Yan Morvan

Posted: November 8th, 2016 | Author: | Filed under: interviews | Tags: , , | No Comments »
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Un café avec Yan Morvan

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On a beaucoup parlé de Yan Morvan aux dernières Rencontres de la Photographie d’Arles. Il y présentait les Champs de Bataille. Un travail entamé en 2004 pour lequel il a parcouru le monde muni de son trépied et de sa Deardoff 20x25cm à la recherche des lieux où s’est déroulé un conflit armé ou une guerre. De Verdun au Mexique, en passant par l’Espagne et les Etats-Unis, il a rassemblé 430 images qui ont la particularité d’évoquer la guerre sans la montrer de manière frontale. Son travail invite plutôt à une réflexion plus globale sur l’Histoire.
Comment le présenter ? Photoreporter de guerre serait trop réducteur. Il fait des images qu’il donne à voir au monde : il est photographe, point.
Il s’intéresse au chaos, à la violence, qu’elle soit manifeste ou juste suggérée. La série Blousons noirs avait choqué au moment de sa publication. Le sentiment de transgression est véhiculé par les photos de ces loubards en noir et blanc prises à la volée, dans l’action.
Il y a du Danny Lyon chez Morvan, car tout comme le photographe américain, il prend le temps de suivre ceux qu’il documente. Il en fait l’expérience. Il a passé près de trois ans avec ces bandes de rockers marginaux et des Hell’s Angels. Le résultat est époustouflant.
Je retrouve Yan Morvan à une terrasse du Marais, non loin de la galerie Thierry Marlat où est exposée la série de photos en noir et blanc sur les blousons noirs.

Le livre sur les blousons noirs sort prochainement.
J’ai déjà publié trois livres. Le premier s’appelait Le Cuir et le Baston, au moment où je suivais toutes ces bandes. C’était un livre de textes incluant un cahier de photos de seize pages; à l’époque l’édition de livres de photos était assez rare en France. Ensuite j’ai publié un deuxième livre, Gang, qui documentait les années 75 à 95. Le point d’orgue de l’ouvrage était mon enlèvement par Guy Georges. Et enfin Gangs Story. L’histoire de ces bandes est indissociable des vagues d’immigration en France.

La page Wikipédia qui vous est consacrée vous présente comme un photojournaliste de guerre.
On dit “Yan Morvan est sulfureux”. Je suis un peu comme un Pygmalion, chaque journaliste a tendance à me mettre dans une catégorie : ça va de l’intellectuel cynique au va-t-en guerre. Donc tout ça est très relatif puisque cela dépend de la personne que j’ai en face de moi. On a écrit que j’avais pris des balles, ce n’est pas le cas; je n’ai jamais été blessé.
Après la sortie des Champs de Bataille, qui m’a apporté une certaine notoriété, j’ai eu envie de faire quelque chose de plus personnel. Blousons noirs tel qu’il sort aujourd’hui est ce que j’avais en tête il y a quarante ans. Ce n’est pas un livre sur les gangs à proprement parler mais c’est un travail politique sur la fracture sociale de la société.

C’est un travail qui traite du déracinement.
Tout à fait. J’avais vingt ans, j’étudiais à la fac de Vincennes. Dans les années 70, les journaux ne publiaient pas de reportages sur le prolétariat. Je documentais un phénomène que personne ne comprenait à l’époque. Ces gens étaient en rupture avec la société, ils n’avaient pas fréquenté les bancs de l’école, ils portaient des croix gammées pour faire chier le monde. Ils allaient chercher des symboles de toute puissance sans en connaître la signification. C’est un comportement typique chez ceux qui sont en perte de repères. N’oubliez pas qu’à l’époque, la photographie sociale ne s’intéresse qu’au monde ouvrier et aux manifestations. Mais ce n’était pas du tout mon truc.

Parlez-moi de vos débuts.
J’ai étudié les maths mais je voulais faire du cinéma. L’un de mes profs m’a mis en contact avec le journal Libération et je me suis retrouvé à faire des photos pour eux. Donc j’ai fait de la presse pour gagner ma vie. J’ai documenté la guerre pendant longtemps, ça ne me dérangeait pas. Et finalement, la photo me convient mieux. Certains vont hurler mais la photo est plus complexe que le cinéma d’une certaine manière. Une photo doit rassembler toute une histoire en une seule image.

Alors que le cinéma déroule l’histoire…
Je présume que vous avez appris la photo par vous-même ?
Les écoles de photo n’existaient pas à l’époque. J’ai tout fait à l’instinct, sans être “pollué”. Je n’avais rien vu avant. Il y a des images dans les blousons noirs qui sont d’une violence et d’une spontanéité que je ne retrouverai probablement jamais.

J’ai entendu dire qu’il y a une histoire de bague à l’origine de votre incursion chez les blousons noirs…
C’était en juin 75. Je vendais des bagues sur la place du Tertre à Montmartre et j’ai croisé ce gars tout maigre avec son Perfecto en simili cuir et ses badges. Je l’ai suivi un moment avant d’oser l’aborder. Il accepte de poser et c’est le début d’une aventure chez les blousons noirs qui va durer trois ans. La grande majorité d’entre eux est issue de l’immigration. Ils vivent en périphérie chez leurs parents et se retrouvent le samedi soir pour une virée sur les Champs-Elysées ou dans un bar. Ils sont dans un état de révolte permanent, armés d’une simple chaîne de vélo ou d’un cran d’arrêt.

J’ai l’impression que votre travail porte sur la violence : elle est présente en filigrane sans être montrée de manière manifeste.
C’est difficile de vous répondre. En tout cas, la question que je me pose c’est “pourquoi je fais ça ?”. Pour moi, le monde est un chaos et l’homme est un loup pour l’homme. Les gens ne s’en rendent pas compte parce qu’ils sont préservés dans leur vie quotidienne.
J’ai été condamné à mort deux fois. Mais je suis toujours là !

Vous êtes un inconditionnel de l’argentique.
Oui, depuis toujours. J’ai quelques appareils numériques mais je l’utilise comme des gadgets. Les blousons noirs ont été faits au Leica en noir et blanc. Nous avons rassemblé toutes mes planches contact pour le livre. Et pour l’exposition à la galerie, nous avons utilisé un procédé de tirage assez inédit. La subligraphie est une technique de reproduction d’images de très haute qualité sur des matériaux durs recouverts d’un vernis polyester. L’impact visuel est saisissant.

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Merci à Thierry Marlat (Galerie Thierry Marlat), Pierre Fourniaud (la Manufacture de livres) et Yan Morvan

Toutes les images sont reproduites avec l’aimable autorisation de Yan Morvan


Mathilde Veyrunes

Posted: October 20th, 2015 | Author: | Filed under: interviews | Tags: , , | No Comments »
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One of your project, a film titled The Run, was shot in San Francisco while you were living there.
How did you end up living in San Francisco?

Seven years ago I started reading a book by Richard Brautigan, Trout Fishing in America, written in 1961. It depicted North California mainly. Then I started to think, ‘I should go there’. I first came in 2009, I was on holidays and I stayed a few days in San Francisco. I was on a road trip, and I drove also to Death Valley, Las Vegas…
But my goal was to come back to San Francisco. Also for its musical scene – both from the past and from today.

San Francisco is also heavily depicted in the movies. Did it play a role?

I think so. I was struck by Norman Foster’s film noir from the 1950s, Woman on the Run. And it influenced me for my project called The Run. It is a black and white movie about a woman looking for her husband all over the city as he disappeared. The more she discovers San Francisco, the merrier she founds herself.
I wanted to create a portrait of the same character today. It allowed me to tell a different story with additional personal content.

When I think about San Francisco and the movies, I end up with the same idea: San Francisco is a character. The city is “the” character.

I see what you mean. San Francisco is one of the main characters of my film The Run. Like many artists I was attracted by its energy, and movies like Vertigo, Zodiac, Chan is missing, The Conversation, The Game…made it in a way. You can’t avoid the background set which is San Francisco. I tried to use it as a set as well.

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You studied at Fine Arts School. I was wondering if you specialized in video.

Yes I focused on video for my diploma, and before that I studied photography and writing.

You write, direct and produce your films. Did you choose to become a filmmaker while studying there?

I think I was 20 something, already in that school. Discovering David Cronenberg and David Lynch had a huge impact on me.
Around the same period, I found out my dad used to love the same directors. So I enjoyed watching a lot of movies at home. From that time cinema became important – as I did not really care before.

So it was obvious: you wanted to direct movies.

Yeah. I remember telling my friends I want to make films. Like a statement you know.
But it mattered for me to complete my studies. I took profit of the video class. I started to do installations with videos. I wanted to learn from that device.

Photography seems important for you as well.

I think so. I studied both photography and video.
And photography is video without motion, right?
My first pieces looked very much like photography: fixed shots, and there were no characters. It took me some time to include characters -or life if you prefer – and possibly tell a story if I can say so.

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How much did you learn from this medium? I mean how much is the training and how much is you?

I was glad because I was not trained to learn technics. I learn everything about video by myself. Except for the editing, we had a studio at school for post production and people who were good at it. And I learned from them. But I wasn’t taught how to direct a movie, which is good I think. I just grabbed a camera and I was trying to do things. In the beginning I did some shots in the dark and there was a lot of noise in my pictures. At first, I was disappointed but then I became more interested in it. These accidents are good in a way.

What kind of camera do you use?

I use a Canon Mark III, I bought it three years ago when I got a grant from the DRAC. My goal was to learn more technical stuff as well. And the challenge is to make images at night. And I use Avid technology for the editing.

When I first looked at your website, I was intrigued by a series of old photographs called The Oversights. Where are they coming from?

I found them while I was in Los Angeles for a few days. It was in a shop selling old stuff and a lot of photographs from the 1950s. There were all disordered in huge boxes, obviously from different families photographs. I took photographs I liked and I guess I was interested in making connections between them. They already tell a story, I am just using them for something different. It is a work in progress as I could get more like these.

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Could one of these pictures become the starting point for a new project of yours?

Yeah sure, why not? I think I bought these in the first place because I was interested in doing a film in Los Angeles. So it was a kind of portrait of the city in that time. Maybe they are the first clues for something. We’ll see (laughs).

You also have an ongoing musical project.

I am writing songs on my own with my guitar before working on the arrangements with other musicians. It is what we usually call folk rock music. I started this work last year with a guitarist, we used to be called Sailor, but right now it is just me.

What about your current plans?

I am still doing research on the 1950s area. The last book I read was Minor Characters by Joyce Johnson. She is a writer from the Beat Generation and she wrote this book about her friends from this period, mainly about Jack Kerouac. I am very interested in the research of identity, like these writers. I would like to go back to San Francisco to make another film.

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Mathilde Veyrunes lives and works in Paris.
www.mathildeveyrunes.fr


Léo Dorfner

Posted: July 8th, 2015 | Author: | Filed under: interviews | Tags: , , , | No Comments »
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If I thought about Léo Dorfner (in some attempt to define his work), I would come with two pictures: drawing and Gitanes cigarettes. Speaking of cigarettes, he keeps his packs and draws some of his favorite albums artwork on it. It ranges from Queens Of The Stone Age to Elvis Presley, including Serge Gainsbourg and David Bowie among many others.
He is working with digital photography, Polaroid, drawing and watercolor painting. He usually takes pictures first and works from them. Watercolor painting has an immediate effect: no remorse is allowed. He is also the man behind Branded magazine.
He is currently living and working in Paris. He is represented by Anouk Le Bourdiec gallery.

smoke_petitsmoke signals, watercolor, pencils and felt pen on Gitanes packs

What is your idea of perfect happiness?
A full wine cellar
What is your greatest fear?
Butterflies
What is the trait you most deplore in yourself?
My shyness
What is the trait you most deplore in others?
Arrogance
Which living person do you most admire?
Nobody
What is your greatest extravagance?
Art books
What is your current state of mind?
Relaxed
What do you consider the most overrated virtue?
Modesty

Le mythe du dragon des piscines - 105 x 150 cm - 2014_web

Le mythe du dragon des piscines, watercolor on paper

On what occasion do you lie?
When I speak about myself
What do you most dislike about your appearance?
My legs
Which living person do you most despise?
Francis Huster, Robert Hossein and Claire Chazal
What is the quality you most like in a man?
Coolness
What is the quality you most like in a woman?
Beauty
Which words or phrases do you most overuse?
Les gros
What or who is the greatest love of your life?
A woman
When and where were you happiest?
When I was a child, at home
Which talent would you most like to have?
Play the piano
If you could change one thing about yourself, what would it be?
See question 3 & 10
What do you consider your greatest achievement?
I don’t know
If you were to die and come back as a person or a thing, what would it be?
Léo Dorfner
Where would you most like to live?
Paris or New York
What is your most treasured possession?
Artworks
What do you regard as the lowest depth of misery?
Hunger, I guess
What is your favorite occupation?
Look out by the window

Alpha Centauri - 65 x 50 cmAlpha Centauri, watercolor on paper

What is your most marked characteristic?
My perfume
What do you most value in your friends?
Kindness, and when they bring some drinks
Who are your favorite writers?
Michel Houellebecq and Alex Barbier
Who is your hero of fiction?
Don Draper
Which historical figure do you most identify with?
No one
Who are your heroes in real life?
A lot
What are your favorite names?
Those I know
What is it that you most dislike?
Mouth sounds and endives
What is your greatest regret?
No regrets
How would you like to die?
Of a heart attack
What is your motto?
Enjoy!

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Born to kill, engraving on Zippo lighter

www.branded.fr

www.galeriealb.com


Hans-Walter Müller

Posted: April 4th, 2015 | Author: | Filed under: interviews | Tags: , , | No Comments »
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UN ARTISTE ARCHITECTE
L’art et l’architecture

vassiviereIle de Vassivière

Quel parcours avez-vous suivi ?

Je suis le fils d’un architecte et donc profondément lié à l’architecture qui est ma première préoccupation. J’ai fait des études d’architecture. L’art intervient automatiquement dans l’architecture si on la considère comme elle doit l’être. Si on fait de l’architecture pour les gens, ce n’est pas seulement un abri ou quelque chose dans lequel il y a toutes les fonctions nécessaires, il faut également y apporter un plus, ayant à voir avec l’art de préférence, tout en maîtrisant l’espace, c’est-à-dire en prenant en compte les proportions. S’intéresser aux proportions est passionnant lorsqu’on est architecte car il y a là l’essentiel de l’architecture. Tout autre chose n’est qu’apparence, comme une façade par exemple. Il faut pénétrer dans l’architecture pour la vivre, il ne faut pas faire du tape à l’œil, ou alors juste un peu…

L’architecture gonflable

L’architecture gonflable est au cœur de votre travail. Les gonflables sont des structures en plastique mises en tension par de l’air sous-pression. Elles peuvent se gonfler et se dégonfler et sont donc, par définition dynamiques. Comment s’articule la filiation entre l’art cinétique et les gonflables ?

C’est l’art cinétique qui m’a conduit à faire des gonflables. Et effectivement, j’ai immédiatement compris que les gonflables étaient la continuité de l’art cinétique appliqué à l’architecture. C’est-à-dire que d’un seul coup, ce n’est plus un élément ou le spectateur qui est en mouvement, c’est l’architecture elle-même, qui peut apparaître et disparaître. L’apparition et la disparition, le volume extrêmement réduit d’une maison de 2000 m2 qui peut devenir 1m3 de matière proprement dite –en ce qui concerne la bâche-  tout ça m’a plu. C’était un peu comme au pays des merveilles, tant cela me paraissait impossible au départ. Et aujourd’hui, beaucoup d’architectes célèbres aimeraient bien enlever la pesanteur. Ils font des essais en mettant des poteaux au travers, mais il faut toujours quelque chose pour donner l’illusion que la matière n’existe pas. Alors qu’avec les structures gonflables, la matière est extrêmement réduite et il n’y a quasiment pas d’épaisseur. Car l’épaisseur pose des problèmes dans l’architecture dite traditionnelle, car en effet toutes les maisons ont une épaisseur. Avec les gonflables, cette épaisseur est réduite à 1mm. Cela comporte beaucoup d’avantages car on ne sait jamais où placer les trames dans la construction d’une architecture traditionnelle. Il n’y a que la peau dans les gonflables, et une sorte de vêtement. Dans ce sens, je travaille comme un couturier : je fais de la haute-couture en architecture. Et la démarche est quasiment la même, je fais des découpes et des gabarits avec des ciseaux. C’est ensuite assemblé, par la couture ou par la soudure à haute fréquence. Le résultat est meilleur en utilisant la seconde technique. Ce qui m’a frappé avec ce nouveau type de construction, ce sont les nouvelles lois qu’il engendre : la mécanique des fluides, qui n’a plus rien à voir avec la pesanteur. C’est une façon différente de construire, car ce n’est plus pierre sur pierre suivant le principe de l’accumulation.

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Une architecture de la mobilité

Comme vous venez de le dire, les gonflables ont instauré une nouvelle façon de construire, incluant le principe de mobilité. Semblables à une deuxième peau, ces structures légères évoquent le corps en mouvement, le nomadisme. Quelle est selon vous la manière idéale pour l’homme d’habiter son environnement ?

Si je dis aux gens que j’habite dans une bulle, ils pensent à une bulle telle qu’on en voit dans les bandes-dessinées, avec une autre bulle pour s’assoir etc. Mais si vous venez chez moi, vous verrez que ce n’est pas le cas. Une partie de ma maison est en gonflable et j’ai creusé dans le sol, en aménageant des ouvertures aux deux extrémités. Je tire parti de la terre pour ses qualités d’isolation. Je pense que nous avons tout intérêt à utiliser la terre pour construire, au lieu d’édifier des tours se développant en hauteur. Cela permettrait d’éviter – entres autres – que certains architectes fassent juste des jolies façades, en oubliant l’intérieur. J’ai toujours rêvé de faire un concours d’architectes qui aurait lieu dans le sol.

Etes-vous d’accord avec le fait que l’architecture gonflable induise le principe de mobilité ?

Effectivement, un gonflable est beaucoup plus mobile qu’une architecture traditionnelle, mais un gonflable peut aussi rester pérenne. Par exemple, je vis depuis quarante ans dans un gonflable qui est resté au même endroit, même si j’aurais pu le déplacer. Mais c’est vrai que les gonflables se sont surtout multipliés avec les théâtres ou les expositions itinérantes. Ils constituent ma clientèle principale. Il y a plusieurs raisons à cela : le montage se fait au sol, on étale la bâche, on met de l’air, puis ça prend la forme. Et l’ensemble est plutôt léger.

L’héritage des utopies

La période couvrant la fin des années 60 et le début des années 70 se caractérise notamment par les utopies, qu’elles soient politiques, sociales ou culturelles. Vous semblez pratiquer, encore à ce jour, une architecture engagée, semblant relever de ces principes utopistes.

J’ai été influencé par Mai 68, c’est incontestable. Je me considère presque comme un rescapé de cette période car je continue à faire ce que je faisais déjà, alors que d’autres ont arrêté et ont juste cherché à améliorer leur vie de la façon la plus pratique. De mon côté, je considère que je n’ai jamais travaillé, tant ma passion est grande. Et je n’ai jamais travaillé pour l’argent, tout ce que j’ai gagné, je l’ai réinvesti pour mes projets. Les années 60 m’ont naturellement influencé, notamment l’art cinétique puis les gonflables mais je crois que les gonflables ne sont pas encore tout à fait reconnus. Il faut encore un peu de temps. Les gonflables sont assez méconnus en fin de compte.

Pensez-vous que c’est du au fait que la plupart des gens considèrent l’architecture gonflable comme étant éphémère ?

Oui, certainement. Les gens ne connaissent pas le principe de la mécanique des fluides. Aujourd’hui, la plupart des constructions comportent une peau à l’intérieur, on y met de la pression – à la manière d’un gonflable – et s’il n’y a pas de perte d’air, la maison est agrée comme étant d’avant-garde et consommant peu d’énergie. La ventilation est mécanique et les gens qui y vivent n’ont plus le droit d’ouvrir les fenêtres. C’est catastrophique. Il faut savoir qu’un gonflable est très étanche, et qu’on ne peut pas ouvrir les fenêtres – on me le reproche d’ailleurs assez souvent. Il y a  un important changement d’air dans un gonflable et l’air y est toujours frais. Je compare souvent le gonflable à une rivière avec des truites, qui doit être riche en oxygène, afin que les truites puissent être en bonne santé.

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Vous avez précédemment mentionné la notion d’énergie en ce qu’elle est indissociable des gonflables. Qu’entendez-vous par là ?

Je dirais que l’énergie, c’est la vie avant tout. S’il n’y a pas d’énergie, il n’y a pas de vie. C’est pour cette raison que nous mangeons tous les jours : pour trouver de l’énergie. Le cœur est une pompe qui ne s’arrête jamais, et notre corps fonctionne avec des fluides. Je trouve cet exemple intéressant, parce que c’est quasiment la même chose avec les gonflables, qui sont régis par mécanique des fluides, avec son fonctionnement par tension et pression. Toute la nature est conçue avec des fluides si on réfléchit bien. Mais je me dois de préciser que si je parle en faveur des gonflables, je ne suis pas du tout opposé à l’architecture « en dur », celle qui utilise des pierres, comme les cathédrales ou les réalisations de Le Corbusier. Au contraire, je pense que les deux peuvent se compléter et se combiner. Pour revenir à la question sur l’énergie, je disais que c’est l’énergie que nous absorbons qui fait marcher notre cœur, qui doit battre en permanence. Et bien, c’est la même chose avec les gonflables. Il y a une source d’énergie : un ventilateur, qui doit tourner en permanence. On doit faire la différence entre un gonflable à simple paroi et un gonflable à double paroi. Pour ma part, je construis essentiellement des gonflables à paroi simple. C’est la surpression produite à l’intérieur du gonflable qui le tient dans sa forme. Dans le cas des gonflables à double paroi, il y a des sortes de boudins gonflés entre les parois pour tenir l’ensemble. Si l’on produit une pression avec un ventilateur à l’intérieur d’un gonflable, elle sera la même partout. C’est un phénomène intéressant de la mécanique des fluides. Par contre, la tension dans la toile est produite par la pression et la tension dépend du rayon de la courbure. Plus le rayon est grand, plus la tension est grande, avec la même pression cela dit. Et d’ailleurs, il y a parfois des paradoxes : c’est presque plus compliqué de gonfler un petit qu’un grand gonflable. Car on met davantage de pression dans un petit volume que dans un grand. C’est la même chose avec les pneus. La pression produite qui se répartit perpendiculairement à la tangente de la courbure s’apparente à des colonnes invisibles, allant vers la toile.

Est-ce la recherche de la perfection qui vous pousse à continuer ?

Peut-être… C’est comme lorsque l’on fait l’amour !

Jean de Loisy pense le Palais de Tokyo comme un lieu où les langages sont constamment réinventés, et dont les visiteurs sont invités à faire l’expérience. Ainsi, afin de donner une forte identité aux différents territoires qui composeront le Palais de Tokyo, Jean de Loisy souhaite confier l’aménagement de ceux-ci à des artistes.

Je trouve que son projet est extrêmement intéressant. Le fait qu’il y ait différents lieux pensés par des artistes au sein d’un musée et que ceux-ci soient renouvelables.

Jean de Loisy était également le commissaire de Monumenta l’an passé, qui mettait en scène le Leviathan d’Anish Kapoor. Avez-vous vu l’exposition au Grand Palais ?

Oui bien sûr, j’ai visité l’exposition. Je connais les équipes qui ont fabriqué le gonflable car j’ai déjà travaillé avec eux. C’est la même chose.
Jean de Loisy a fait figurer dans le catalogue une photo de l’église gonflable que j’avais réalisée. La photo la montre empaquetée, une sorte de Christo par obligation. J’ai été très touché qu’il y fasse référence. Et d’autre part, Kapoor a maîtrisé l’espace du Grand Palais – c’est le seul à mon sens. Kapoor était sculpteur à l’origine, ce n’est pas un architecte et il ne prétend pas avoir une connaissance des gonflables, mais c’était la seule possibilité pour lui. Le gonflable a été réalisé en 4 parties, assemblées ensuite dans la nef du Grand Palais avec des machines venant du Danemark. L’ensemble a ensuite été redécoupé en quatre parties. C’était important que le grand public puisse enfin être informé sur les gonflables car peu de gens connaissent les gonflables.
Kapoor a apporté quelque chose d’essentiel car il a permis au public de rencontrer les gonflables.  Le public a pu se rendre compte de la qualité d’un gonflable, de sa translucidité et de son fonctionnement, avec les moteurs qu’on entend.

Lorsque l’on se trouve à l’intérieur d’un gonflable, on ressent souvent une réaction physique. Peut-on l’anticiper à votre avis ?

Il y a toujours cette surprise, c’est certain. Chez moi par exemple, vous voyez le gonflable de l’extérieur en entier, son épaisseur est d’un millimètre et lorsque vous pénétrez à l’intérieur, vous êtes surpris car vous n’auriez jamais imaginé l’intérieur. Dans le cas d’une sphère, c’est possible d’imaginer l’intérieur. Car le gonflable n’est pas de l’architecture à proprement parler, il n’a qu’un seul rayon donc il ne peut être qu’ajouté à une architecture. Un exemple : la Géode a été ajoutée à la Villette, mais elle n’est pas en elle-même une architecture. Lorsque vous rentrez dans une sphère, qu’elle soit petite ou grande, vous avez la même sensation.

Buckminster FULLER before his geode dome at Montreal World Fair.Buckminster Fuller devant sa Biosphère à Montréal

Les recherches de Buckminster Fuller vous ont-elles influencées ?

J’ai rencontré Buckminster Fuller, j’apprécie beaucoup son travail, même si ça n’a rien à voir avec mes recherches. Il utilise une structure tridimensionnelle. Je ne sais pas si vous connaissez le travail d’un architecte nommé Novak, qui réalise des bâtiments en béton projeté qui s’achèvent par une courbe. Si l’on se trouve à l’intérieur d’un de ces bâtiments –ou même à l’intérieur du Leviathan de Kapoor- nos oreilles perçoivent les sons de manière plus vive, alors que nos yeux sont plus calmes parce qu’il n’y a pas de rupture.
Pour revenir à Buckminster Fuller, la particularité de la construction chez lui est très intéressante, mais c’est la pesanteur. Il voulait couvrir New York par une structure tridimensionnelle. Il faut rappeler que les matériaux ont un inconvénient : ils se cassent. Ceci est du à leur propre poids. Si vous tendez un fil en acier, il se cassera tout seul à partir d’une certaine longueur. C’est pour cette raison que les barges qui remorquent des bateaux sur la Seine n’ont jamais leur câble tendu. La structure que Fuller voulait construire à Manhattan aurait eu 300 mètres d’épaisseur. Ce n’était pas une bulle, à l’inverse de ce qu’on pourrait croire, mais une structure tridimensionnelle de forme géodésique. Le tout aurait été en métal, avec des rues à l’intérieur de la structure. En cela, le projet de Fuller s’apparentait à une vision d’un futur urbanisme. Je partage cette conception avec lui, et c’est l’une de mes préoccupations également. Je compte d’ailleurs –si j’ai le temps- écrire quelque chose sur l’urbanisme futur.

 

Hans-Walter Müller est né à Worms en 1935. Il vit et travaille dans une maison gonflable à la Ferté Allais.

Cet entretien a été réalisé au Palais de Tokyo en décembre 2011.

 


Julien Langendorff

Posted: February 4th, 2015 | Author: | Filed under: interviews | Tags: , , | No Comments »
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05Sleepwalking Free (i am the light), collage, acrylic on paper (2014)

The questionnaire you are about to read was quite some achievement: it took nearly six months to release, with many emails and text messages. For two individuals living in the same city, one can say that we took our time to meet.
Julien Langendorff is a French artist who is doing mainly collage. He works with vintage magazines and books he collects at the Salvation Army, thrift shops and occasionally in the street.
The door opens on a friendly face that night when I arrived at his home studio. Some song is playing from the laptop (‘music is very important to me’ he later told me) and the floor is covered with books, magazines and torn papers.
– ‘Is smoking OK?’
– ‘Of course.
We spent a few hours discussing art galleries, New York, Kenneth Anger, rock music… He lived in NY on several occasions, confessing that he sometimes misses its typical exuberant energy. He has some friends there too, such as Sonic Youth’s former frontman Thurston Moore for whom Julien directed a music video last year.
We also share the same ‘heroes’ in music or movies and agree to say that the role they play in shaping someone psyche is so important that it is worth all the degrees or studies in the world.
He is currently having a solo show at agnès b.’s librairie gallery in Hong Kong, Tiptoe Through The Other Side, on view until February 28.

17-lowLookin For The Magic, collage, acrylic on paper (2014)

What is your idea of perfect happiness?

To be a piece of dust and just float.

What is your greatest fear?

Going to jail.

What is the trait you most deplore in yourself?

Way too neurotic.

What is the trait you most deplore in others?

This certain mix of nastiness and stupidity.

Which living person do you most admire?

Alejandro Jodorowsky.

What is your greatest extravagance?

Taking cabs at night when i’m sleepless just to be driven around the city.

What is your current state of mind?

Confused.

What do you consider the most overrated virtue?

Respectability.

On what occasion do you lie?

I’m a very bad liar so i usually try to avoid lies, but i can make up some excuses when i don’t feel like meeting someone and want to stay on my own – my apologies to people i know who might read this.. (though i want to add i’m actually often busy or ill)

What do you most dislike about your appearance?

I don’t like most of my facial features.

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Kiss #1 (Drink The Silver, Drink The Gold), collage on paper (2014)

Which living person do you most despise?

It would have to be someone i know personally and there are several, so i won’t give them the honor to be named here.

What is the quality you most like in a man?

I like loyal, free-spirited men with a heart of gold and a solid sense of humour.

What is the quality you most like in a woman?

I like tough and intelligent women with natural elegancy and one little crooked tooth.

04The Loneliest Soul, collage, acrylic on paper (2014)

Which words or phrases do you most overuse?

« The problem is, .. » — « Thank you so much » – « A pack of Muratti light please » – « I’m sorry » – « Tomorrow would be better » –

What or who is the greatest love of your life?

Every new woman I fall in love with.

When and where were you happiest?

I’m never happy.

Which talent would you most like to have?

I would like to come with something more spiritual, but right now i wish i was better at making a living.

If you could change one thing about yourself, what would it be?

My voice.

02spread-een no-ledge (In The Land Of Teenage Christs), collage,acrylic on paper (2014)

What do you consider your greatest achievement?

Being still around.

If you were to die and come back as a person or a thing, what would it be?

A forest haunted by beautiful naked ghosts.

Where would you most like to live?

Anywhere but here.

What is your most treasured possession?

My notebooks and journals.

What do you regard as the lowest depth of misery?

Losing complete touch with reality.

What is your favorite occupation?

Smoking cigarettes doing nothing. I can be a very contemplative person.

What is your most marked characteristic?

Making things complicated.

01 Tiptoe Through The Other Side, collage on paper (2014)

What do you most value in your friends?

Caring, loyal and funny friends.

Who are your favorite writers?

William Blake. Aleister Crowley. Edgar Allan Poe. Charles Bukowski. Albert Camus.

Who is your hero of fiction?

Lord Byron’s Manfred.

Which historical figure do you most identify with?

My knowledge in history is too little to answer this.

Who are your heroes in real life?

John Cassavetes. William Burroughs. John Waterhouse. Matteah Baim. Patti Smith. Sylvia Plath. Gram Parsons. Jana Hunter.

What are your favorite names?

Rozz. Lux. Uma. Zuma. Eve. Matteah. Jana.

What is it that you most dislike?

Animal exploitation.

What is your greatest regret?

I only have one regret and it’s too personal to share.

How would you like to die?

In my sleep while dreaming about sex.

What is your motto?

I don’t have any.

 

http://julienlangendorff.com/

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Spectral Astral Unspo-oken Trial ,collage, acrylic, glitter on paper (2012)


Larry Niehues

Posted: January 29th, 2015 | Author: | Filed under: interviews | Tags: , | No Comments »
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“Une fois de plus, nos valises cabossées s’empilaient sur le trottoir; on avait du chemin devant nous. Mais qu’importe : la route, c’est la vie”. Jack Kerouac, Sur la route (1957)

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En voyant vos images pour la première fois, j’ai été frappée par leur intemporalité : si elles sont bien contemporaines, elles auraient pu être prises il y a quelques décennies.

C’est cool quand les gens pensent que mon travail date, cela me flatte.
C’est justement le but recherché, je veux montrer et prouver que cette vieille Amérique se trouve toujours au coin des rues.

Un certain nombre de photographies ont été prises en roulant, en voiture ou à moto. Est-ce-que l’itinérance, dans la lignée des auteurs de la beat generation, fait partie intégrante de votre travail ?

Oui complètement, pour moi le “Road Trip” est le meilleur moyen d’explorer un pays. Se procurer une carte afin de traverser des petites villes permet de découvrir des endroits et rencontrer des personnes extraordinaire qui représentent l’Amérique profonde.

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J’ai l’impression de vous prenez les photos “sur le vif”, c’est à dire de manière instantanée. Pourtant, si certains personnages n’ont pas pris la pose, ils savaient qu’ils étaient pris en photo. Comment procédez-vous pour obtenir ce rendu si naturel ?

J’essaye de mettre à l’aise ma présence avec ma camera, en shootant autour, avant de prendre la photo que j’ai en tête avec mon personnage. Ceci dit, il m’arrive aussi de demander l’autorisation afin d’avoir le résultat voulu.

Avec quels appareils travaillez-vous ?

J’utilise des appareils argentiques au format 35mm uniquement: Nikon FE 1982 , Nikon F3 1985 , Nikon 100 1999 , Leica minilux.

Outre certaines qualités formelles, travailler avec de l’argentique implique de ne pas voir le résultat immédiatement. Est-ce-que cette attente nourrit votre travail d’une certaine manière ?

J’aime le procédé qui implique l’argentique. En effet, je n’ai pas le résultat immédiatement, je ne sais pas quel va être le rendu et je ne peux pas prendre une même photo plusieurs fois et sous tous les angles pour être sur de l’avoir capturé. C’est justement ce qui est excitant: shooter 36 ou 25 photos dépendantes de la pellicule achetée, essayer d’avoir un maximum de photos différentes sur chacune de ces pellicules, et ne pas savoir si l’on en a capturé une bonne. La surprise y est a chaque fois que je vais récupérer mes négatifs chez Marvin (l’artisan de Beverly blvd qui me les développe), je fonce à mon bureau et je scanne tout. J’apprécie tout ce process. Y compris les déceptions parfois lorsqu’une photo n’est pas sortie, ou le contraire -et le meilleur-, une photo où l’on ne s’attendait pas à un tel résultat.

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Sur votre site il existe une section intitulée “digital work”. Je me demandais à quoi elle correspondait.

La section “digital work” sur mon site est tout le travail que je faisais à mes débuts, de ma première camera jusqu’à mon passage exclusif à l’argentique.

Justement, revenons à vos débuts. Quel parcours avez-vous suivi ?

Je n’ai pas fait d’école de Photographie ou autres… j’ai appris sur le terrain en étant commissionné pour divers jobs ( Fashion, Musique, Editorial….). Mes professeurs sont ceux qui m’inspirent comme Dennis Hopper, William Eggleston, Robert Frank. Depuis maintenant trois ans j’essaie de me concentrer essentiellement sur mon propre projet, à savoir une documentation sur l’Amérique.

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Quels sont vos projets ?

Je viens tout juste de terminer une exposition à Brighton, UK qui avait lieu à la galerie One Eyed Jacks (www.oneeyedjacksgallery.com). Mes projets sont de futures expositions bien sûr ! Je suis en contact avec une galerie à Sydney pour la prochaine, et je travaille actuellement sur la création d’un livre qui j’espère verra le jour rapidement.

http://www.larryniehues.com

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Julien Salaud

Posted: January 1st, 2014 | Author: | Filed under: interviews | Tags: , , , , | No Comments »
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ConstellationduChevreuil

Constellation du chevreuil, trophée de chevreuil, clous, perles, coton, colle

Le travail de Julien Salaud rassemble tout un panthéon d’animaux représentés en utilisant différentes techniques telles que le dessin, la gravure ou la sculpture. Il est commun de penser que le thème principal de son travail est un questionnement sur la nature des liens unissant l’homme et l’animal. S’il s’agit bien d’un aspect de son travail, c’est davantage la transformation qui est au coeur de sa réflexion : transformer des dépouilles d’animaux de la forêt principalement, mais aussi des insectes, qu’il orne, qu’il pare de perles, de clous, de plumes ou de strass.
Julien Salaud vit et travaille à Orléans.
Il est représenté par la galerie Suzanne Tarasiève à Paris.

D’où vient votre intérêt pour l’utilisation d’animaux empaillés ?

Au début de l’année 2008 j’ai fabriqué deux petites sculptures avec des os, des plumes, des morceaux de bois et quelques graines ramenés de Guyane. L’une d’elle ressemblait à un perroquet empaillé lorsqu’on la regardait d’une de ses deux faces. J’étais inscrit en Master d’arts plastiques à l’université Paris 8 à l’époque, et lorsque j’ai montré ces travaux à ma directrice de recherche, elle m’a conseillé la lecture de The Postmodern Animal, livre dans lequel Steve Baker parle de taxidermie. Il y explique notamment comment les œuvres de Thomas Grunfeld, en renvoyant à la chimère antique, appellent l’imagination plutôt que la raison. Au même moment, j’ai découvert Chantal Jègues-Wolkiewiez, une ethno astronome qui a travaillé sur les peintures de la grotte de Lascaux. Elle a prouvé que les peintures zoomorphes de la Salle des Taureaux correspondaient à une carte du ciel de l’époque. Les taxidermies ont fait irruption dans mon travail à ce moment précis, et dans cette conjoncture, avec les Animaux stellaires. Ces pièces sont à la fois une mise en œuvre de l’animal étrange de Baker et une interprétation des découvertes de Jègues-Wolkiewiez. J’ajouterai que les taxidermies ont été un bon support de réflexion pour tout ce qui a pu m’intriguer au sujet de la mort.

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Vieux Piraï emplumé, piranha séché, plumes de perruches ondulées, fourmis manioc, perles de rocaille, bois, coton sauvage, feuilles de cuivre, gouache, colle

Vous avez étudié la biochimie à l’université.
Pensez-vous que cela ait pu avoir une influence sur votre travail ?

Oui, définitivement. Mes premières années d’études étaient tournées vers les sciences dures. Durant cette période je me suis acharné à essayer de développer un esprit logique… Sans le moindre succès. Plus tard, mon premier emploi aura consisté à récolter les données de programmes d’études concernant l’impact des activités humaines sur la faune sauvage guyanaise. A vrai dire, je n’étais pas captivé par ces études, par contre j’adorais passer des journées entières à pister les animaux. Au final il ne m’aura donc pas fallu moins de dix ans pour admettre que je n’étais compatible ni avec les sciences et ni avec leurs systèmes d’appréhension du monde par l’ordre et la logique. Je me suis donc plongé dans l’art – la seule constante de mon parcours chaotique – sans pour autant abandonner les problématiques qui motivaient mes actions. Celles induisant un rapport à l’environnement par exemple.

La réalisation de vos pièces demande du temps, de la méticulosité ainsi que des volontaires.
Comment travaillez-vous ?

Il y a plusieurs sortes de beautés, je suppose que la mienne fonctionne plutôt comme un fruit : elle mature avec le temps. Du coup mon travail est très chronophage. Il l’est par goût : je ne suis pas dans la logique, pas plus dans le concept. Je cherche plutôt quelque chose qui serait de l’ordre de la contemplation. La contemplation demande du temps, alors si je veux la déclencher chez les autres, il faut que je commence par donner du temps quand je tente de faire un objet de contemplation. Il y a deux ans encore, je pouvais travailler seul sur mes pièces. Certaines me prenaient plusieurs mois, comme la Constellation du cerf (harpe) II par exemple. Mais le rythme de travail a considérablement augmenté dès la fin de l’année 2011, me forçant à appeler au secours pour que les œuvres soient prêtes à temps… Depuis je travaille régulièrement avec l’aide de tierces personnes, des amis ou bien des étudiants en art qui viennent faire leurs stages chez moi. L’été dernier nous avons été jusqu’à douze personnes à travailler dans le jardin pour préparer les expositions d’octobre ! Il y a quelque chose de très énergisant dans le travail en équipe. Les œuvres peuvent prendre une ampleur qu’il serait impossible de développer seul, et puis le partage du travail n’est jamais à sens unique. Travailler deux mois et demi à vingt-quatre mains une pièce demandant patience et méticulosité comme Printemps (nymphe de cerf) m’a récemment permis d’observer les conséquences du processus de création sur d’autres personnes que moi. Pour un peu ça me donnerait envie de faire des expositions-ateliers durant lesquelles les visiteurs de l’expo se transformeraient en créateurs des pièces exposées. J’ai l’impression que la meilleure façon d’entrer dans une œuvre, c’est de participer à sa réalisation.

PrecieuxGoliath

Précieuse Goliath, goliathus goliathus albatus femelle, strass, colle, épingles

Vous travaillez avec une variété de médiums différents : le dessin, la peinture et bien sûr la sculpture.
Cela vous permet-il d’exprimer la même chose de manière différente ?
Est-ce important pour vous d’avoir recours à ces techniques différentes ?

Changer de média, c’est un peu comme prendre l’air ou partir en vacances. Ça permet de garder un bon équilibre de vie. Je crois que je m’ennuierai vite si je ne devais faire que du dessin, ou que de la sculpture. Ces deux médiums fonctionnent de concert chez moi : les dessins que je fais dans des carnets vont passer en sculptures, les sculptures vont être prétextes à des petites histoires en dessins, et puis, quand je ne peux pas transformer un dessin en sculpture ou inversement parce que ça ne correspondrait pas, alors je fais des photos. Donc oui, en effet, le changement de média peut permettre d’exprimer plusieurs formes d’une même chose. Mais il existe une deuxième possibilité : le changement de média peut entrainer une métamorphose de la pratique artistique. Dans ce cas, l’avant et l’après ne sont semblables ni dans la forme, ni sur le fond. Et pourtant, l’un et l’autre sont en continuité.
Pour l’instant, je n’ai vécu cette transformation qu’une seule fois. Mais je continue à pratiquer différents médias en espérant qu’un jour une prochaine métamorphose se réalise.

02Poisson à plumes I, gravure (étapes I, II et III)

http://julien-salaud.info/

In Julien Salaud’s work there is a whole pantheon filled with animals depicted in different ways, such as drawing, etching and sculpture. It is generally accepted that his work examines the connections between man and animal. That is indeed one side of his work, but transformation is really the core of it: wood animals skins or insects turning into something else with additional beads, nails, feathers or rhinestone.
Julien Salaud lives and works in Orléans.
He is represented by Suzanne Tarasiève art gallery in Paris.

Where does your interest in working with stuffed animals come from?

In early 2008 I did two tiny sculptures made of bones, feathers, wood pieces and some seeds that I brought back from French Guyana. One of them looked like a stuffed parrot from a specific angle. I was then studying Arts at Paris 8 University and when my professor saw it, she recommended the reading of Steve Baker’s The Postmodern Animal, which is about taxidermy. Baker states that the works of Thomas Grunfeld, by referring to ancient chimera, carries imagination rather than reason. Meanwhile I discovered the work of Chantal Jègues-Wolkiewiez, an ethno astronomer who previously studied Lascaux cave paintings. She demonstrated that the zoomorphic paintings from The Hall of the Bulls correspond with the sky map at the time. Taxidermy occurred in my work at the same time with the piece les Animaux stellaires. These are both some application of Baker’s book and Jègues-Wolkiewiez investigations. And taxidermy was also a good way to think about death and the way I’m intrigued by the concept of it.

Do you think studying biochemistry at the University influenced your choices as an artist?

Definitely. The first years I studied hard science and I unsuccessfully attempted to develop logical thinking for myself… Later on my first job consisted of gathering data regarding the impact of human activity on the wildlife in French Guyana. I was not really passionate about it to be honest, but I really enjoyed spending entire days tracking the animals. In the end it took me ten years to admit that I was neither compatible with science, nor with its way of studying the world through order and logic. I then focused on Arts – the one and only continual thing in my chaotic process – without actually giving up the things that interest me for my work. I’m thinking about the ones dealing with environment or nature for example.

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Constellation sans perle (daim), détail

You make pieces that require time, meticulousness and people to help in the process.
How do you usually work?

There are different kinds of beauty. I suppose the one I am interested in is like a fruit: I am not following a logical analysis, and I am not trying to have some concept. I am rather into contemplation, which implies taking some time. So if I want the audience to be aroused by contemplation, I have to take some time to be able to create an object that will provoke the same effect. Until two years ago I was still able to work on my own. It may take several months to finish a piece, like the Constellation du cerf (harpe) II. Since the end of the year 2011 the rhythm has increased, and I was no longer in the position to work on my own, I had to call for assistance to make sure the work would be ready on time… And I have been working with various people, friends or art students since then. Last summer we were like twelve people working in my garden to prepare exhibitions scheduled in October! Working among a team is somehow very inspiring. Works can exist in a way that you would never achieve on your own. In addition to that, working with different people is never a one-way thing. Twenty four hands worked with a lot of patience and precision on the piece entitled Printemps (nymphe de cerf) during two months and a half. I then witnessed the consequences of the creating process on other individuals than myself. It almost convinces me to do workshops-exhibitions where the visitors could also be involved in the making.
In a way I do think that the best way to understand a work of art is to participate in the creative process.

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Constellation sans perle (daim), trophée de daim, clous, colle

You are also working with various media, such as drawing, painting, and sculpture of course.
Does it allow you to express the same things in different ways?
Is it important for you to work with all these media?

Working with various media feels like getting some air or taking holidays. It balances the whole thing you know. I think I would get bored if I was only into drawing or sculpture.
In my case these two media work well together: some drawings from my notebook will transform into sculptures and sculptures will become sketches sometimes. When I cannot make a drawing evolving into a sculpture or the opposite – because it would not match – I take pictures. So changing media is definitely a way of expressing several aspects of a same thing. But there is another possibility too: different media could also alter the artistic process. In that case what comes before and what comes after is totally different, visually speaking and regarding its contents. They are aligned with each other though.
I have experienced it once at the moment. But I keep on working with different media hoping that some metamorphosis would happen someday.

http://julien-salaud.info/

 


Marc Held

Posted: December 7th, 2013 | Author: | Filed under: interviews | Tags: , , , , , | No Comments »
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L’Echoppe, Paris

 

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L’Echoppe, Paris

Aujourd’hui vous vivez en Grèce, sur une île. A quoi ressemble une journée type ?

Je vis sur une île peu touristique, ma maison est isolée, au-dessus de l’eau. Je me lève de bonne heure et je me mets à ma table à dessin dès le matin surtout lorsque j’ai un projet en cours. En général, je travaille sur un seul projet à la fois. Comme je fais de l’architecture purement artisanale, faire appel aux ressources locales me tient très à coeur. Je me rends souvent sur les chantiers, cela me permet d’échanger avec les artisans, voir l’avancée du projet. Je déjeune à l’heure grecque, c’est à dire vers 14 heures, puis je fais une sieste. En général, j’ai beaucoup d’énergie au réveil et je repars sur mes chantiers. Le soir, je me détends en écoutant de la musique, en lisant ou parfois en regardant les programmes français à la télévision.

A quel moment vous êtes-vous installé en Grèce ?

En 1989, c’était presque sur un coup de tête.

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Villa Myrto, Grèce

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Villa Myrto, Grèce

C’est une maison que vous avez vous-même conçu ?

Dans un premier temps ma femme et moi avions acheté la ruine d’une petite maison paysanne qui dominait la mer. Je l’avais restaurée à l’ancienne avec des matériaux traditionnels et le savoir-faire local. On y a vécu sept ans, sans téléphone, loin de tout. Ensuite, j’ai construit une maison de mes propres mains.

Dans la galerie où nous nous trouvons sont exposées un grand nombre de photos en noir et blanc que vous avez prises dans les années 1950-60. Cet aspect de votre production est moins connu du grand public, on y trouve principalement des scènes de vie quotidienne, avec beaucoup de portraits.

Cette production de photos suit le courant de cette époque-là, un courant humaniste. Il y avait ces grandes illusions quant à notamment, la capacité de la politique à changer le monde, le fait d’être plus humain, plus fraternel etc. Nous sortions de cette guerre, que j’ai vécu enfant, et nous étions en faveur de ces valeurs. Nous pensions que nous allions changer le monde grâce à la politique. Et puis cette période précédait un développement économique sans précédent, qu’on a nommé Les Trente Glorieuses.
J’avais de l’empathie pour les gens qui m’entouraient, nous étions pauvres mais plein d’espoir. J’ai également pris en photo la vie politique de l’époque : 1958, la menace de la prise de pouvoir par les parachutistes, les manifestations…

Ces photos n’ont été montrées que récemment…

Je n’avais pas l’ambition de devenir photographe, mais je m’intéressais à la composition – un point commun avec mon travail d’architecte ou de designer. Ces photos sont restées classées, et elles sont ressorties il y a quelques années de mes archives.

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Fauteuil Culbuto (1965-1967)

Pensez-vous qu’il y a des expériences de votre enfance qui auraient pu vous prédisposer à devenir un designer ?

Non, en tout cas, pas dans mon enfance. Pour échapper aux Nazis et aux collaborateurs, ma mère et moi nous étions cachés dans une ferme du Limousin pendant la guerre. Cette famille d’accueil est d’ailleurs devenue notre famille par la suite. J’y ai découvert l’amour de la ruralité, un intérêt pour le paysage si vous préférez. Mon père est rentré dans le maquis et il m’a fait rentrer avec lui comme agent de liaison à onze ans, sans doute parce que j’étais intenable. De temps en temps, on me faisait monter sur le camion et tirer dans les champs à la mitraillette. Pour résumer, j’ai eu une enfance qui a fait de moi un insoumis et accepter la discipline scolaire a été un gros problème pour moi.
Après le lycée, j’ai eu envie de faire du théâtre – j’adorais aller voir Gérard Philippe sur scène – mais j’étais assez timide et je me suis dégonflé.

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Fauteuil Culbuto (1965-1967)

Comment êtes-vous devenu designer ?

C’est par l’intermédiaire de mon beau-père, un bourgeois communiste, cultivé, engagé politiquement lui aussi. Lors d’un voyage collectif, j’ai découvert la chapelle de Ronchamp du Corbusier et la Rotonda de Palladio, deux oeuvres initiatiques pour moi. J’étais prof de gym à l’époque mais je ne n’avais plus de doute sur ce que je voulais faire. Le terme de design n’existait pas à ce moment là. J’ai commencé à faire des meubles, en hommage au Bauhaus notamment. Entre temps, j’avais intégré une société de vente par correspondance, j’y avais un très bon poste. J’ai acheté un grand appartement que je décore avec mes meubles. Je fais venir un photographe professionnel pour documenter le tout. Les clichés sont publiés dans la revue Maison Française et tout s’emballe. On me contacte pour des petits chantiers d’architecture intérieure. J’apprends sur le tas mais je ne me sens pas prêt pour faire de l’architecture.

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Etagères en contreplaqué moulé (1966)

Comment est né L’Echoppe ?

C’est mon ami le peintre Robert Wogensky qui m’a conseillé d’ouvrir un showroom pour montrer des créations internationales et les miennes. J’ai vendu mon appartement pour m’installer avec ma femme Marianne dans un immeuble HLM et je prends un magasin situé rue de Seine. C’est le milieu des années 60, je fais venir des meubles de Scandinavie, d’Allemagne, d’Italie etc. J’avais du mal à rentrer dans mes frais, pour être tout à fait honnête. Et puis, le bouche à oreille fonctionne et le succès arrive. Les gens faisaient la queue, déposaient leurs listes de mariage…

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L’Echoppe, Paris

Cette expérience a-t-elle facilité le passage à l’architecture ?

Oui d’une certaine manière puisque j’ai été approché par le promoteur d’Avoriaz, un jeune type ambitieux après la publication d’un article dans le Nouvel Observateur où j’étais considéré comme “un pionnier du beau”. Il m’a proposé de rejoindre l’équipe des architectes de la station de ski. J’y ai travaillé pendant trois ans, dessinant des meubles, participant à l’architecture. J’ai pris conscience de mes lacunes, ce qui était une bonne chose. Et j’ai eu envie de me lancer en architecture, tout en continuant à concevoir des meubles.

Quels sont les liens entre design et architecture d’après vous ?

Ces métiers sont extrêmement proches. La démarche est assez similaire, même si l’architecture est plus complexe de par ses volumes plus importants que ceux d’un objet. Pour les percevoir, l’observateur, selon l’endroit où il se trouve, et l’orientation à partir de laquelle il regarde l’objet, a une perception différente. Pour le cerveau, c’est infiniment plus complexe à mémoriser. S’ajoute à cela le fait que le cerveau fait ensuite une synthèse entre ce qu’il a perçu de l’extérieur et les volumes intérieurs. Il y a également la relation du bâtiment avec l’extérieur, le graphisme (les lignes du bâtiment) et enfin le toucher (les matériaux).
Etre architecte, c’est un peu être comme un samouraï : il faut toujours essayer de faire mieux.

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Bureau en fibre de verre (1965-1968)

Parlez-moi du projet pour IBM.

Je venais de terminer la réalisation d’un centre commercial à Clermont-Ferrand et j’ai reçu ce coup de fil de leur part. Ils veulent me rencontrer et je dois leur présenter un dossier.
A cette époque, IBM dans le monde entier avait une politique immobilière qui consistait à être propriétaire de ses lieux.
On me fait venir à Montpellier pour me montrer un site industriel avec des usines. Leur idée était d’y implanter un centre social pour les employés, avec un restaurant d’entreprise etc. Ce projet était très passionnant et j’ai bien sûr accepté. La philosophie de cette compagnie, c’est l’austérité, la réserve; des caractéristiques que j’apprécie aussi. J’ai proposé un projet très high-tech, qui utilisait des ressources et des matériaux locaux, pour le même budget et dans le même délai. Tout autour, j’ai réintroduit la végétation locale, en faisant planter des pins, des oliviers. J’ai passé presque un an sur place.
Je l’ai su par la suite, mais chaque projet était noté et si tout se passait bien, les projets devenaient de plus en plus ambitieux. Ce qui a été mon cas puisque j’ai eu la chance d’être l’architecte d’IBM en France.
Je suis retourné récemment sur le site et la végétation a poussé, le béton a blanchi mais il a bien vieilli. Le bâtiment est parfaitement bien intégré au paysage.

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“La Lande”, pour la compagnie IBM, Montpellier (1984-1985)

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“Le B5”, pour la compagnie IBM, Montpellier (1984-1985)

Je crois que l’architecture s’inscrit dans la durée. C’est aussi le temps qui détermine si un projet est réussi ou pas.

Oui tout à fait. Et lorsque je travaille sur un projet d’architecture, j’ai ça en tête.
“Comment sera mon bâtiment dans dix, trente ans, cent ans ?”

Toutes les images : Courtesy de Marc Held

http://marcheldarchitect.com/

Merci à Emma Lindgren et à l’équipe du Brio sans qui cette rencontre n’aurait pas pu se produire.
http://lebrio.webnode.fr/

b_wLit en plastique (1966)


Maurizio Cattelan

Posted: September 3rd, 2013 | Author: | Filed under: interviews | Tags: , , | No Comments »
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CHINESE PORTRAIT
Torno Subito*, Maurizio Cattelan’s solo show at the Galleria Neon, Bologna, 1989 (*Be right back)

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Photo: Pierpaolo Ferrari

The launch of Toilet Paper 8th issue at the Palais de Tokyo gave me the opportunity to get in touch with Maurizio Cattelan. Of course my idea was an interview for noblahblah. But I did not want to ask him about his work because you don’t want to explain what is inside Maurizio Cattelan’s mind. Reading interviews others conducted with him, I thought that most of the time they ask the wrong questions such as his supposedly provocative side for example. These people expect the artists to tell the truth about their work when artists are not necessarily in the position to tell the truth but rather to question things.
Cattelan’s early works are seen as various self portraits. The very first one was a photograph depicting him with his hands in the shape of a heart (Lessico Familiare, 1989). Senza titolo, made in 2001 for the Boijmans Museum in Rotterdam is probably the most well-known of these self portraits: a sculpture depicting him peering from a hole in the floor of the room.
The idea behind a Chinese portrait is to get an abstract depiction of a person with spontaneous answers. It’s a bit like a game but in the end it becomes a serious thing. I thought it was the perfect way to conduct an interview with Maurizio Cattelan.

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Untitled, 2009. Photo: Zeno Zotti. Courtesy: Maurizio Cattelan Archive

If you were a natural phenomenon, you would be…
A sailing stone !
http://en.wikipedia.org/wiki/Sailing_stone

If you were an animal, you would be…
A cat, the dilettante in fur you should never trust.

If you were a metal, you would be…
Titanium, low density and high resistance to corrosion in chlorin.

If you were a mythological being, you would be…
I’ve always wanted to go around with Dionysus’ ivy crown but Poseidon’s trident is an absolute women catcher.

If you were a famous human being, you would be…
Very scared.

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All, 2008. Photo: Markus Tretter. Courtesy: Maurizio Cattelan Archive

If you were a haircut, you would be…
Mullet hair style, definitely! Business in the front, party in the back.

If you were a color, you would be…
Black, to suit all the ladies.

If you were an item of clothing, you would be…
David Bowie’s tie-dye spandex pants. God bless David Bowie.

If you were a human activity, you would be…
Idleness, the beginning of all vices, the crown of all virtues.

If you were a job, you would be…
A nightclub bouncer so I can finally get myself in.

If you were an egg being cooked, you would be…
Wishing I was a chicken.

If you were a weapon, you would be…
A woman.

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Untitled, 2007. Courtesy: Maurizio Cattelan Archive

If you were a place, you would be…
A 4 000 meters snowy ridge in Valle d’Aosta called Il Naso. Hard to outline.

If you were a scent, you would be…
A nasty fish-scented snow smell.

If you were an adverb of time, you would be…
Next.

If you were a movie, you would be…
400 blows cause I have no socks left around these holes.

If you were a motto, you would be…
The trouble is, you think you have time.”

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Untitled, 1989. Courtesy: Maurizio Cattelan Archive


Eva Truffaut

Posted: August 9th, 2013 | Author: | Filed under: interviews | Tags: , , | No Comments »
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Vous étiez aux Rencontres d’Arles récemment.

Je rêvais de tomber sur quelqu’un dont le travail allait me provoquer un coup de poing, en me disant que je n’avais jamais vu ça auparavant. Ca été le cas la première fois que j’ai vu les photos de d’August Sander puis celles de Cindy Sherman, ou Nan Goldin, à la Grande Halle de la Villette. C’était bouleversant. Je me demandais comment on pouvait faire des photos aussi crues. Ensuite, je me souviens de ma découverte d’Annelies Strba puis de Richard Billingham, qui prenaient en photo leur famille.
Depuis ces “chocs”, je n’ai pas été surprise par grand chose en matière de photographie.

Aujourd’hui, avec la prolifération des images sur des sites web, des tumblr, on a tendance – peut-être – à oublier ce qu’on voit. Les images sont vite digérées.

En tout cas, les dernières images qui m’ont marquée et dont je me souvienne ont été faites dans les années 60-70.
William Gedney a vécu dix ans avec une famille qu’il a photographiée. J’ai découvert son travail via des archives universitaires américaines. Ce qui est étonnant chez lui, c’est le temps qu’il s’offre avec ces gens avec lesquels il travaille. Il y a plus de  3 000 images, donc là ça devient intéressant d’autant plus qu’on a l’impression qu’il a tout tiré, sans hiérarchie, sans rien jeter.

Ca m’évoque le travail de Jacob Holdt, qui a sillonné les Etats-Unis pendant pas mal d’années et a séjourné dans plus de 400 foyers. Il en résulte une banque d’images absolument incroyable.
A propos de banque d’images, j’ai noté que votre travail n’apparaissait ni sur le blog, ni sur le tumblr.

Oui, j’en ai bloqué l’accès avant l’exposition à la Galerie Chappe. Je ne voulais pas que les images soient visibles en ligne.
J’utilise ces deux plateformes, qui sont assez complémentaires. Blogger est pratique pour mettre “en famille” les choses, et Tumblr pour visionner les archives, ma préférence d’archivage privé va néanmoins à Flickr qui reste un excellent outil de la sauvegarde à la mise en album, un rêve pour qui a la manie de l’archive.

21© Karolina Bomba

Le blog contient d’ailleurs essentiellement des choses que vous sourcez.

Oui et sans commentaire ajouté car j’aime assez que les choses soient un peu muettes. Je cite juste mes sources. Il appartient aux gens de poursuivre le travail de curiosité ou pas.
Mais il faut que je retire l’outil qui permet de savoir combien de personnes visitent mon blog. Car de fait, cela a tendance à influencer les sélections qu’on fait et par moments, c’est difficile de ne pas céder à la course à la popularité. Le tumblr thisisnothappiness te rebloggue et tout à coup, tu te retrouves avec 200 000 personnes qui ont visité ta page dans la nuit, l’ignorer serait plus sain. Même chose avec Boing Boing.

A quelle fréquence alimentez-vous le blog ?

Avant c’était tous les soirs, scrupuleusement. Je préparais des dossiers très complets, je sélectionnais, je composais une mise en forme, une dramaturgie même.
Lorsque j’ai commencé à travailler sur l’expo, j’ai prévenu que l’activité serait suspendue pendant quelques temps. Je sais déjà qui sera la prochaine entrée…

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D’où vient le nom du blog : la mythologie des lucioles ?

Un des premiers livres sur la photo que j’ai lu, écrit par Denis Roche, s’appelait La Disparition des Lucioles. C’est un essai traitant de l’acte photographique. Je m’en suis souvenue lorsque j’ai créé mon blog. Mais d’une manière plus inconsciente, c’est surtout Georges Didi-Huberman et des écrits tardifs de Pasolini que j’avais en tête.
Si on se dit que l’inconscient est langage, la photographie qui m’intéresse dans ce cas, c’est celle en tant que langage de l’inconscient. L’image n’a rien à voir avec l’esthétique, elle est, de fait, beaucoup plus narrative, même si on ne le souhaite pas. Pour moi, même l’image la plus abstraite est totalement narrative.

Cela ouvre un champ des possibles.

Oui, car l’image permet beaucoup plus d’interprétations que le cinéma, le théâtre ou même la peinture. La photo montre quelque chose qui est déjà là. C’est toute la différence.
Pour en revenir aux lucioles; pour moi, c’est la parole chuchotée dans le noir. Quelque chose qui titille la persistance rétinienne. Vous le disiez tout à l’heure : on voit beaucoup d’images, on en oublie une grande partie, mais il y en a qui restent. C’est ce que j’avais en tête avec les lucioles. La persistance du fugitif, la survivance.

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Quel est votre premier souvenir lié à ce médium justement ?

J’ai eu un appareil entre les mains très jeune. Lorsque j’étais enfant, il existait l’Instamatic Kodak, juste avant le Polaroid SX70 . On mettait des petites cartouches en plastique à l’intérieur, et l’appareil était vraiment simple à utiliser. Du Fischer Price en somme !
Mon père prenait énormément de photos, de ma soeur et de moi.
Et lorsque j’ai commencé à faire de la photo, je ne me rappelle pas m’être dit qu’il fallait que je fasse attention au cadre. Je pense que ça venait de mon père. Il employait le terme “nettoyer le cadre” pour “cadrer” histoire de faire fi des détails superflus. Je pense que j’ai gagné du temps, en apprenant des choses de manière quasi instinctive à ce moment là.

Certaines biographies te concernant font mention d’un apprentissage de la photo plus tard aux côtés de gens comme Paolo Roversi, Jean-Baptiste Mondino.

Je dois rectifier cela, qui a été largement relayé sur Internet. J’étais styliste pour des magazines, le Elle italien et notamment pour City Magazine, un grand format qui ne publiait que du noir et blanc. Pour les séries mode, j’ai travaillé en tant que styliste avec des photographes, comme Paolo Roversi ou Peter Lindbergh ou Sarah Moon. J’ai observé leur façon de travailler. À mes yeux, Roversi vient de la peinture de la Renaissance italienne, alors que Lindbergh est surtout influencé par le théâtre berlinois, ou le Constructivisme. Sarah Moon, c’est plus complexe, plus mystérieux, plus sombre aussi; elle est.. lunaire, vraiment.
Ça a été un apprentissage, mais je ne m’en rendais pas compte. Et en même temps, j’ai des lacunes techniques. Ca se voit dans mon travail d’ailleurs : il n’y a ni précision du détail, ni recherche de la mise en scène extrêmement travaillée. Mais ça me correspond. Aujourd’hui, l’essentiel, pour moi, est de me débarrasser de ce que je ressens comme un excès d’esthétique.

Les photos sont principalement prises la nuit.

Pas toujours.
J’ai une série de photos que j’ai numérisées, un mélange de vieilles photos de ma famille et de photos plus récentes que j’ai prises de ma fille avec ses amis par exemple. Et pour cette série, cela n’a aucune importance que les photos aient été prises avec de la lumière naturelle. Je confronte les images avec du texte, je l’appelle mon roman photo familial, il y a une série en français et une en anglais. Et dans cette série, le texte m’intéresse plus que les images. Des phrases courtes, comme dégraissées et qui me permettent d’essayer de raconter une histoire, aux accents à la fois tragiques et comiques. Et selon le sens de lecture des images, le ton en est totalement modifié.

08© Nelson Bourrec Carter pour Eva Truffaut

Vous n’utilisez pas de pied pour travailler.

Jamais. Il ne s’agit pas d’un postulat artistique, c’est juste par pure flemme ! J’aime que les choses aillent vite. Je travaille d’ailleurs souvent avec du film périmé, car il est moins cher donc je peux en acheter plus pour le même prix. Donc ce n’est pas pour m’embêter par la suite avec la lumière ou le fait que je vais bouger légèrement l’appareil au moment de la prise de vue.
Je prends les photos sur le vif. Travailler autrement qu’à l’instinct, ça ne me réussit pas.

J’aimerais qu’on évoque ce flou qu’on retrouve dans beaucoup de vos images. Cela me rappelle un phénomène que je connais bien : la vision blurred qu’expérimentent les myopes.

Oui c’est exactement de ça dont il s’agit. Je ne porte jamais mes lunettes pour prendre des photos. Je suis myope et astigmate donc cela accentue ce phénomène de blurred. Je vois le monde sans mes lunettes et je le trouve plus beau de cette manière. Je n’ai pas un goût pour le détail à tout prix. Ca c’est une réponse un peu paresseuse je l’avoue.
Mais c’est parce qu’il y a aussi le fait qu’on m’a transmis cette culture de l’image lorsque j’étais enfant, via le cinéma notamment. Nous allions beaucoup au musée, il y avait des livres d’art à la maison et je me souviens également que ma mère achetait des magazines féminins. Les goûts en vogue en matière de photo allaient du côté de l’image surpiquée, à la manière de Sieff, d’Avedon. Ce n’est pas le genre d’image qui me touchait à ce moment là. J’étais déjà plus sensible aux photos plus artisanales faites à la chambre, avec deux secondes de pause. De même que le cinéma qui m’a le plus marquée, c’est celui de l’approximation, je pense notamment aux films muets. Il y a certainement des images séminales chez moi, chez Murnau par exemple. Disons qu’avant même de me rendre compte que j’étais myope, j’étais attirée par les images qui “palpitent”, qui ne sont pas nettes. Le grain si personnel de Sarah Moon répondait alors à cette attente. Sans parler de l’indéfinissable mystère opaque de Diane Arbus et de la cinématographie narrative poignante et tragique chez Robert Frank.

Est-ce-que l’emploi du noir et blanc vient aussi de ce cinéma ?

Là encore, c’est par paresse ! Et mon désir d’aller au plus vite mais surtout au plus simple pour la prise de vue. S’ajoute à cela le fait que je suis extrêmement tatillon avec la couleur. Il y a très peu de photographes qui savent travailler la couleur. Paul Outerbridge en faisait partie. Il travaillait dans les années 30 et ses photos avaient des couleurs très singulières, inédites,  débarrassées du superflu. Chez lui, aucune couleur ne vient perturber la vision. Elles sont toutes là pour une bonne raison. On retrouve cet héritage du traitement des chairs chez Bourdin.
J’ai été élevée avec les films de Chaplin et la télévision en noir et blanc. La couleur y est arrivée seulement dans les années 70. Le Photomaton pas plus que le Polaroïd n’existaient en couleur. Donc oui, ma culture visuelle vient du noir et blanc. Et mon utilisation du noir et blanc est davantage qu’un parti pris esthétique assumé et conscient. C’est d’abord un langage, et c’est le langage que j’ai appris. Le noir est blanc c’est ma langue maternelle.

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J’ai l’impression que vous travaillez par séries.

Ça peut m’arriver de faire des photos isolées, mais c’est assez rare. Je pense que ça vient de la culture du pictogramme. Quand on développe soi-même ses photos, au moment du développement, on réalise qu’on fait du film, avec une suite d’images. On a le choix ensuite de les dissocier ou de les enrouler ensemble pour faire un film. Finalement, il n’y a qu’avec le numérique qu’on ne se rend pas compte de cette notion, puisqu’il n’y a pas de film dans l’appareil.
Dans ma tête les choses se mettent par séries en général.

Et cela semble se prolonger dans l’accrochage de votre exposition à la galerie Chappe. Je pense notamment à cette série de portraits, rassemblés dans un coin de la galerie d’une façon non-conventionnelle puisque les photos n’étaient pas accrochées les unes à côté des autres mais accolées les unes aux autres dans un élan vertical.

C’est vrai que je préfère lorsque les choses sont accumulées et non pas mises en ligne ou isolées. Si c’est le cas, ça m’ennuie. Toutes ces mises en place rectilignes, linéaires et calibrées de galeries qui finissent par se ressembler et ne tiennent parfois pas compte de l’oeuvre dans son ensemble. Ces règles arbitraires, dogmatiques au moins, d’Agata, les a bousculées au BAL et c’est tant mieux.
Je repense à Boltanski, lorsqu’adolescente j’ai découvert ses premières accumulations de visages, ça m’a passionnée. Enfin quelqu’un parlait ma langue, c’est ce que j’ai pensé à l’époque. Et puis si je creuse un peu plus, je dirais que ça vient surtout d’images furtives de mon enfance. Les empilements de valises, de chaussures, de photos… Je suis une enfant gâtée des années 60 mais je suis indubitablement une enfant des enfants de la Shoah. Au fond, c’est là ma vraie culture.

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A propos de la série que j’évoquais précédemment, il me semble même qu’on pourrait évoquer un autel, pas nécessairement au sens religieux du terme d’ailleurs. Mais plutôt comme un monument devant lequel on peut choisir de se recueillir.

C’est probablement une chose vers laquelle je tends. Mais c’est assez inconscient.
Dans cette maison où je vis, il y a eu une vitrine que j’avais récupérée et dans laquelle j’avais placé tout ce que je chérissais. Une sorte d’ex-voto composite et gigantesque. Maintenant, ces objets sont dans des valises, ils ne sont plus montrés. Le mur vitrine est devenu un mur de valises.
Cette idée d’ex-voto ou d’autel est venue tardivement, inconsciemment . Et de manière païenne car je suis athée. C’était davantage pour conserver des objets et les photos qui auraient pu disparaître. Il y a le rapport à la mémoire, c’est certain. J’ai perdu mon père très jeune, j’avais 23 ans. Et ma meilleure amie au même moment. J’ai sans doute pris conscience assez tôt qu’il fallait que je garde des traces.

Toutes les images : Courtesy de l’artiste, sauf mention spéciale

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