et le sature totalement à force d’écraser la matière. Le studio devient presque une pièce à part entière, tout est recouvert de poussière noire !

Tu travailles au sol ?
Oui, je suis obligé de travailler au sol. Surtout lorsque je travaille sur des fields où toute la surface est recouverte d’aplats de noir.
Il m’est arrivé de travailler à la verticale, sur le mur, en utilisant une technique très ancienne, que Nick m’a apprise. Il s’agit d’un mode de reproduction à l’œil, à partir d’une photographie où d’un volume. Mais ce n’est pas une technique de projection, celle que j’utilise permet l’erreur, c’est en quelque sorte de la réinterprétation. On pose sur un trépied l’image de base, on ferme un œil et on fait des allers et retours entre les deux images pour reproduire les proportions. C’est une technique assez laborieuse, mais qui permet beaucoup plus de libertés qu’un système de projection, les images se trouvent être plus cohérentes et moins “plates”.
Je commence généralement une nouvelle série d’images suite à de longues recherches sur  Internet ou dans des archives. Je sélectionne généralement mes images-sources en fonction de leurs potentialités, de leur présence, de leur aspect étrange ou hybride, et de leurs qualités d’obscurité ou de lumière.
Ensuite je les assemble et les transforme pour arriver à des images moins évidentes s’éloignant de l’image pré-existante et qui appellent à différents niveaux de lecture.

Le fusain semble être ton matériau de prédilection…
Oui. D’une façon assez classique, et comme beaucoup d’artistes avant moi, je suis à la recherche de l’ultra noir. Le noir a cette importance primordiale pour moi car il est le moyen le plus simple et le plus direct pour communiquer visuellement. La ligne claire du dessin originel est noire sur fond blanc. Le noir est avant tout un outil pour sculpter la lumière, le pigment pur contient d’infinies subtilités de texture et de transparence, il est pour l’instant le matériau de base de mes oeuvres.
A New York, j’ai trouvé un fournisseur de pigments noirs très particuliers, d’une concentration inégalée. J’ai passé plusieurs mois à expérimenter toutes sortes de mélanges, et grâce à cela j’ai pu obtenir ce type de rendu, très mat et velouté, qui suggère cette profondeur, ce vide abyssal. Il faut maintenant que je trouve le même pigment à Paris…

Combien d’heures passes-tu en moyenne sur une pièce ?
C’est très variable. Parfois trois jours pour un dessin. Et parfois trois semaines. Mais je dirais que c’est surtout une question d’énergie, d’investissement physique dans l’oeuvre.

Le dessin est-il un médium à part ?
Cela fait déjà plusieurs années que l’on proclame le retour du dessin, coïncidant avec un retour en force de la figuration.
En arrivant aux Beaux-Arts, je me suis retrouvé avec pas mal d’étudiants qui faisaient du dessin, mais peu d’entre d’eux utilisaient le fusain, technique jugée trop “old-school” et véhiculant une image académique. J’ai ensuite suivi avec passion les cours de croquis et de morphologie, qui étaient le rendez vous hebdomadaire des mordus de dessin. Ma rencontre avec Marko Velk a été un premier déclencheur, puis en travaillant avec Nick Devereux j’ai pu développer réellement ma pratique du dessin. D’un point de vue strictement technique, Robert Longo a été ma principale source d’inspiration.

Life, fusain, pigments noirs et aluminium sur papier, 450 x 220 cm, 2011

Tu travailles par séries et tu donnes des numéros à tes pièces. Peux-tu me dire comment tu procèdes ?
Je risque de te décevoir ! (rires) Comme tu as pu le remarquer, je m’intéresse moins au concept, mais davantage aux qualités formelles de l’image. C’est la recherche technique qui me plait, la composition, et le fait d’essayer de créer des images qui ont un impact. Donc les titres viennent au second plan pour être honnête.

Les titres ont donc davantage une fonction d’inventaire.
Oui, comme je travaille par série. Je prends un titre en relation directe avec les images que je choisis pour mes séries. Par exemple, j’ai fait une série utilisant des images d’instruments mécaniques technologiques trouvées dans des archives de la NASA des années 50. Donc j’essaie à chaque fois de prendre un titre qui soit simple et descriptif. Dans le cas des images de la NASA, j’ai intitulée la série Gimbals, du nom d’un minuscule composant de la machine. Une autre série se nomme Life, et c’est parce que j’ai utilisé des images provenant exclusivement de Life Magazine. Je m’efforce de faire en sorte que mes titres ne donnent pas trop d’information sur l’oeuvre, qu’ils soient en quelque sorte “transparents”, pour que l’imaginaire puisse se développer dans l’esprit du spectateur justement.

Comment s’appelle la série avec les motifs circulaires ?
La série s’appelle Echoes, en référence au satellite du même nom. Il avait la forme d’une boule d’hélium dans une sorte de cocon en aluminium. Il a été documenté par des photos prises dans un hangar. Et j’ai supprimé une grande partie de l’image, pour ne garder que le reflet du satellite, donc son écho en quelque sorte. Le fusain est cette fois ci utilisé d’une façon qui elle aussi fait écho aux techniques d’impression, par la reproduction de l’image grâce à une trame.

Echo #4, 90 x 130 cm, fusain sur papier, 2010

Echo #4, 90 x 130 cm, fusain sur papier, 2010 (détail)

Quels sont tes projets ?
Je vais continuer à utiliser le fusain et à en explorer toutes les possibilités. Je veux également me diriger davantage vers l’installation, c’est-à-dire la mise en espace de mes dessins de manière construite et réfléchie. Pas un simple accrochage d’images.
En ce qui concerne les projets à plus long terme, j’aimerais intégrer une galerie, mais pas trop vite. Je préfère attendre d’être plus à l’aise, de ne pas me sentir figé dans une forme et ne pas me sentir sous pression.

A court terme, j’ai peut être un projet avec Emilia Stocchi, qui vient d’ouvrir un espace qui s’appelle Primo Piano. Elle met ce lieu à la disposition d’artistes pour qu’ils y exposent leurs oeuvres, c’est un lieu qui n’a pas de fonction mercantile. Il s’agit de faire partager un réseau à des artistes qui n’ont pas forcément l’occasion de montrer leur travail. Ce type d’opportunités est particulièrement appréciable car cela permet des rapports sains dénués de pression financière, ce qui est primordial lorsqu’on est encore en école et que l’on a encore besoin de temps pour faire mûrir ses idées.

En regardant ta production, je repense au travail de Steven Parrino, qui a beaucoup utilisé le noir.
Oui. L’exposition qui lui était consacrée au Palais de Tokyo m’a vraiment marqué. C’était il y a quelques années et j’y ai repensé récemment lorsque je me suis intéressé aux monochromes. Parmi les artistes dont les oeuvres ont eu un vrai impact sur moi, je peux citer James Turrell, Richard Serra, Laurent Grasso, Giraud & Siboni.

Tu as cité André auparavant, qui vient de l’univers du graffiti. Est-ce-que le fait de travailler avec lui a un impact sur ton travail ?
En fait, je n’ai pas travaillé avec lui, j’ai travaillé pour lui. Cette subtilité est importante, car il s’agit principalement d’une aide technique. Je ne suis pas du tout impliqué dans le reste de ses projets. Nous nous rejoignons sur un point : l’intérêt pour les interventions à l’extérieur. Et lorsque j’ai exposé sur le mur du Palais de Tokyo une impression offset en très grand format, j’ai repensé à ces artistes qui me fascinaient lorsque j’étais plus jeune et qui interviennent beaucoup à l’extérieur, comme Obey, Blu, Banksy et André. J’ai donc conçu mon intervention sur le mur de la boutique BlackBlock comme une sorte de clin d’oeil au street art.

Vue d’exposition, BlackBlock, Palais de Tokyo, 2011

Est-ce-que tu t’imagines faire des commandes ?
Très bonne question ! Je ne me vois pas vraiment faire des commandes pour arrondir mes fins de mois… A une commande, je crois que je préfère une collaboration, comme avec la boutique du Palais de Tokyo.

Tu avais carte blanche ?
Oui complètement.

Un mot de la fin ?
Question piège… Mais qu’est-ce-que je pourrais te raconter ?

Le mot de la fin, ce n’est jamais facile. Tu as vu Drive ?
Oui et d’ailleurs la musique du film est géniale. Je l’écoute en ce moment pour travailler, c’est tout à fait le type de musique dont l’atmosphère correspond à mes dessins.

Tu viendras voir la carte blanche à John Armleder au Palais de Tokyo ?
Oui bien sûr, je passerai ! Ca y est, c’est le moment où on se cire un peu les pompes, non ? (rires)

Augustin Steyer
Né en 1987
Vit et travaille à Paris.
http://www.augustinsteyer.com/


Martin Kollar

Posted: October 10th, 2011 | Author: | Filed under: portfolios | Tags: , , | No Comments »
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Slovak photographer born in 1971

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