Aline Zalko

Posted: December 11th, 2012 | Author: | Filed under: interviews | Tags: , , | No Comments »

Si savoir dessiner n’est pas essentiel pour un épicier, pour un artiste c’est un impératif !
Erik Dietman ( in cat. L’amour de l’art. Biennale d’art contemporain de Lyon, 1991, p. 98)

Aline Zalko a étudié à l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs. Elle en sort diplômée en 2005, avec en prime les félicitations du jury pour son mémoire et son travail présenté lors de l’exposition Almost Manhattan – Rêver New York.
Les techniques qu’elle utilise sont les crayons de couleur et le pastel. Si les crayons de couleur ont une connotation enfantine, le potentiel qu’ils offrent à ceux qui pratiquent le dessin est très intéressant : ils permettent de définir à la fois les formes et les couleurs, ce que les autres techniques ne permettent pas. Les crayons de couleur donnent également la possibilité de traduire différents degrés d’intensité d’ombre et lumière, des dégradés plus ou moins subtils et enfin une trame, c’est-à-dire l’effet visuel produit par la superposition de couches de hachures.
Le pastel est une technique qui permet de varier les effets et d’obtenir des couleurs lumineuses. La technique minutieuse du crayon de couleur combinée à celle du pastel offre des résultats pour le moins intéressants. Dans les deux cas, il n’y a aucun repentir possible.
Interview d’une artiste à suivre…

Teeth, crayons de couleur sur papier, 2012. 27 x 17cm

Etes-vous dessinatrice ou illustratrice ? Ou les deux ?

Il n’y a pas de différence entre les deux car dans les deux cas, on dessine. Ceci dit, lorsque tu es illustrateur tu réponds à des commandes. Dessinateur est un terme plus général, il peut désigner aussi un travail plus personnel.
Dans l’absolu, je préfère le terme dessinatrice, c’est le terme le plus simple et qui me plait le plus car il comporte le mot “dessin”.
D’ailleurs la plupart du temps, je fais un travail qui est le plus personnel possible, même quand je réponds à une commande.

Effectivement, il m’a toujours semblé que le terme “illustrer” impliquait un point initial auquel on ajoute du contenu.

Oui, le point initial de l’illustration c’est le texte. Ca peut être un article, qu’il faut traduire en une image.
A une époque, j’ai été très inspirée par Saul Steinberg, illustrateur et dessinateur, qui affirme son style jusque dans son travail de commande.

Comment êtes-vous venue au dessin ?

J’ai toujours dessiné. Ma mère m’a beaucoup valorisée et encouragée dans ce sens. Dessiner faisait déjà partie de mon identité. Quand je dessinais, mes amis regardaient toujours ce que je faisais par-dessus mon épaule et me demandaient de leur donner des dessins. Je crois que c’est d’ailleurs la seule chose que je faisais bien !

Dessiner était donc une évidence.

Oui, mais cette évidence aurait pu me quitter si mes parents ne m’avaient pas encouragée. S’ils avaient voulu que je sois médecin par exemple, ça aurait été différent, peut-être. Ma mère était peintre et elle m’a dit qu’elle avait décidé de me transmettre ce “don” lorsqu’elle était enceinte de moi, et elle a pratiquement arrêté de peindre à ma naissance. Je n’y ai pas vu quelque chose de lourd à porter.

On peut parler d’une filiation…

Oui. Elle a vécu dans un kibboutz et son rôle était celui d’être une artiste, c’est-à-dire de peindre, dessiner. Toutes les tâches artistiques du kibboutz lui revenaient et je crois qu’elle a vécu ça comme un fardeau ou tout au moins comme un devoir.
Je me souviens, lorsque j’avais cinq ans, elle m’a montré un dessin : le Christ jaune de Gauguin. Elle m’a demandé comment moi je le dessinerais. C’était un exercice que j’ai pris très au sérieux. Elle m’a vraiment stimulée.

Quel parcours avez-vous suivi ?

La conseillère d’orientation du lycée m’avait dit qu’il existait des écoles d’art mais que je n’y arriverais pas. La première année après le Bac, je n’ai pas fait grand chose. Ensuite, je me suis rendue compte qu’il y avait les Beaux-Arts et les Arts Déco, les deux principales écoles d’art à Paris. En plus, elles étaient gratuites. J’ai pensé que j’apprendrais plus de choses aux Arts Déco – et puis ça rassurait davantage mes parents.
Aux Arts Déco on ne t’apprend pas vraiment à dessiner, mais on aiguise ta curiosité : est-ce-que tu vas te tourner vers la gravure pour traiter un sujet ? Ou le graphisme ? C’était très stimulant.

A partir de quel moment vous vous êtes dit que vous alliez en faire votre métier ?

Après le Bac je crois. Mais je n’y ai jamais vraiment songé. Je me disais aussi que je pouvais devenir journaliste. Je crois que ça tient au fait que mes parents n’avaient pas de plan de carrière pour moi, ça m’a donné une grande liberté dans les choix que j’ai faits.
Ensuite, je me suis posée la question “qu’est-ce-que je sais faire dans la vie ?”
– “dessiner”
Donc autant faire quelque chose avec ça, car je ne sais pas faire grand-chose d’autre !

Works, crayons de couleur, feutres, Bic sur papier, 2002. 21 x 29,7cm

Quelle place occupe l’art dans votre vie ?

Toute la place ! (rires)
Je plaisante, ça serait prétentieux de dire ça. Ceci dit, l’art occupe pas mal de place dans ma vie, c’est certain. Mais je ne fais pas la différence entre l’art et la vie, pour être tout à fait sincère. Je ne passe pas tout mon temps à dessiner mais le dessin n’est jamais loin. Si je ne pouvais plus dessiner, je me sentirais inutile.
Lorsque je prends le bus et que je trouve une fille jolie, je me dis que j’aimerais bien la dessiner. C’est quelque chose d’instantané.

See, crayons de couleur et pastel sur papier, 2012. 42 x 29,7cm

Quelles sont vos principales sources d’inspiration ? Il m’a semblé que le cinéma en faisait partie.

J’ai toujours vu beaucoup de films, et c’est vrai que le cinéma me passionne. Mais il ne joue pas un rôle significatif dans mon travail, en tout cas pas en tant que tel.
En ce moment je fais une série qui est une déclinaison de portraits d’une actrice, Dakota Fanning. Mais c’est arrivé par hasard : en feuilletant un magazine je suis tombée sur son visage et j’ai eu comme un coup de foudre. Elle a des grand yeux, des cernes, une peau presque transparente, des cheveux blonds. L’opposé de moi, et d’ailleurs c’est peut-être la raison pour laquelle j’ai vraiment eu envie de la dessiner. J’ai voulu voir plus de choses d’elle, de son visage. Donc je suis allée voir les films dans lesquels elle jouait, même si ce ne sont pas des films qui m’auraient intéressée au départ. Le film de Spielberg La Guerre des Mondes en est un bon exemple. En revanche, je pense que Spielberg s’est dit la même chose que moi en la voyant car tout le film repose sur elle et son visage.
Et puis ça m’intéressait de voir comment on filme un enfant, quel point de vue adopter. J’ai remarqué que dans la plupart des films dans lesquels elle apparaît, elle est manipulée, contrainte, voire victime car enfermée.
Pour répondre à votre question, lorsque je regarde un film, je ne me dis pas “tiens, ça pourrait m’inspirer pour un dessin”. Je dirais que ça m’inspire au sens large.

Il y a une série entière consacrée à New York. Quel rapport entretenez-vous avec cette ville, dont les images sont très abondantes ?

Je suis allée à New York plusieurs fois. La première fois n’était pas du tout préméditée. J’ai suivi un ami, qui partait là-bas. J’ai eu un choc en arrivant dans cette ville, d’un point de vue esthétique. Tout d’un coup, les aquarelles de Fernand Léger, ou les photos de Walker Evans ont pris corps. J’ai vu des matières que je ne connaissais pas. J’ai eu envie de tout dessiner. J’ai commencé à utiliser le crayon de couleur à ce moment-là, certainement parce que c’était ce qu’il y avait de plus pratique et puis j’étais très inspirée par Saul Steinberg. C’était avant le 11 septembre, il y avait des constructions partout, avec des gros Caterpillar, des chantiers… Avant de partir là-bas, je dessinais pas mal de bâches de travaux à Paris, mais à New York, tout était ouvert, je pouvais voir la ville en train de se construire.
Ensuite j’ai décidé de faire un échange quand j’étais aux Arts Déco pour partir à New York. Je suis partie six mois, je suis rentrée et je suis repartie quelques mois de plus. New York doit se reconquérir à chaque fois. C’est une ville utopie. Quand je suis rentrée à Paris, j’ai continué à dessiner New York, comme une ville fantasmée. Rem Koolhaas a très bien parlé de tout ça dans son livre New York Délire.

Blue Truck, crayons de couleur, feutres, Bic sur papier, 2003. 21 x 29,7cm

Vous venez d’évoquer la série consacrée à New York, où il y a peu de personnages représentés : c’est la ville qu’on donne à voir. Dans les séries mettant des personnages en situation, j’ai remarqué qu’ils sont la plupart du temps isolés du fond, qui n’est d’ailleurs pas représenté. Qu’est-ce-qui conditionne ce choix ?

Je pense que c’est lié au médium que j’utilise, le crayon de couleur. Ca a aussi à voir avec l’esthétique du croquis, de l’esquisse, de quelque chose d’inachevé. Ca m’intéresse d’explorer cette idée. Bien que mes dessins de New York soient plus denses, les ciels sont blancs et c’est le papier que l’on voit. Comme je fais des dessins assez réalistes finalement, le fait de réserver un fond non travaillé me permet de “twister” l’ensemble. Le contraste m’intéresse, j’aime le très plein et le très vide, la transparence que me permet le médium me plait, comme l’aspect saturé.
Dans les dessins sur lesquels je travaille en ce moment, notamment la série des Dakota, le personnage est isolé du fond. Je me souviens avoir été marquée par les fonds sombres de Caravage, qui mettent en valeur les personnages. Ici, c’est pareil, sauf que le fond sombre est un fond blanc.

Quelles sont les différentes techniques que vous utilisez ?

Le crayon de couleur. Parfois du pastel. Pour la série New York, il y a aussi du stylo Bic et du feutre.

Plane Traces, crayons de couleur, feutres, Bic sur papier, 2005. 21 x 29,7 cm

Est-ce que le sujet conditionne la technique utilisée ?

Non, ce n’est pas le cas car le crayon de couleur reste mon médium de prédilection, pour l’instant en tout cas. C’est un médium qui me suit depuis l’enfance. J’aime son immédiateté, et le fait qu’il n’y ait pas de repentir car je ne peux pas gommer les crayons que j’utilise. Une erreur peut rester une erreur, mais elle peut aussi donner quelque chose d’intéressant.

A quoi ressemble une journée type de travail ?

Si j’ai une commande, comme cela s’est produit récemment pour le Fooding, j’ai un cahier des charges auquel je réfléchis pendant un moment. Je travaille avec une banque d’images. Quand j’étais petite, je découpais dans les magazines et je constituais des cahiers entiers remplis d’images et de photos récupérées. Aujourd’hui, quand je démarre une commande, je regarde ma banque d’images pour inventer une composition. Au moment de dessiner, il y a toujours une part d’imprévu, même si on ne l’imagine pas forcément car mes dessins sont très construits je crois. Ca peut être une couleur qui va m’emmener dans une direction inattendue.

Britney, crayons de couleur et pastel sur papier, 2011. 19 x 19cm

Vous avez récemment produit une série de dessins pour le Fooding. Comment s’est passé la commande ? Avez-vous ressenti des contraintes liées à ce type de travail ?

J’ai bénéficié d’une grande liberté, ce qui n’est pas toujours le cas dans l’illustration. On m’a demandé de réaliser dix dessins sur le thème de la province. J’étais complètement libre, il fallait juste que j’invente une histoire. En illustration, un minimum de narration est nécessaire, sinon ça ne marche pas. Dans le cas du Fooding, j’ai imaginé une voiture rouge qu’on retrouve dans chaque dessin. Je dirais que les deux principales contraintes d’une commande sont le délai de livraison d’une part et la compréhension du travail proposé d’autre part.

La Montagne, crayons de couleur sur papier, 2012. 21 x 29,7cm

J’ai envie de vous poser une question plus intime : quel serait votre rêve ?

Mon rêve serait de rester curieuse et inspirée. L’horreur pour moi, ça serait que le crayon me tombe des mains. Ca arrive parfois… Mais ça fait longtemps que ça ne m’est pas arrivé. Je pense qu’il faut juste être patient et insister.

Et enfant, quels étaient vos rêves ?

Je n’en avais pas. Je voulais juste être tranquille ! Je plaisante. Je voulais être connue. Je crois qu’on dessine aussi pour que les dessins soient regardés.

Quels sont vos projets à court et plus long terme ?

Je n’ai que des projets à court terme. Pour l’instant, je souhaite continuer la série sur cette actrice (NDLR Dakota Fanning). J’ai pas mal d’idées, que je dois mettre en pratique, pour voir si elles fonctionnent.

http://www.alinezalko.com/

Toutes les images : Courtesy de l’artiste

Série Objets, crayons de couleur et pastel sur papier, 2012. 21 x 29,7cm


Philippe Perrin

Posted: October 6th, 2012 | Author: | Filed under: interviews | Tags: | No Comments »

Hommage à Jacques Mesrine, reconstitution de la voiture de Jacques Mesrine,
sérigraphies des principales unes de la presse, 1991. Biennale de Lyon

La première exposition de Philippe Perrin se tient en 1987 à Grenoble, à l’Orangerie de la ville. Hommage à Arthur Cravan est une installation mettant en scène un ring de boxe de 6m sur 6 d’une part, et une photographie aux dimensions similaires représentant deux boxeurs. Dès ses débuts, le décor est planté et il est déjà question de ring et de boxe, véritables pivots dans le travail de Philippe Perrin, auxquels s’ajoutent l’imagerie des gangsters, les armes, les médias, qu’il se plait à détourner.
Il a exposé récemment à la 11e Biennale de la Havane une mitraillette surdimentionnée faite en filet de camouflage noir. L’ensemble prend place sur le gazon de l’ancien parcours de golf de Fulgencio Batista, militaire élu à la Présidence de la République et évincé à la suite de la Révolution cubaine.
Entre ses débuts et aujourd’hui, Philippe Perrin ne s’est jamais égaré. Il est resté très cohérent et fidèle aux thématiques qui l’intéressaient, en les traitant différemment, par la photographie, la peinture, la sculpture ou la performance.

Il a accepté de se plier au Questionnaire de Proust.
Interview sans langue de bois.

Philippe Perrin’s first exhibition took place in Grenoble, at l’Orangerie de la ville, in 1987. Hommage à Arthur Cravan is an installation with a boxing ring 6 metros long and a black and white photograph depicting two boxers. Since the start of his career, boxing is a major topic in his work and, in addition, mobster’s world, weapons, media: he likes to subvert them all.
He recently displayed an oversized submachine gun made of black camouflage net at the 11th Havana Biennal. The whole thing was set on the lawn of Fulgencio Batista’s former golf course. He was in the military and elected president before being ousted when the Cuban Revolution broke out.
Between his debut and today, Philippe Perrin did stay focused. He remained consistent and true to the themes he is interested in, dealing with them using various ways, such as photography, painting, sculpture or performance.

He agreed to answer the Proust Questionnaire.
No stonewalling in the interview.

Votre idée du bonheur absolu
La paix.
What is your idea of perfect happiness?
Being peaceful.

Votre plus grande crainte
La mort.
What is your greatest fear?
Death.

Votre principal défaut
L’anxiété.
What is the trait you most deplore in yourself?
Anxiety.

Quel trait de caractère avez-vous en horreur ?
La mesquinerie, les petites gens, les enculés, les saloperies, les radins. Je les mets tous dans le même sac.
What is the trait you most deplore in others?
Meanness, the little people, the cocksuckers, the crap, the skinflints. I tar all of these with same brush.

Quelle personnalité vivante admirez-vous le plus ?
Mohamed Ali. Et Mike Tyson.
Which living person do you most admire?
Muhammad Ali. And Mike Tyson.

Votre plus grand luxe
Le sommeil…
What is your greatest extravagance?
Sleeping…

Heaven, fonte d’aluminium, diamètre 340 cm, 2006. Installation dans l’église Saint-Eustache, Nuit blanche 2006

Votre état d’esprit du moment
Un peu d’inquiétude, à savoir ce que je vais répondre comme conneries ! Mais je suis plutôt relax.
What is your current state of mind?
I’m a little worried about the bullshit I’m gonna say! I’m relaxed though.

Une vertu surfaite
Le dandysme des cafés de Saint-Germain-des-Prés.
What do you consider the most overrated virtue?
Saint-Germain-des-Prés’ cafés dandyism.

A quelle occasion mentez-vous ?
A peu près tout le temps et en même temps jamais. Mais j’essaie de ne pas me mentir à moi-même, c’est déjà pas mal.
On what occasion do you lie?
Pretty much all the time and at the same time, I never lie. Above all, I try not to fool myself. It’s not bad for a start.

Ce qui vous déplait dans votre physique
Un peu de gras au ventre. Mais ça va fondre.
What do you most dislike about your appearance?
My belly doesn’t fit at the moment. But it won’t last.

Quelle est la personne que vous méprisez le plus ?
Il y en trop. Vraiment trop.
Which living person do you most despise?
There is too many for sure.

La qualité que vous préférez chez un homme
Sa soeur.
What is the quality you most like in a man?
His sister.

La qualité que vous préférez chez une femme
Sa beauté, au sens large du terme.
What is the quality you most like in a woman?
Her beauty, in every sense of the word.

Quels sont les mots que vous employez le plus souvent ?
“Vas te faire enculer” et “sac à merde”.
Which words or phrases do you most overuse?
« Go fuck yourself » and « douchebag ».

Votre grand amour
J’ai bien peur que ça ne soit moi-même !
What or who is the greatest love of your life?
I’m afraid it’s myself.

Bajo el Fuego, enclos métallique, filet de camoufage noir, longueur 20 m, hauteur 1 m, 2012. 11e Biennale de la Havane

Bajo el Fuego (détail)

Quand et où étiez-vous le plus heureux ?
Dans un pays lointain, sur une plage, en mangeant des fruits avec un pote. Un truc simple en somme. Un cliché.
When and where were you happiest?
That would be in a remote place, on the beach, eating fruits with a buddy. Real simple stuff. In a way it’s a cliché.

Quel talent souhaiteriez-vous avoir ?
J’en ai trop et je me disperse. Il faudrait que j’en aie moins ! Plus sérieusement : le droit, car c’est quand même très pratique.
Which talent would you most like to have?
I’m gifted and I tend to dissipate. I wish I could be less gifted! More seriously, I’d be interested in learning about law, because it’s useful.

Si vous pouviez changer une chose vous concernant, quelle serait-elle ?
Ne jamais avoir fumé de cigarettes de ma vie. Donc la dépendance.
If you could change one thing about yourself, what would it be?
I wish I never started smoking cigarettes. The answer is dependency.

Qu’avez-vous accompli de mieux ?
(rires) J’ai bien co-éduqué mes neveux et nièces.
What do you consider your greatest achievement?
(laughs) I did all right with the co-education of my nephews and my nieces.

Imaginons que vous vous réincarniez en une personne ou une chose. Quelle serait-elle ?
Je ne sais pas en quoi j’aimerais me réincarner mais je sais ce que je ne voudrais surtout pas être : un âne au Maroc. Ils prennent des coups de bâton toute la journée.
If you were to die and come back as a person or a thing, what would it be?
I don’t know about this but I know for sure I wouldn’t like to reincarnate in some donkey in Morocco. Because they get kicked all day long with some sticks.

Où souhaiteriez-vous vivre ?
Je suis revenu de Suisse hier et j’ai trouvé Paris magnifique. On veut toujours vivre ailleurs mais finalement on revient toujours à la base. J’ai vécu à Malte pendant un moment. Mais c’est une île, une île au soleil et au bout d’un certain temps, on s’emmerde et on a envie d’être à Paris et de faire du scooter. J’avais pensé à aller m’installer à Bruxelles mais maintenant que Bernard Arnault y est…
Where would you most like to live?
I came back from Switzerland yesterday and I said to myself that Paris is a beautiful city. You always wish to live somewhere else but in the end you come back to the base. I lived in Malta for quite some time. But it’s an island. Even if it’s in the sun, you eventually get bored and you want to go back to Paris driving your scooter. I thought about settle in in Brussels but now that Bernard Arnault is living there…

Ce que vous possédez de plus cher
La bague de l’oncle de mon père, Rocco Tricoli. Il était sicilien.
What is your most treasured possession?
Rocco Tricoli’s ring. He was my father’s uncle and he was Sicilian.

Qu’est ce qui est selon vous un marqueur de misère ?
Un film m’a marqué quand j’étais plus jeune : Le Signe du lion, d’Eric Rohmer. Un type ouvre une boîte de sardines à l’huile et tache son pantalon. A partir de ce moment précis, cette tache, c’est le début de la clochardisation pour lui.
What do you regard as the lowest depth of misery?
Some movie I watched when I was younger: Eric Rohmer’s Le Signe du lion. As for the plot, it’s about this guy who opens a can filled with sardine in oil and he gets himself dirty on his pants. From the moment he gets this stain, he’s reduced to vagrancy bit by bit.

Death or Glory, gymnase, ring, lumière, brouillard, son, 2006. Salle Carpentier, Nuit blanche 2006

Votre activité préférée
La boxe.
What is your favorite occupation?
Boxing.

Qu’est ce qui vous caractérise le plus ?
Je suis colérique.
What is your most marked characteristic?
My hot temper.

Ce que vous appréciez le plus chez vos amis
Leur fidélité.
What do you most value in your friends?
Their faithfulness.

Quels sont vos auteurs favoris ?
François Villon, Voltaire, Joe Strummer.
Who are your favorite writers?
François Villon, Voltaire, Joe Strummer.

Votre héros fictionnel
Quand j’étais petit c’était Candide. Et Mandrake le magicien.
Who is your hero of fiction?
Growing up it was Voltaire’s Candide. And Mandrake the Magician.

A quel personnage historique vous identifiez-vous le plus ?
Jesse James, Louis Mandrin, des bandits de grand chemin.
Which historical figure do you most identify with?
Jesse james, Louis Mandrin, highwaymen in general.

Vos héros dans la vraie vie
Les mêmes !
Who are your heroes in real life?
The same people!

The Magnificent Seven, 7 balles de différents calibres, longueur 300 cm, hauteur 250 cm, 2007

Quels sont les noms que vous préférez ?
Les noms du rock anglo-saxon qui commencent par “J”. John, Johnny, Jimi, Joe..
What are your favorite names?
Names from the rock’n roll beginning with a “J”. John, Johnny, Jimi, Joe…

Que détestez-vous par dessus-tout ?
La médiocrité.
What is it that you most dislike?
Mediocrity.

Votre plus grand regret
J’en ai tellement. Comme tout le monde, non ? Du coup, on est obligé de ne plus en avoir.
What is your greatest regret?
I have so many. Like everybody I think. So you have to live with no regrets.

Comment voudriez-vous mourir ?
Avec mes boots.
How would you like to die?
Wearing my boots.

Votre devise
Rendez-vous au ciel, surtout attend-moi, certains ont des ailes, moi je n’en ai pas…
What is your motto?
Meet me in heaven, wait for me, some have wings, I do not…

http://www.philippeperrin.com/

contact Philippe Perrin : samantha@brownstonefoundation.org

Toutes les images : Courtesy de l’artiste

Room Service, photographie NB 110 x 160 cm, 2005


Olivier Metzger

Posted: August 28th, 2012 | Author: | Filed under: interviews | Tags: , , , | No Comments »

Gala, série Smile Forever, 2012, (modèle Tanya Drouginska)

Smile Forever, série montrée aux Rencontres d’Arles cette année, met en scène un personnage unique : une femme d’âge mûr. Vos photos montrent la plupart du temps des sujets isolés, qu’il s’agisse de personnages, d’animaux ou d’objets. Je me demandais ce qui conditionnait ce choix.

Oui, c’est vrai que j’aime bien être assez direct et avoir un référent dans l’image et le désigner par la lumière. J’emploie toujours une lumière dirigée sur le sujet qui est isolé, comme enrobé dans le noir – car je fais beaucoup de photos la nuit. J’aime bien cette construction minimale également, et le fait de sculpter la lumière sur le sujet favorise ce découpage du personnage ou de la figure sur le fond.

Cette femme semble contempler sa jeunesse passée mais la série montre également la beauté de cette femme, elle la révèle au spectateur. Il y a en filigrane la notion du corps, n’est-ce-pas ?

Je voulais montrer cette beauté intemporelle. Elle a été mannequin dans sa jeunesse et l’est toujours pour des marques prestigieuses avec beaucoup de talent, elle est également comédienne et souhaite vraiment devenir une grande actrice. D’ailleurs, j’ai été bluffé par son sens de l’improvisation sur les prises de vue, elle fut extraordinaire. De mon côté, je voulais faire une série sur le thème du corps depuis longtemps. J’avais déjà approché des cascadeurs ou des gens qui gagnent leur vie grâce à leur corps. Lorsque j’ai croisé le regard de Tanya Drouginska, je me suis dit que c’était le modèle parfait pour ce que j’avais en tête : une beauté intemporelle et les années qui semblent glisser sur elle.

Est ce qu’il y a aussi, au delà du rapport au corps, un rapport à la sculpture ?

Oui, c’est certain. Cela dit, ce ce qui concerne ce travail, je parlerais plus d’enveloppe que de sculpture.

Souvenirs, série Smile Forever, 2012

Comment se sont déroulées les prises de vue ?

Les prises de vue se sont déroulées en plusieurs temps, en fonction de nos emplois du temps respectifs. J’ai commencé à faire des prises de vue non loin de chez moi avec elle dans des lieux que j’avais repérés. On a essayé de faire des images dans des environnements qui nous étaient familiers à tous les deux pour nourrir la fiction et faire exister ce personnage que je voulais intriguant au départ. De mon côte, j’ai sélectionné les différents lieux en fonction de leurs qualités plastiques. L’ensemble est donc mis en scène et mélange réalité et fiction, afin de brouiller les pistes. En tout cas, il ne s’agissait pas de construire un récit mais bien de construire un univers, des ambiances qui flirtent avec le cinéma.

Toutes les images de la série sont liées à cette femme de manière manifeste, excepté le paysage de montagne. Pourquoi avoir choisi de montrer cette image ?

J’avais envie qu’il y ait des contrepoints. Cette image de montagne incite le spectateur à s’interroger. On ne sait pas si c’est un endroit qu’elle connait, ou qu’elle a connu auparavant. Est-ce-qu’un drame s’est déroulé la-bas ? Ce paysage de montagne apparait deux fois dans l’exposition présentée aux Rencontres d’Arles et mon idée était de créer une filiation entre les images ou elle apparait et la montagne, ouvrir par ces occasions le cadre sur des vues moins concentriques. A Partir de fragments d’histoires et de mon vécu personnel, j’ai décidé d’intégrer ces paysages, dans l’objectif de prolonger le récit et d’apporter des ramifications inattendues. Et il me semblait que ces images s’intégraient bien au reste de la série d’un point de vue plastique pour faire sens.

Bergenzelwaldes (panorama), 2011

Dans les séries Smile Forever et Nightshot, l’utilisation de la lumière artificielle, le traitement de la couleur ainsi que les postures des personnages, rappellent le cinéma – David Lynch par exemple – ou encore les photographes de la scène américaine, tels que Jeff Wall ou William Eggleston.

Des photographes comme Jeff Wall ou William Eggleston m’ont marqué, c’est évident. Eggleston pour la couleur, l’intérêt pour le vernaculaire, et Jeff Wall pour la gestuelle, les personnages placés dans des décors qui sont parfaitement mis en scène. Donc il est possible que je traîne avec moi un bagage référentiel.
Mais je fais les choses de manière assez intuitive, je ne pense pas à ces références lorsque je fais des photos.
Le cinéma m’intéresse beaucoup : des réalisateurs comme Harmony Korine ou Wim Wenders, mais aussi les cinéastes qui ont traité le road movie. Il y aussi des artistes contemporains : Jenny Holzer, le photographe Philip-Lorca diCorcia. Je les considère un peu comme des repères, dans la mesure où j’ai été saisi lorsque j’ai découvert leur travail. J’aime aussi le cinéma de Bruno Dumont pour ses plans très photographiques. Mon champ référentiel est vaste et je peux aussi être touché par une image que je découvre dans la presse ou une image de mode dans un féminin que je feuillette dans une salle d’attente, mais aussi par un objet ou une architecture quelconque.

Sur la couverture du dernier numéro de Focus Magazine – avec lequel vous collaborez notamment pour la réalisation des couvertures – on voit deux garçons aux cheveux roux en train de se baigner dans l’océan. L’image est baignée de lumière et la picturalité de l’ensemble pourrait faire penser à de la peinture. Ce travail récent marque-t-il un tournant dans votre pratique ?

J’ai réalisé cette image dans le cadre d’une commande passée par le Comité départemental du tourisme et MyProvence Festival, qui travaille avec Uzik. J’ai fait une série sur Marseille et ses environs en travaillant de jour avec très peu de lumière. J’avais envie de me débarrasser des choses encombrantes comme mes générateurs flash, les pieds, les projecteurs etc. Et donc ces images sont beaucoup moins élaborées d’un point de vue technique mais j’y ai trouvé mon compte pour me reconcilier avec une photographie que je pratiquais il n’y a pas si longtemps que ça… Je souhaite revenir à des choses plus simples, prises sur le vif, et qui ne nécessitent pas forcément toute une mise en scène : un morceau de paysage peut me suffire par exemple. C’est vrai que la photo que vous mentionnez fait partie d’une série pour laquelle j’ai mis de côté le traitement de la lumière dans l’obscurité pour basculer vers des images diurnes. Il m’arrive d’utiliser du flash de jour pour figer des scènes mais en n’utilisant qu’une source, fixée sur l’appareil.

La série d’images produites pour Le Voyage à Nantes montre différents lieux qui ne sont pas nécessairement les endroits les plus emblématiques de la ville, mais qui témoignent d’un séjour prolongé. Comment avez-vous travaillé pour cette série ?

L’équipe du Voyage à Nantes a fait appel à moi pour avoir des photos de nuit, ce qui m’a donné une ligne directrice dès le départ. La nuit, la ville ne se montre pas de la même manière, le paysage est souligné de façon différente avec la lumière artificielle entre autre. Je leur ai dit que je ne comptais pas prendre en photo le château car je ne voulais pas obtenir une écriture photographique qui soit médiévale ou proche du fantastique. Au contraire, je voulais montrer des lieux qui soient identifiables, mais pas trop connotés, comme ce bâtiment d’architecte sur l’île de Nantes (le bâtiment Manny) ou la Tour Bretagne. Donc on a trouvé un bon compromis. L’équipe de Jean Blaise a adhéré à mes propositions. Mon regard plus transversal sur la ville les a intéressé.
Je suis allé à Nantes à deux reprises pendant une semaine. Un Nantais m’assistait et se promenait avec moi en voiture. J’ai adoré ce projet, qui s’est vraiment construit au jour le jour. C’est le casting qui a été le plus compliqué finalement : trouver des gens disponibles. J’avais envie d’un regard sur la ville un peu rétro, presque un peu daté.
L’affiche est la seule image pour laquelle il y avait un vrai cahier des charges. Elle a été réalisée après la série. On m’a présenté un croquis : le van et les personnages qui le conduisent et la grue de l’île de Nantes visible en arrière plan. C’est aussi la seule image qui ne relève pas d’une déambulation dans la ville mais d’une demande formelle.

Image extraite d’une campagne pour Adidas, 2010

Des marques vous sollicitent pour participer à la création de leur identité visuelle. Si les images commerciales, en règle générale, instaurent une distance entre le spectateur et le sujet, vos photographies, quant à elles, évoquent un rapport qui serait presque de l’ordre de l’intime. Comment abordez-vous une commande pour une marque ?

En général il y a des balises, avec une demande assez précise de la part de la marque, qu’il s’agisse de la visibilité du produit ou du personnage mis en avant. La marge de liberté qui m’est accordée n’est pas énorme car c’est le client qui décide du cadrage, du format etc. De mon côté, j’essaie toujours de proposer des variantes. Avec Adidas, on a travaillé de façon assez habile : ils m’ont laissé libre sur le plan artistique par exemple.

En 2011 s’est tenue à la Fondation d’entreprise Hermès l’exposition intitulée We Came Along this Road, qui rassemblait un ensemble de vos photographies. Comment s’articule ce type d’exposition commissionnée par une grande marque ?

Je n’ai senti aucune pression de la part d’Hermès, bien au contraire, l’organisation et les conditions étaient “royales”. J’ai eu carte blanche, de la production des photos jusqu’à l’accrochage à la Fondation. Je n’ai pas senti de différence entre une exposition au sein d’un grand groupe comme Hermès et une institution publique.

Brick, série Nightshot, 2009

Vous êtes sorti diplômé de l’Ecole Nationale Supérieure de la Photographie en 2004, après avoir suivi un cursus totalement différent puisque vous avez exercé en tant qu’infirmier en milieu hospitalier. Pouvez-vous revenir sur votre parcours et évoquer ce changement concernant votre orientation professionnelle ?

J’avais vint-six ans, je travaillais depuis cinq ans dans une unité de soins et je faisais de la photo depuis mon adolescence. Je me suis dit qu’il fallait que je me lance, j’avais vraiment envie de faire une école de photographie et l’Ecole d’Arles offrait la possibilité de ne faire que ça pendant trois ans. A ce moment là, je n’excluais pas du tout le fait de revenir travailler à l’hôpital après l’Ecole car j’aimais bien mon métier : le rapport avec les patients, le fait de travailler en équipe etc. J’ai donc passé le concours d’entrée pour l’Ecole d’Arles, tout en sachant qu’il y avait plusieurs centaines de candidats pour seulement vingt-cinq places. Je n’y croyais pas trop et finalement j’ai été reçu. J’étais ravi. Je me suis énormément investi à l’Ecole, d’ailleurs, je ne considérais pas ça comme du travail. L’Ecole restant ouverte jusqu’à 23h, je restais le soir pour pouvoir utiliser les outils qui étaient à notre disposition.

Vous êtes basé en Arles. La galerie qui vous représente, Bertrand Grimont, est à Paris. Que pensez-vous des différences entre Paris et la province en ce qui concerne les projets ?

Je travaille de plus en plus avec Air France Magazine, ce qui m’amène à voyager dans le monde entier pour traiter des sujets sur le mode du reportage en quelque sorte. Je dois ramener des images pour illustrer des destinations. Je passe aussi du temps à Paris et parfois à Marseille. Mais c’est vrai que j’ai très peu de réalisations dans la région d’Arles. Lorsque c’est le cas, c’est pour la presse : des sujets pour Libération, Le Monde ou Télérama. S’il y a un portrait à réaliser dans la région, ils me contactent.
J’ai la chance d’avoir Bertrand Grimont qui me représente à Paris. Si Air France Magazine a fait appel à moi, c’est parce que le directeur artistique du magazine a vu deux de mes photos sur la stand de la galerie pendant la Fiac. Il faut savoir que je n’ai jamais démarché, c’est une chance car j’ai acquis une visibilité qui m’apporte du travail et des projets et cela depuis ma sortie de l’école.

A quoi ressemble une journée type de travail ?

Il n’y a pas de journée type. La plupart du temps, ça commence par des mails, une demande puis des coups de fil. Ensuite se pose la question des éventuels repérages, un échange d’images, le déplacement pour la prise de vue et enfin le travail de postproduction. Lorsque je travaille pour une grosse firme, il y a souvent un budget pour la postproducion, et lorsque ce n’est pas le cas, c’est moi qui le fait. J’aime bien faire ce travail là moi-même : les retouches, la postproduction numérique etc. Je préfère avoir la mainmise sur cette étape finale. J’ai remarqué qu’au fil des années, la prise de vue est un temps qui devient de plus en plus court, même si elle reste primordiale. C’est surtout l’avant et l’après qui prennent le plus de temps, le temps de travail s’est déplacé avec l’utilisation du numérique. En ce qui me concerne, je m’efforce d’intervenir de moins en moins dans mes photos, c’est-à-dire d’être de plus en plus “propre” à la prise de vue. C’est aussi une manière de gagner du temps lorsque les commandes s’enchaînent…

Quel type d’appareil utilisez-vous ?

Depuis la sortie de l’école en 2004, je travaille exclusivement en numérique. J’avais eu une année charnière pendant laquelle j’utilisais l’argentique avec un moyen format. J’ai investi au fur et à mesure que je gagnais ma vie dans du matériel numérique – qui devient assez vite obsolète malheureusement. En ce moment je travaille avec un moyen format numérique, qui est tout aussi contraignant qu’un moyen format argentique, si ce n’est qu’on obtient une image instantanée. J’ai également un reflex numérique un peu plus rapide dont je me sers pour la presse lorsque je dois faire des portraits.

Fire, série Nightshot, 2011

Quelles sont les principales contraintes rencontrées lors des prises de vue nocturnes par exemple ?

La plupart du temps je travaille avec du matériel d’éclairage autonome, afin de poser mon cadre là où j’en ai envie : dans une forêt ou sur le bord d’une route. Ca m’évite d’avoir à me soucier d’être raccordé au réseau électrique. La contrainte se formule plutôt en terme d’autonomie parce que j’ai un nombre d’éclairs limités. Lorsqu’on travaille en flash et de nuit, on n’est pas en lumière continue et le résultat n’est pas visible immédiatement. Moi qui travaille en manuel, ce n’est pas toujours facile de faire le point lorsqu’on travaille de nuit.
A défaut d’être une contrainte, la prise de vue nocturne génère également un léger stress, il y a quelque chose d’un peu anxiogène et magique à la fois qui me stimule également.

Vous êtes seul lorsque vous travaillez la nuit ?

Ca dépend. En général je suis seul. Pour la série Nightshot, je partais en voiture, sans trop savoir où j’allais en empruntant des petites routes. Je rentrais bredouille assez souvent mais la série est née comme ça.

http://oliviermetzger.com

http://www.bertrandgrimont.com

Images : Courtesy de l’artiste et de la Galerie Bertrand Grimont

 


Jean-Luc Verna

Posted: March 13th, 2012 | Author: | Filed under: interviews | Tags: , | No Comments »

Brice Dellsperger / Jean-Luc Verna, La Conservera (Salas Veronicas), Murcia, 2011

Though Jean-Luc Verna does collaborate on a regular basis with artists from different backgrounds (playing all the characters in Brice Dellsperger’s films, or dancing for Gisèle Vienne’s choreographies), drawing – a quite lonesome activity – is his favorite way of expressing himself. As he states, he has drawn for quite a long time. He also likes the great freedom drawing provides.
Verna’s world is influenced by High and Low Culture, art displayed in museums, the 19th century, the Renaissance, rock & roll, sex, the Old Masters…
His work focuses on the body, his own body precisely. He does not consider it as a work of art in itself – unlike the artist Orlan – but as a work in progress, that could be shaped, adorned, modified… It is Verna’s self-portrait under construction, taking various aspects: drawing, photography, music or performance.

I visited Jean-Luc Verna at his studio on a nice sunny afternoon. We had tea and he answered the Proust Questionnaire. Here are his quotes.

Si Jean-Luc Verna collabore régulièrement avec des artistes issus d’horizons variés (on l’a notamment vu acteur jouant tous les rôles dans les films de Brice Dellsperger, ou danseur pour Gisèle Vienne), son médium de prédilection, le dessin, est une activité solitaire. Il dit avoir toujours dessiné et apprécier la grande liberté que le dessin procure.
Son univers oscille entre ce que l’on nomme haute et basse culture, l’art des musées, le XIXe, la Renaissance, le rock, le sexe, les grands maîtres…
Au coeur de sa démarche : le corps, envisagé non pas comme une oeuvre d’art – à la différence d’Orlan – mais davantage comme un chantier permanent, que l’artiste façonne, décore, corrige… C’est un autoportrait en cours, qui se décline en diverses facettes, par le dessin, la photo, la musique ou la performance.

Jean-Luc Verna m’a ouvert les portes de son studio par un bel après-midi ensoleillé. Nous avons bu du thé et il a répondu au Questionnaire de Proust. Voici ses réponses.

What is your idea of perfect happiness?
achievement
Votre idée du bonheur absolu
l’accomplissement

What is your greatest fear?
oblivion / solitude
Votre plus grande crainte
l’oubli / la solitude

What is the trait you most deplore in yourself?
fear, social cowardliness
Votre principal défaut
la crainte, être peureux

What is the trait you most deplore in others?
narrow-mindedness
Quel trait de caractère avez-vous en horreur ?
l’étroitesse d’esprit

Which living person do you most admire?
Quelle personnalité vivante admirez-vous le plus ?
Siouxsie Sioux!

What is your greatest extravagance?
wasting time and energy
Votre plus grand luxe
perdre du temps et de l’énergie

What is your current state of mind?
fucking late
Votre état d’esprit du moment
en retard

What do you consider the most overrated virtue?
the way modernity is perceived nowadays
Une chose surestimée
la conception de la modernité de nos jours

On what occasion do you lie?
I lie about my age and my weight
A quelle occasion mentez-vous ?
je mens au sujet de mon âge et de mon poids

What do you most dislike about your appearance?
not enough muscle yet, not powerful enough
Ce qui vous déplait dans votre physique
pas assez de muscle, pas assez de puissance pour le moment

Which living person do you most despise?
my mother, right after Nicolas Sarkozy and also the Artist Pension Trust
Quelle est la personne que vous méprisez le plus ?
ma mère, juste après Nicolas Sarkozy, et l’Artist Pension Trust

What is the quality you most like in a man?
the acceptance of his own weakness
La qualité que vous préférez chez un homme
l’acceptation de ses propres faiblesses

What is the quality you most like in a woman?
strength
La qualité que vous préférez chez une femme
la force

Which words or phrases do you most overuse?
fuck! shit! every rude word I can use
Quels sont les mots que vous employez le plus souvent ?
putain ! merde ! tous les gros mots

What or who is the greatest love of your life?
Siouxsie Sioux, Florence Bonnefous, Gisèle Vienne and my man
Votre grand amour
Siouxsie Soiux, Florence Bonnefous, Gisèle Vienne et mon homme

When and where were you happiest?
every time I was on stage (even if it was difficult)
Quand et où étiez-vous le plus heureux ?
chaque fois que je suis sur scène (même si c’est très dur)

Which talent would you most like to have?
I’d like to play music, the guitar or the piano
Quel talent souhaiteriez-vous avoir ?
j’aimerais jouer d’un instrument, la guitare ou le piano

If you could change one thing about yourself, what would it be?
my deplorable genetic heritage
Si vous pouviez changer une chose vous concernant, quelle serait-elle ?
mon déplorable héritage génétique

What do you consider your greatest achievement?
to be a working artist
Qu’avez-vous accompli de mieux ?
être un artiste qui travaille

If you were to die and come back as a person or a thing, what would it be?
the same!
Imaginons que vous vous réincarniez en une personne ou une chose. Quelle serait-elle ?
le même !

Where would you most like to live?
#1 New York
#2 Barcelona
#3 Paris (sadly, no other option for artists living in France)
Où souhaiteriez-vous vivre ?
#1 New York
#2 Barcelone
#3 Paris (pas d’autre choix malheureusement lorsqu’on est artiste en France)

What is your most treasured possession?
my tattoos
Ce que vous possédez de plus cher
mes tatouages

What do you regard as the lowest depth of misery?
tendencies
Qu’est ce qui est selon vous un marqueur de misère ?
les tendances

What is your favorite occupation?
be a working artist!
Votre activité préférée
être un artiste qui travaille !

What is your most marked characteristic?
my way of dealing with the world
Qu’est ce qui vous caractérise le plus ?
ma façon d’appréhender le monde qui m’entoure

What do you most value in your friends?
they are faithful to me and to themselves
Ce que vous appréciez le plus chez vos amis
qu’ils me soient fidèles, ainsi qu’à eux-mêmes

Who are your favorite writers?
Marguerite Duras and Georges Bataille are my favorite. There are also many others, such as Jean de Palacio and those from the ‘Bibliothèque décadente’, François Villon, Catulle Mendès, Jean Lorrain, Philip K. Dick, Dan Simmons…
Quels sont vos auteurs favoris ?
Mes préférés sont Marguerite Duras et Georges Bataille. Mais il y en a tellement d’autres, comme par exemple Jean de Palacio et les auteurs de la “Bibliothèque décadente”, François Villon, Catulle Mendès, Jean Lorrain, Philip K. Dick, Dan Simmons…

Who is your hero of fiction?
Havok, a rebellious member of the X-Men
Votre héros fictionnel
Havok, un X-Men renégat

Which historical figure do you most identify with?
I do not identify myself with the people who inspire me, I can’t do that
A quel personnage historique vous identifiez-vous le plus ?
je ne m’identifie pas aux gens qui m’inspirent, je suis incapable de le faire

Who are your heroes in real life?
the real anarchists
Vos héros dans la vraie vie
les vrais anarchistes

What are your favorite names?
Igor, Rolf, Siouxsie, Suzy, Violante, which is quite uncommon. But not mine!
Quels sont les noms que vous préférez ?
Igor, Rolf, Siouxsie, Suzy, Violante, qui est assez peu commun. Mais pas le mien !

What is it that you most dislike?
religions
Que détestez-vous par dessus-tout ?
les religions

What is your greatest regret?
I totally fucked up my sexuality. I never really made it, even though I tried so hard
Votre plus grand regret
J’ai vraiment merdé avec ma sexualité, même si je me suis donné beaucoup de mal pour que ça marche

How would you like to die?
in peace with myself
Comment voudriez-vous mourir ?
en paix avec moi-même

What is your motto?
too late to die
Votre devise
trop tard pour mourir

Les Tuileries, transfert sur papier ancien réhaussé de crayon de couleur, 36.5 x 46.2 cm, 2011

Réenchantement, Vent des Forêts, Meuse, 2010

http://jlverna.online.fr/

http://www.airdeparis.com/

 


Jean-Paul Goude

Posted: January 11th, 2012 | Author: | Filed under: interviews | Tags: , , | No Comments »

Enfant, je commençais par faire des dessins, puis j’en tirais des histoires.”
Jean-Paul Goude, Jungle Fever, 1983

Nul besoin d’introduire Jean-Paul Goude : un artiste complet, à la fois graphiste, illustrateur, photographe et réalisateur de films publicitaires.
En France, le public le connait surtout parce qu’il a conçu et orchestré le défilé du Bicentenaire de la Révolution française en 1989, à la demande du gouvernement. Un an de travail et plus de 8000 costumes sont nécessaires pour donner vie à cette parade décalée qui reste gravée dans les mémoires.
Auparavant, Jean-Paul Goude a fait ses armes aux Etats-Unis dans un premier temps, comme directeur artistique du magazine Esquire, qu’il quitte en 1976.
Il façonne l’image de Grace Jones dont il réalise plusieurs clips au début des années 80. Il conçoit également la mise en scène de ses spectacles, qui deviennent alors de véritables tableaux vivants.
Les films publicitaires qu’il tourne ensuite montrent à quel point l’homme est prolifique : Kodak, Perrier, Lee Cooper, Egoïste de Chanel, Coco de Chanel… Allez les voir ou les revoir :
http://www.jeanpaulgoude.com/
Depuis 2001, il est directeur artistique des Galeries Lafayette, et donc chargé, à ce titre, d’insuffler une bonne dose de mode sur les billboards de la capitale.
Il y a quelques temps, j’ai eu la chance qu’il me reçoive dans son studio parisien ;  un endroit agréable, très lumineux, bordé sur un côté par une immense bibliothèque remplie de livres d’art. Jean-Paul Goude parle d’une voix posée et le ton est enjoué.

Adeline Wessang : Lorsque je me suis documentée pour préparer cet entretien, j’ai remarqué qu’il existait un certain nombre de termes pour vous qualifier : illustrateur, artisan de l’image, touche-à-tout… On dirait que les gens ne savent pas comment vous définir.

Jean-Paul Goude : Moi aussi, j’ai du mal à me définir. Le fait est que je réponds souvent à côté et que de toute façon, les journalistes ont tendance à se focaliser sur ce pourquoi je suis le plus connu : la publicité et le Bicentenaire.
S’il vous plait, pas touche-à-tout, c’est trop péjoratif, même carrément blessant parce que ça suggère une désinvolture, voire une légèreté qui ne cadrent pas avec ma façon d’appréhender le travail. S’il m’arrive de me servir de techniques très différentes les unes des autres, c’est toujours pour avancer le même point de vue.
Depuis toujours, à tort ou à raison, même bien avant d’entrer aux Arts Décoratifs, j’ai considéré que mes centres d’intérêts tels la danse, le style et les magazines conditionneraient mon parcours. J’avais une attitude d’artiste et je ne me voyais pas faire autre chose.
Les années ont passé et il a bien fallu que je gagne ma vie. Je dois mon premier contrat à un grand magasin parisien pour lequel j’avais dessiné une énorme fresque inspirée de ma bande de copains de Saint-Mandé.

lampe en néon, 1968

Il faut auparavant préciser qu’Albert Velli, un autre copain des Arts Déco et moi-même avions dessiné et réalisé une série de lampes en néon très inspirées -c’est le moins qu’on puisse dire- des sculptures en néon d’Antonakos et Kowalski. Il semble que par ailleurs, j’avais déjà retenu l’attention d’une personnalité du monde de l’art qui aurait pu changer mon destin.
En l’occurrence, François Mathey, le conservateur en chef du Musée des Arts Décoratifs qui avait entendu parler de moi et souhaitait me rencontrer.
A l’heure dite, accompagné de François Barré-qui lui succéderait bientôt- visiblement émerveillé par nos lampes, bien qu’elles ne soient que de pâles copies de sculptures bien connues, il me couvre de louanges.
Surpris et déçu qu’il se méprenne à ce point, je suggère -certes un peu maladroitement- qu’il regarde aussi mes dessins, que je considérais comme étant potentiellement plus intéressants et surtout beaucoup plus originaux que nos lampes. Je lui présente des croquis érotiques, ainsi que des annonces pour Franck et Fils, mais c’était peut-être le surestimer : en tout cas, il a trouvé ça mièvre. Le ton est monté et nous en sommes restés là. Bref, c’est à ce moment précis que j’ai eu la nette impression d’avoir perdu toute chance d’exister un jour dans le monde de l’art !
C’est beaucoup plus tard, alors que je contribuais déjà à Esquire qu’Harold Hayes, le rédacteur en chef du magazine a donc fait son entrée dans ma vie. Profitant de son séjour à Paris, où il était venu rencontrer Jean Genet, il voulait que je lui présente Jacques Prévert que je connaissais un peu, ce que j’ai fait.

L’art du graffiti, photographie peinte, Esquire, 1974

Lorsqu’on évoque Esquire, on parle de “nouveau journalisme”. Qu’avait en tête Harold Hayes?

C’est Harold qui en a pratiquement inventé le terme et quand on mentionnait les noms de Tom Wolfe, Gay Talese, Norman Mailer, voire Truman Capote, c’est à Esquire qu’on pensait immédiatement.
Quant à George Lois, le légendaire publicitaire auquel le magazine devait ses extraordinaires couvertures, il est incontestablement à l’origine du langage visuel d’aujourd’hui.
Cela dit, la concurrence qui s’annonçait de plus en plus sévère à laquelle s’ajoutaient les problèmes de ventes en kiosques, forçait Harold a constamment se remettre en question. Je crois qu’il s’était mis en tête qu’il n’y avait qu’à Paris qu’il trouverait un nouveau ton susceptible de doper les ventes d’Esquire dont Rolling Stone et PlayBoy lui volaient des parts de marché de plus en plus importantes.
Je crois qu’il cherchait une sorte de valeur ajoutée à George et à lui même; l’un contrôlait les mots, l’autre les couvertures, restait à trouver quelqu’un pour les images intérieures du magazine.
C’est là que Jean Lagarrigue et moi entrons en scène.

Donc Harold Hayes vous a choisi aussi parce que vous étiez européen et détenteur d’un savoir faire différent ?

Je pense, oui. Harold était avant tout un littéraire et il était très sensible aux métaphores. Je suppose que le style métaphorique qui nous caractérisait, Jean Lagarrigue, Charles Matton et moi-même lui convenait parfaitement. Nous contribuions tout les trois au magazine depuis plus d’un an, quand un jour, Harold me téléphone pour me demander si je ne connaitrais pas un directeur artistique. Ce à quoi je lui répond, avec mon opportunisme habituel, “si, moi”, mais sans vraiment y croire.
Deux semaines passent et il me rappelle pour m’annoncer que je suis engagé, alors que je ne connais rien ou presque à la direction artistique. Pris de panique à l’idée de travailler avec des intellectuels qui allaient tout de suite repérer mon inexpérience, j’appelle Lagarrigue pour lui demander s’il m’accompagnerait à New York pour partager mes fonctions. Il dit oui et on saute dans le premier avion.
Comme je viens de le dire, nous n’étions ni l’un ni l’autre de véritables directeurs artistiques.
Nous dessinions beaucoup, nous allions au musée; au bureau, je faisais de la sculpture dans un coin, pendant que lui dessinait de son côté. Il y avait un troisième mec, Bob Daniels qui faisait la mise en page proprement dite. Tout ça n’était pas très sérieux, mais Harold s’amusait et nous faisait confiance.

Parlons de la French correction, c’est aussi avant tout un jeu de mots ?

Qui n’est pas de moi, c’est la rédaction de Esquire qui en est l’auteur.

La French correction consiste principalement à travailler sur les proportions du corps, tout en n’étant pas du Body Art, qui était assez en vogue à l’époque.

Si ce n’était pas du Body Art à proprement parler, cela y ressemblait à sa manière. Nous avons développé le thème de la French correction sur huit pages. Deux mois plus tard, j’ai été invité par le Mike Douglas Show à m’exprimer sur le même sujet.
Vous savez, la French correction part d’un constat personnel car je suis mal foutu. Je me suis intéressé très tôt aux proportions du corps, puisque je dessine depuis que je suis enfant. Donc la correction est mon sujet de prédilection, l’a toujours été et le sera toujours.

Figure de mode, gouache, vers 1958

Je suis en train de regarder vos premiers dessins de mode, dont certains sont exposés dans la rétrospective de votre travail, Goudemalion, qui se tient au Musée des Arts Décoratifs jusqu’au 18 mars prochain.

J’ai toujours dessiné, même la mode, ou le style si vous préférez. Vers l’âge de 17 ans, la façon de s’habiller de mes copines de l’époque était pour moi une source d’inspiration constante. Je les idéalisais à travers les vêtements que je créais pour elles sur les maquettes peintes à la gouache que vous mentionnez.
Cela dit, j’étais parfaitement conscient du caractère “pas très viril” de mon activité. Et toute ma vie durant, j’aurais tout fait pour masquer cet aspect de mon travail au nom de mon hétérosexualité.
Bizarrement, j’ai appris seulement récemment que mes grand-parents paternels avaient une boutique de passementerie, située en face des Galeries Lafayette. Ce qui explique d’une certaine façon mon intérêt pour la mode; il y a une filiation, c’est certain.

Et la danse ? J’ai lu que vous vouliez être danseur. D’origine américaine, votre mère a dansé à Broadway dans de nombreux “musicals” avant d’ouvrir une école de ballet à Saint-Mandé, où vous avez grandi.

Effectivement, dans le petit monde du Broadway des années 30, ma mère comptait parmi les espoirs les plus sûrs. Elle a fait une jolie carrière, collaborant à toutes sortes de projets, notamment au Roxy Theater, avec Leonide Massine, transfuge des ballets russes de Diaghilev et José Limon, une des grandes figures de la danse contemporaine américaine. C’est à cette époque qu’elle fait la connaissance de mon père, venu à New York pour y faire fortune. Malheureusement pour lui, l’Amérique est en pleine dépression. Chômeur, il fait toutes sortes de petits boulots jusqu’à ce que, tirant profit de son physique avantageux, il trouve un job de figurant dans Flying Colors, le célèbre “musical” dont ma mère partage l’affiche avec Clifton Webb. Elle repère mon père en coulisse, ils tombent amoureux et vivent une grande histoire d’amour. Bientôt fatigué de la vie de bohème, mon père rentre en France pour se faire une situation tout en promettant à ma mère qu’il reviendrait la chercher dès qu’il aurait les moyens de le faire. Tenant parole, il revient sept ans plus tard et l’épouse dans une petite église de Broadway avant de rentrer à Paris tous les deux et de s’installer à Saint-Mandé où je suis né.
Toute mon enfance durant, j’aurai baigné à la fois dans une atmosphère artistique – certes dédiée à la danse – (ma mère avait ouvert une petite école dans le quartier) mais aussi et surtout à toute forme de créativité.

Course à pied, La mode et le sport, Elle France, 1996

Au-delà de la danse, c’est le mouvement qui vous intéresse réellement.

Pour moi, tout mouvement est danse à partir du moment où l’on cherche a maîtriser la beauté d’un geste. Il suffit de regarder la foule déambuler dans la rue : certains marchent en cadence, d’autres obéissent à un rythme qu’eux seuls entendent.
Je connais quelqu’un qui répète sa démarche devant le miroir avant de sortir. Et sa démarche varie en fonction du chapeau qu’il se met sur la tête. S’il étudie sa gestuelle, pour moi il danse.
Mes images, si elles ne montrent pas souvent la danse à proprement parler, privilégient souvent le mouvement. Le simple fait d’indiquer un mouvement pendant une prise de vue, de corriger l’image prise de ce mouvement en découpant les photos sont une forme de chorégraphie; une façon de danser sans danser.

C’est d’ailleurs le cas dans l’exposition au Musée des Arts Décoratifs, avec les danseuses russes qui déambulent au milieu des visiteurs. Parlons de Goudemalion à présent.

Je voulais m’approprier le musée, m’y installer si vous préférez, un peu comme si j’étais chez moi. D’où la présence du train mécanique comme un énorme jouet installé sur le tapis persan en plein milieu du salon, pendant qu’à droite et à gauche une succession de petites salles présenteraient des installations illustrant les différents thèmes qui ont jalonné mon parcours.
J’aimais bien l’idée de jouer le décalage entre l’architecture Second Empire un peu désuète et l’improbabilité de mon travail. J’avais aussi envie d’utiliser l’immense surface au sol du musée pour y faire évoluer les fantômes de certains de mes personnages, notamment ces danseuses russes qui semblent glisser sur le sol, et que j’avais déjà utilisées à New York pour Hermès en 2000.
J’avais envie que le spectacle soit vivant, voire théâtral, mais dans un contexte muséal, ce qui, à ma connaissance ne se pratique pas souvent.

J’entendais des visiteurs se remémorer la publicité que vous avez créée pour le chocolat Lindt, mettant en scène une danseuse qui glissait.

Oui, encore qu’on pourrait penser qu’il s’agit d’un trucage, puisque c’est un film. Vous savez, personne ne me croit quand je dis que les danseuses ne sont pas montées sur roulettes, c’est pour ça que je les encourage à se déplacer dans l’exposition en montant les escaliers, pour montrer qu’elles ont des pieds et qu’il n’y a pas de trucage.

Pour terminer avec Goudemalion, il y a une chose qui m’a frappée : l’exposition échappe au piège de la rétrospective agencée de façon purement chronologique ou purement thématique. Goudemalion raconte une histoire, ou plus exactement des histoires.

Merci de le mentionner, car il s’agit bien d’une évocation de l’histoire de Goudemalion et de ses aventures. Et justement, si j’ai décidé de reprendre le terme Goudemalion, qui m’a été donné autrefois par un célèbre philosophe, c’est parce que je voulais qu’on comprenne qu’il s’agissait d’une projection de moi-même.
Malgré les apparences, ça m’a toujours gêné de parler de moi à la première personne. Je le fais -bien sûr- surtout dans le cas d’une interview, mais je n’aime pas ça.
Goudemalion est aussi une mise au point. On m’a collé une étiquette, qui ne me dérange pas plus que ça, mais qui n’est pas toujours juste. Si je caricature, si je force le trait, si j’accepte d’être qualifié à la fois de “lutin sautillant” ou bien d'”elfe de Saint-Mandé”, il n’y a aucune raison de ne pas carrément faire de moi un personnage de fiction. D’où Goudemalion, – l’homme qui voulait transformer les femmes en statues – sa vie, son oeuvre.

Azzedine et Farida, tirage photographique découpé et ruban adhésif

Est-ce-que c’est aussi un moyen de mettre une certaine distance entre votre production et vous-même ?

Oui, absolument. Car si je parle de moi à la première personne, c’est plus difficile de forcer le trait. On risque de me traiter de menteur. Mais si c’est de Goudemalion dont il s’agit, alors je peux me permettre toutes les exagérations.
Il y a environ quinze ans, j’avais le projet de réaliser un film mettant en scène les aventures de Goudemalion. J’avais pensé à Johnny Depp pour le rôle – on peut rêver – , parce qu’il adore se grimer et qu’il est frêle, comme Goudemalion. Non seulement Johnny Depp parle couramment Français mais il comprend bien la mentalité des Français. De plus, il a, j’en suis sûr – ce qui n’est pas toujours le cas avec les Américains – le sens du second degré.

L’humour et l’appréciation du second degré est d’ailleurs l’une des différences culturelles entre les Etats-Unis et la France.

Ce que j’aime dans le premier degré américain, c’est cette façon d’aller directement à l’essentiel; surtout en ce qui concerne l’expression artistique, on à l’impression que l’artiste américain ne se sent pas obligé d’être dans le coup, ou de s’installer dans le sillage d’un mouvement artistique reconnu. C’est la culture du be yourself. Comme disait mon américaine de mère d’une façon certes un peu grandiloquente, mais à mon avis profondément juste : “l’oeuvre d’un artiste est la réflexion de son âme”.
C’est sûrement pour ça qu’au moment où j’aurais pu essayer d’exister sur la scène artistique française à travers la figuration narrative dont Arroyo, Recalcati, Martial Raysse étaient les fleurons, j’ai choisi de trouver mon ton à moi, ma propre petite musique, sans chercher à imiter qui que ce soit, et surtout pas le Pop Art qui existait déjà.

Et le Pop Art était censé faire le lien entre les images commerciales et les images issues des beaux-arts, Andy Warhol en est l’exemple le plus marquant.

C’est juste. Si Warhol était ce lien, j’avais l’impression qu’il ne renierait pas ses activités d’illustrateur passées. Peut-être se considérait-il toujours comme tel. En tout cas, je me disais qu’on pouvait se comprendre, et lorsqu’au cours d’un déjeuner avec un rédacteur d’Esquire, j’ai mentionné David Stone Martin, un célèbre illustrateur de l’époque, fortement influencé par Ben Shahn à qui Warhol avait “emprunté” la méthode du trait tremblé, j’ai senti que j’avais touché un nerf.

Quelle attitude Warhol avait-il à l’égard de votre travail ?

Je crois qu’il m’aimait bien, de loin. Il était très respectueux à l’égard d’Esquire. Je crois qu’il avait compris que je ne cherchais pas à grossir les rangs de la Factory et que je ne cherchais pas à lui faire la cour comme lui faisait déjà la moitié de New York.
Tout ce que je sais, c’est que des années plus tard, un soir au Palace à Paris, Fred Hughes son patron m’a confié qu’il disait du bien de moi.

A l’ère de la consommation immédiate des images qui nous entourent et que nous oublions aussitôt, je me demandais pourquoi vos images restent elles présentes à l’esprit, je pense notamment à la campagne que vous réalisez pour les Galeries Lafayette depuis plus de dix ans.

Peut-être parce qu’elles sont simples, graphiques, et d’une grande lisibilité. Peut être aussi parce qu’elles marient de façon convaincante le fond et la forme – chaque image étant la métaphore visuelle d’un sujet donné – et qu’elles restent conformes à l’esprit du magasin.
J’aime bien l’idée de connivence entre nos images et le public du métro ou du RER.

C’est-à-dire ?

L’idée qu’un voyageur qui voit nos images se sente interpellé, voire concerné par un sujet donné, qu’il ait envie de sourire avec nous, de prendre parti, pour ou contre nous. En tout cas, que nos images ne laissent jamais indifférent.
Les campagnes pour le magasin “Homme” sont celles qui sont les plus ardues pour moi, parce que je n’ai pas envie d’utiliser un bellâtre comme on voit partout. Je préfère utiliser un personnage dont on sait déjà quelque chose, une personnalité, voire un acteur.

Frédéric Beigbeder…

Une star des médias, oui. Ou Jun Miyake, compositeur, et trompettiste de jazz réputé. Ou encore Iggy Pop. J’avais toujours eu envie d’utiliser la French correction dans le contexte des campagnes pour les Galeries et c’est Laetitia Casta qui m’en a fourni l’occasion. Ca faisait longtemps que sa ressemblance avec Marlon Brando et/ou le jeune général Bonaparte m’intriguait et j’avais réellement envie de voir de mes yeux la tête qu’elle aurait si je la transformais en garçon. Ni moi ni le public n’avons été déçus. Elle est aussi belle en garçon qu’en fille.

Mode Homme, photo découpée, 2003

La dualité masculin – féminin est récurrente dans votre production. Vous aviez déclaré, je crois, à propos de Grace Jones, qu’elle vous paraissait plus féminine lorsque sa masculinité ressortait.

Oui et c’est bien pour ça que le personnage que j’ai créé pour elle autrefois – la Grace Jones minimale, “blue-black on black in black“, les cheveux coupés en brosse – est masculinisé à l’extrême. Car lorsqu’elle porte mini jupe, talons aiguilles, décolleté, boucles d’oreille, bref : toute la panoplie d’une certaine féminité, elle ressemble à un travesti.

Pouvez-vous m’expliquer ce que vous aviez en tête avec blue-black in black ?

J’avais envie d’en faire une héroïne, sublimer sa négritude, en faire un exemple positif d’une grande dignité, sans les artifices habituels utilisés par les artistes noirs du show business. J’aurais rêvé qu’elle soit une référence planétaire, qu’on s’en souvienne pendant des siècles. Je ne plaisante pas !
Grace Jones est d’origine jamaïcaine, donc elle parle l’Anglais des Anglais, comme une institutrice jamaïcaine. C’est pour ça qu’à contrario des chanteurs de son époque qui se donnaient un mal fou à mettre en avant leur côté ghetto, à coups de profanités lancées à tout bout de champ ou de grands sourires forcés pour rassurer les blancs, je lui demandais de s’adresser à son public sur le ton qu’utiliserait cette institutrice jamaïcaine pour dominer ses élèves. Ca me paraissait plus intéressant.

Demolition Man, photo peinte, 1982

Vous travaillez essentiellement avec les trois couleurs primaires.

Oui, c’est vrai. Je ne suis pas un coloriste obsessionnel. La couleur est présente pour donner un petit accent, c’est tout. L’ombre et la lumière m’intéressent davantage, la matière aussi. Ce dessin par exemple (il désigne un grand dessin encadré posé à même le sol) est un pastel pratiquement monochrome dont le fond blanc pur a été entièrement réalisé avec du scotch. C’est la matière de la surface scotchée qui m’intéresse, son côté marqueterie.

Dernière question : vous collectionnez ?

Non, à part une réédition d’une lampe de Pierre Chareau et quelques dessins de Neke Carson achetés dans les années 70, je n’ai pas de collection à proprement parler. J’aimais bien le travail de Neke, parce qu’il est le premier à ma connaissance à avoir mélangé l’art et l’humour, de façon délibérée. J’avais envie de le soutenir, à un moment où il était particulièrement fauché. Je n’ai pas l’âme d’un collectionneur et je ne possède rien qui ait de la valeur… à part mon oeuvre !
Je plaisante bien entendu.

Et bien ça sera le mot de la fin !
Merci.

Merci à Virginie Laguens, sans qui cette interview n’aurait pu avoir lieu.

studio de Jean-Paul Goude, photo de Maciek Pozoga

http://www.jeanpaulgoude.com/

Les images sont reproduites avec l’aimable autorisation de Jean-Paul Goude


Augustin Steyer

Posted: October 20th, 2011 | Author: | Filed under: interviews | Tags: , | No Comments »

Quel parcours as-tu suivi ?
J’ai suivi un parcours à la fois “normal” et atypique. Dans un premier temps, j’ai fait deux années préparatoires à l’Atelier de Sèvres. Puis je suis entré aux Beaux-Arts de Paris. Je suis actuellement en 5e année.
J’ai aussi fait l’école buissonnière ! J’ai un peu délaissé les Beaux-Arts pour devenir l’assistant de deux artistes : Nick Devereux et André.

C’est donc la dernière année aux Beaux-Arts ?
Oui je vais rendre mon mémoire en janvier et passer mon diplôme en juin ou en septembre.

A quel moment tu as su que tu ferais des études d’art ?
Lorsqu’il a fallu choisir de faire des études, cette voie m’a parue évidente. C’était le seul domaine dans lequel je me sentais bien, et que je pouvais envisager à long terme. Ensuite, j’ai eu la confirmation que c’était ce que je voulais faire. J’étais en seconde année aux Beaux-Arts et j’ai participé à une exposition collective à la Fondation Ricard. Le soir du vernissage, je me suis dit “je peux y arriver”. Choisir cette voie n’est pas forcément facile…

Gimbal #1, 130 x 70 cm, fusain sur papier, 2011

Quelles sont les grandes différences selon toi entre un parcours au sein d’une école d’art et un cheminement autodidacte ?
C’est une question intéressante, d’autant plus que je reviens justement d’un séjour de six mois passés dans une école d’art à l’étranger.  J’ai étudié au Hunter College de New York, ce qui m’a permis de profiter d’une pédagogie complètement différente. Notamment parce que les élèves doivent bien plus parler de leur travail devant les autres qu’aux Beaux Arts. Cela oblige à formuler les choses et c’est un excellent apprentissage.
Au début de mes études, j’avais besoin d’être encadré. Mon professeur d’atelier encourageait la pratique du dessin – et c’était d’ailleurs l’un des seuls. Puis, je me suis rendu compte qu’il avait une pédagogie à l’opposé de celle que j’attendais. Pour résumer, c’était “aide-toi et le ciel t’aidera”. Lui était présent une fois par mois, donc pendant mes deux premières années, je me sentais vraiment perdu. Mais d’un autre coté c’est ce qui m’a poussé à vouloir sortir de l’école et m’intégrer plus vite dans le monde de l’art et à en comprendre mieux le fonctionnement.
Je pense que le risque des écoles d’art est de se transformer en cocon trop protecteur pour les élèves, qui se trouvent alors déconnectés de la réalité du monde de l’art contemporain, ce qui rend la sortie des études périlleuse pour certains.
C’est pour cette raison que j’ai commencé à assister des artistes, au début de ma troisième année. Et je n’ai jamais autant appris qu’en travaillant avec eux, qui évoluent dans des registres très différents (NDR Nick Devereux et André). Nick a un parcours d’autodidacte, et il s’est engagé avec la galerie Bugada & Cargnel quelques mois avant que je devienne son assistant. J’ai vu sa cote multipliée par quatre, je l’ai accompagné sur beaucoup de salons, d’expositions etc. Cela m’a permis de voir la manière dont il construisait peu à peu un corpus d’oeuvres cohérent et ce sur quoi il basait ses réflexions. Je pense que c’est ce type d’expérience qui manque dans certains ateliers des Beaux-Arts de Paris. Avec Nick, nous avons une réelle relation élève – mentor. Nous avons des centres d’intérêt assez similaires, mais qui ne s’expriment pas du tout de la même manière. Cela nous permet d’avoir un échange constructif : il peut être critique vis-à-vis de mon travail, comme je peux l’être du sien, nous avançons à deux, côte à côte mais à des niveaux différents !

Tiens, les conditions deviennent parfaites car la lumière baisse et le noir sur mes dessins perd sa texture et la surface disparaît, créant une sorte de vide.

Tu as toujours travaillé sur des grands formats ?
Pas du tout. C’est propre à la période où j’étais à New York ! (rires) C’est parti d’une blague à vrai dire, sur les artistes américains et leurs formats démesurés. Et j’ai eu envie d’essayer, pour développer un autre rapport aux images. Au départ, j’ai pu être dans une tentative de reproduction assez pointilleuse et précise de photographies que je trouvais dans des archives. Maintenant, j’ai une approche beaucoup plus physique, j’ai envie de me confronter à la matière. En particulier cette matière poudreuse noire qui induit en quelque sorte un rapport à la performance, car elle force à implication physique de ma part. Lorsque je travaille avec cette matière, je me confronte au support qui rejette le pigment, et le sature totalement à force d’écraser la matière. Le studio devient presque une pièce à part entière, tout est recouvert de poussière noire !

Tu travailles au sol ?
Oui, je suis obligé de travailler au sol. Surtout lorsque je travaille sur des fields où toute la surface est recouverte d’aplats de noir.
Il m’est arrivé de travailler à la verticale, sur le mur, en utilisant une technique très ancienne, que Nick m’a apprise. Il s’agit d’un mode de reproduction à l’œil, à partir d’une photographie où d’un volume. Mais ce n’est pas une technique de projection, celle que j’utilise permet l’erreur, c’est en quelque sorte de la réinterprétation. On pose sur un trépied l’image de base, on ferme un œil et on fait des allers et retours entre les deux images pour reproduire les proportions. C’est une technique assez laborieuse, mais qui permet beaucoup plus de libertés qu’un système de projection, les images se trouvent être plus cohérentes et moins “plates”.
Je commence généralement une nouvelle série d’images suite à de longues recherches sur  Internet ou dans des archives. Je sélectionne généralement mes images-sources en fonction de leurs potentialités, de leur présence, de leur aspect étrange ou hybride, et de leurs qualités d’obscurité ou de lumière.
Ensuite je les assemble et les transforme pour arriver à des images moins évidentes s’éloignant de l’image pré-existante et qui appellent à différents niveaux de lecture.

Le fusain semble être ton matériau de prédilection…
Oui. D’une façon assez classique, et comme beaucoup d’artistes avant moi, je suis à la recherche de l’ultra noir. Le noir a cette importance primordiale pour moi car il est le moyen le plus simple et le plus direct pour communiquer visuellement. La ligne claire du dessin originel est noire sur fond blanc. Le noir est avant tout un outil pour sculpter la lumière, le pigment pur contient d’infinies subtilités de texture et de transparence, il est pour l’instant le matériau de base de mes oeuvres.
A New York, j’ai trouvé un fournisseur de pigments noirs très particuliers, d’une concentration inégalée. J’ai passé plusieurs mois à expérimenter toutes sortes de mélanges, et grâce à cela j’ai pu obtenir ce type de rendu, très mat et velouté, qui suggère cette profondeur, ce vide abyssal. Il faut maintenant que je trouve le même pigment à Paris…

Combien d’heures passes-tu en moyenne sur une pièce ?
C’est très variable. Parfois trois jours pour un dessin. Et parfois trois semaines. Mais je dirais que c’est surtout une question d’énergie, d’investissement physique dans l’oeuvre.

Le dessin est-il un médium à part ?
Cela fait déjà plusieurs années que l’on proclame le retour du dessin, coïncidant avec un retour en force de la figuration.
En arrivant aux Beaux-Arts, je me suis retrouvé avec pas mal d’étudiants qui faisaient du dessin, mais peu d’entre d’eux utilisaient le fusain, technique jugée trop “old-school” et véhiculant une image académique. J’ai ensuite suivi avec passion les cours de croquis et de morphologie, qui étaient le rendez vous hebdomadaire des mordus de dessin. Ma rencontre avec Marko Velk a été un premier déclencheur, puis en travaillant avec Nick Devereux j’ai pu développer réellement ma pratique du dessin. D’un point de vue strictement technique, Robert Longo a été ma principale source d’inspiration.

Life, fusain, pigments noirs et aluminium sur papier, 450 x 220 cm, 2011

Tu travailles par séries et tu donnes des numéros à tes pièces. Peux-tu me dire comment tu procèdes ?
Je risque de te décevoir ! (rires) Comme tu as pu le remarquer, je m’intéresse moins au concept, mais davantage aux qualités formelles de l’image. C’est la recherche technique qui me plait, la composition, et le fait d’essayer de créer des images qui ont un impact. Donc les titres viennent au second plan pour être honnête.

Les titres ont donc davantage une fonction d’inventaire.
Oui, comme je travaille par série. Je prends un titre en relation directe avec les images que je choisis pour mes séries. Par exemple, j’ai fait une série utilisant des images d’instruments mécaniques technologiques trouvées dans des archives de la NASA des années 50. Donc j’essaie à chaque fois de prendre un titre qui soit simple et descriptif. Dans le cas des images de la NASA, j’ai intitulée la série Gimbals, du nom d’un minuscule composant de la machine. Une autre série se nomme Life, et c’est parce que j’ai utilisé des images provenant exclusivement de Life Magazine. Je m’efforce de faire en sorte que mes titres ne donnent pas trop d’information sur l’oeuvre, qu’ils soient en quelque sorte “transparents”, pour que l’imaginaire puisse se développer dans l’esprit du spectateur justement.

Comment s’appelle la série avec les motifs circulaires ?
La série s’appelle Echoes, en référence au satellite du même nom. Il avait la forme d’une boule d’hélium dans une sorte de cocon en aluminium. Il a été documenté par des photos prises dans un hangar. Et j’ai supprimé une grande partie de l’image, pour ne garder que le reflet du satellite, donc son écho en quelque sorte. Le fusain est cette fois ci utilisé d’une façon qui elle aussi fait écho aux techniques d’impression, par la reproduction de l’image grâce à une trame.

Echo #4, 90 x 130 cm, fusain sur papier, 2010

Echo #4, 90 x 130 cm, fusain sur papier, 2010 (détail)

Quels sont tes projets ?
Je vais continuer à utiliser le fusain et à en explorer toutes les possibilités. Je veux également me diriger davantage vers l’installation, c’est-à-dire la mise en espace de mes dessins de manière construite et réfléchie. Pas un simple accrochage d’images.
En ce qui concerne les projets à plus long terme, j’aimerais intégrer une galerie, mais pas trop vite. Je préfère attendre d’être plus à l’aise, de ne pas me sentir figé dans une forme et ne pas me sentir sous pression.

A court terme, j’ai peut être un projet avec Emilia Stocchi, qui vient d’ouvrir un espace qui s’appelle Primo Piano. Elle met ce lieu à la disposition d’artistes pour qu’ils y exposent leurs oeuvres, c’est un lieu qui n’a pas de fonction mercantile. Il s’agit de faire partager un réseau à des artistes qui n’ont pas forcément l’occasion de montrer leur travail. Ce type d’opportunités est particulièrement appréciable car cela permet des rapports sains dénués de pression financière, ce qui est primordial lorsqu’on est encore en école et que l’on a encore besoin de temps pour faire mûrir ses idées.

En regardant ta production, je repense au travail de Steven Parrino, qui a beaucoup utilisé le noir.
Oui. L’exposition qui lui était consacrée au Palais de Tokyo m’a vraiment marqué. C’était il y a quelques années et j’y ai repensé récemment lorsque je me suis intéressé aux monochromes. Parmi les artistes dont les oeuvres ont eu un vrai impact sur moi, je peux citer James Turrell, Richard Serra, Laurent Grasso, Giraud & Siboni.

Tu as cité André auparavant, qui vient de l’univers du graffiti. Est-ce-que le fait de travailler avec lui a un impact sur ton travail ?
En fait, je n’ai pas travaillé avec lui, j’ai travaillé pour lui. Cette subtilité est importante, car il s’agit principalement d’une aide technique. Je ne suis pas du tout impliqué dans le reste de ses projets. Nous nous rejoignons sur un point : l’intérêt pour les interventions à l’extérieur. Et lorsque j’ai exposé sur le mur du Palais de Tokyo une impression offset en très grand format, j’ai repensé à ces artistes qui me fascinaient lorsque j’étais plus jeune et qui interviennent beaucoup à l’extérieur, comme Obey, Blu, Banksy et André. J’ai donc conçu mon intervention sur le mur de la boutique BlackBlock comme une sorte de clin d’oeil au street art.

Vue d’exposition, BlackBlock, Palais de Tokyo, 2011

Est-ce-que tu t’imagines faire des commandes ?
Très bonne question ! Je ne me vois pas vraiment faire des commandes pour arrondir mes fins de mois… A une commande, je crois que je préfère une collaboration, comme avec la boutique du Palais de Tokyo.

Tu avais carte blanche ?
Oui complètement.

Un mot de la fin ?
Question piège… Mais qu’est-ce-que je pourrais te raconter ?

Le mot de la fin, ce n’est jamais facile. Tu as vu Drive ?
Oui et d’ailleurs la musique du film est géniale. Je l’écoute en ce moment pour travailler, c’est tout à fait le type de musique dont l’atmosphère correspond à mes dessins.

Tu viendras voir la carte blanche à John Armleder au Palais de Tokyo ?
Oui bien sûr, je passerai ! Ca y est, c’est le moment où on se cire un peu les pompes, non ? (rires)

Augustin Steyer
Né en 1987
Vit et travaille à Paris.
http://www.augustinsteyer.com/


Aurélie Cenno

Posted: May 9th, 2011 | Author: | Filed under: interviews | Tags: , , , , | No Comments »

Démarrons avec les présentations.
J’ai commencé par des études de Droit et ça m’a donné envie d’intégrer une école d’art, bizarrement. J’ai passé mon DNSEP à l’Ecole Nationale Supérieure d’Art de Paris Cergy en 2008. Et en parallèle, j’ai passé une Licence de Lettres avec un parcours de médiation culturelle.
Je continue à avoir une pratique plastique et je travaille au Palais de Tokyo en tant que médiatrice culturelle.

Quelle place occupe l’art au quotidien ?
Beaucoup de place ! Trop ? (rires).
C’est multifacette et l’art occupe une place importante dans ma vie. Le questionnement, l’intérêt ou l’échange jouent un rôle chacun à leur manière.

A partir du moment où l’on travaille dans le milieu de l’art, la séparation entre travail et loisir est assez mince, voire inexistante…
Oui, c’est certain. Je ne crois pas qu’on soit amené à faire de la photo, ou à travailler avec des artistes par hasard. Il y a un intérêt initial, ou une vocation. Et peut-être une façon de regarder qui est un peu autre.

Quelles sont tes principales sources d’inspiration ?
Le travail des autres artistes dans un premier temps. Je me rappelle de mon tout premier cours à l’Ecole des Beaux-Arts, Bernard Marcadé nous avait dit que de toute façon, tout avait déjà été fait. Et que la question est de savoir comment faire “avancer le schmilblick”. Lorsque l’on entend ça et qu’on est en première année, c’est assez déconcertant… Mais cela prend tout son sens par la suite. Regarder ce qu’il s’est passé auparavant, en tirer des conclusions et questionner d’une autre façon.

Ton travail de photographe comporte un corpus de portraits assez conséquent. Tu as initié récemment un projet de portraits de l’équipe du Palais de Tokyo ainsi que des acteurs du lieu (artistes, intervenants…). Je voudrais savoir de quelle manière tu abordes le portrait d’une personne que tu ne connais pas forcément.
Lorsque je dois prendre en photo quelqu’un que je connais un peu, j’ai eu un temps d’observation et d’anticipation qui me permet d’essayer de capturer le personnage de la façon dont il aimerait être perçu. Mon but est que cette personne soit contente d’avoir un portrait.
Il s’agit également de mettre en valeur les aspects qui me touchent le plus chez quelqu’un. C’est ce que j’ai envie de montrer. Je pense notamment à un portrait d’une personne travaillant au Palais de Tokyo qui est très introvertie et qui s’est vraiment révélée devant l’appareil.
Lorsque je ne connais pas la personne, et que j’ai très peu de temps devant moi, c’est le défi qui me motive. Mais en règle générale, je préfère y réfléchir en amont, trouver des décors ou un accessoire, quelque chose qui se rapporte à cette personne. Il s’agit de trouver un contexte favorable dans ce cas précis.

Quel type d’appareil utilises-tu ?
J’ai laissé tomber l’argentique pour tout un tas de raisons. Je travaille uniquement en numérique. Et je suis une inconditionnelle de Nikon.

Il me semble que tu retouches tes images de manière assez légère.
Effectivement, il n’y a pas de modification de l’image. Je pense à la série Garden Party qui met en scène des enfants : tous les accessoires ainsi que le maquillage sont intervenus lors de la prise de vue. J’aime que tout le décor soit prêt, même si dans certains cas, il est fait de bouts de ficelles. Le travail en post-production consiste surtout à calibrer la couleur, il n’y a pas de photo-montage.

Combien de temps passes-tu sur une image en moyenne ?
Si je suis en train de réaliser un travail plastique, la photo est juste un médium, elle n’est pas technique, au sens où je l’entends. Il s’agit davantage d’un travail de composition, en général en série. Donc ces images nécessitent un temps de préparation, pour lancer la série. Comme j’ai beaucoup travaillé avec des enfants, il fallait dans un premier temps les trouver et les booker. Je devais aussi m’entretenir avec les parents, leur expliquer mes intentions etc. Ensuite le travail de post-production avant de faire valider la photo par la famille. En général, ce type de projet prend quelques semaines.
Pour la série de portraits qui est en cours, les contraintes sont différentes. Un shooting peut avoir lieu de manière improvisée parce que quelqu’un sera de passage et je vais le prendre en photo. J’aurais repéré le lieu de la prise de vue au préalable et tout se passe assez vite.
Lorsqu’il s’agit de photos de tournage, la prise de vue s’étale sur un ou plusieurs jours et j’essaie ensuite de retravailler ça dans les plus brefs délais.

A quoi ressemble une journée type de travail ?
Les journées sont assez chargées. Je travaille sur les projets que nous développons au Palais de Tokyo et je fais de la médiation pendant la journée.
Le soir, j’essaie d’avancer sur mes photos, principalement les photos de tournage, les portraits. Un certain nombre de dossiers de photos s’accumulent et sont en attente. Donc oui, les journées sont longues.

Quels sont tes projets à moyen et court terme ?
J’ai une série de performances en attente que je réalise avec des enfants. J’utilise le prétexte du jeu ou de la punition que je détourne avec eux. Pour la prochaine performance, je vais reprendre le jeu “Jacques a dit”. L’idée est de faire de la cours de récréation, non pas un terrain de jeu, mais un terrain de préparation à la guerre, avec des clans etc. Ca serait l’endroit où les affinités entre les gens se manifestent ou, au contraire, les divergences éclatent. Un enfant serait choisi de manière aléatoire pour jouer Jacques a dit, tous les enfants seraient habillés de la même manière et exécuteraient les ordres de cet enfant désigné. Le jeu reste la thématique. Qu’est-ce-que le jeu pour ces enfants ? Sont-ils en train de jouer lorsqu’ils font la performance ?
Et en parallèle, il y a cette série que initiée au Palais de Tokyo qui consiste à prendre en photo les gens avec qui je travaille . Il s’agit d’inclure tous ceux qui ont participé de près ou de loin au projet Palais de Tokyo. Cette série devra être bouclée pour les dix ans du Palais de Tokyo en 2012. L’idéal serait d’en faire un catalogue, pour communiquer sur ces gens qui ont permis que ce lieu existe et demeure.

A quoi rêves-tu ?
Lorsque je serai grande ? (rires)
J’aimerais acheter un vieux château, et le restaurer. Idéalement, il serait au milieu de nulle part, il y aurait de la verdure, de l’espace et une connexion Internet quand même.
Plus sérieusement, je ne me projette pas trop en réalité. Envie de continuer à aller voir ce qu’il se passe ailleurs. La Lettonie et l’Afrique font partie des envies du moment.

Quand est-ce-que tu te sens utile ?
Je me sens utile lorsque le message passe, quel qu’il soit.

Que fais-tu le dimanche soir ?
Aucun souvenir (rires).
J’attends le lundimanche.

Quelle est ta drogue légale favorite ?
Je suis une dingue des consoles de jeu et ça a l’avantage d’être légal . Je commence à en avoir une collection. J’ai conservé les premières Nintendo familiales, qui sont intactes.

Quelle épitaphe sur ta tombe ?
FIN. Et tous les homonymes de ce mot…

C’est donc le mot de la fin. Merci.

Bang Bang, Aurélie Cenno, Courtesy de l’artiste

Alexandre Singh, Aurélie Cenno, Courtesy de l’artiste

Fôret, Aurélie Cenno, Courtesy de l’artiste

Karsten Födinger, Aurélie Cenno, Courtesy de l’artiste

Wig Out, Aurélie Cenno, Courtesy de l’artiste

Mégaphone, Aurélie Cenno, Courtesy de l’artiste

Michel Gondry, Aurélie Cenno, Courtesy de l’artiste

Sans Titre, Aurélie Cenno, Courtesy de l’artiste

Ralflow, Aurélie Cenno, Courtesy de l’artiste

Sans Titre, Aurélie Cenno, Courtesy de l’artiste

Tournage du clip “Prêt” de Ralflow, Aurélie Cenno, Courtesy de l’artiste

Aurélie Cenno
Née en 1982
Vit et travaille à Paris.
http://www.aureliecenno.com/


Jeremy Deller

Posted: January 12th, 2011 | Author: | Filed under: interviews | Tags: , | No Comments »

Jeremy Deller has come a long way since his first projects, which mostly consisted of public art: T-shirts with various inscriptions or his own name, bumper stickers or posters: many ways to show his work in a quick and efficient fashion.
Deller’s significance as an artist stems from his possession of the following attributes:
1. a sharp and meticulous sense of observation
2. a tendency to shake things up slightly (meaning he is an agitator but not a provocative artist, which is far more subtle I think).
In 2004 he was awarded the Turner Prize for his film Memory Bucket. The Turner Prize, undoubtedly the most famous art prize in England, is an annual prize presented to a British artist under the age of 50.
Jeremy’s work is well known and respected by a large number of people – not only within the art world. Most of the time people try to define him: is he an historian? a sociologist? an anthropologist?
Deller’s work deals with varying subjects; thusly, he collaborates with people from many different backgrounds: for example, he worked with a traditional brass band from Manchester (Williams Fairey Brass Band) for Acid Brass. It is the first project with no material existence, as the brass band plays acid house tunes. Jeremy Deller tried to link two musical expressions of popular culture that have nothing in common at first glance, but both of whom are deeply rooted in the British post-industrial world.
I called him in order to find out what Jeremy’s latest plans looked like. When I reached him, he was at home, waiting for the delivery of a computer. We discussed things such as his role as a trustee at the huge Tate gallery, his first show (displayed at his parents home while they were away), and his very last project: a film about the life of the glam wrestler Adrian Street.

Hi Jeremy, how are you? What are you doing at the moment?
Jeremy Deller: Well I am doing this interview! More seriously, I am currently waiting for the delivery of a computer, that is the most urgent thing actually.
I was in Brasil recently, I showed a film at the Sao Paulo Biennal, along with an installation. It’s a film about the wrestler Adrian Street, titled So Many Ways To Hurt You. He was born in 1940 in South Wales, into a coal mining family, he became a wrestler at an early age and now he is living in Florida. The way people probably know him is the photograph of him posing with his father in front of the mine he used to work at. He went back to the mine in 1973, wearing his wrestler outfit, showing to his father and the people he used to work with what he has made with his life. How far he has come from that life in the mine, from this small town which he hated. He wanted to live in a city and make a name for himself. Coming back dressed in his wrestling outfit with his championship belt was a way of showing them how he changed, how he transformed himself.

The pro wrestler Adrian Street and his father, a coalminer, in 1973. By Dennis Hutchinson

This image seems to symbolize this connection between the Industrial Revolution and the birth of British rock music.
Exactly. It is the perfect illustration of how Britain was changing at the time or has changed. From an industrial making things towards other ways of making things, such as entertainment. And that photograph is an illustration of it.

How did you get interested in Adrian Street in the first place?
From the photograph. I did not really know who he was and then I did some research. He is an interesting character as you can imagine. Just from the photograph you realise that there is something going on. He is a self-made person in a number of ways. He basically invented himself through his  willpower and his personality. He made himself new. So it is quite an act of defiance really.

Maciek Pozoga (Vice France) pointed out that there is some parallel between Adrian Street and Arthur Cravan somehow. Cravan (1887-circa 1918) was a pugilist, a poet, a larger-than-life character, and an idol of the Dada and Surrealism movements. Both were inspirational.
I see. Cravan is the guy who managed to become France’s heavyweight champion but without fighting a single match, right? The world of wrestling is, in a way, almost part of the circus tradition. It attracts people who maybe do not fit in to traditional society, and have very active imagination like an artist .

Today Adrian Street is 70. He is still close to this hyper-camp character he created for himself?
He is physically in a very good shape. He has this incredible physique which he works all the time. He has never done drugs, such as steroids or hormones. Because if you do, in a short time you have a great effect, but on a long term it just destroys your body. He keeps himself very fit. He is not gay, that was just part of his act but he is a gay icon especially from his body building days. He realised though that he could make money from his persona so he pushed it and pushed it .

T-Rex frontman Marc Bolan said he got inspiration for his costumes and make-up after he saw Adrian Street on TV.
Yes Adrian was influential on the music business at that time, he was a glam rock wrestler.

Where can we see the film?
That is a very good question! (laughs). I have not even put it online yet. I am not sure where to put it actually. There will be an extract on my website soon, taken from the last part of the film. Adrian is reciting the lyrics to one of his songs (he had a music career for a time).

His flamboyant surface emerged in the early 1960s. So I was thinking that maybe there is some warholian dimension with Adrian Street: ‘anyone can become a star’.
Definitely. If you have enough guts and determination and are very single minded you can do what you want. Which is what most famous people are, they are very single minded. But it’s not like ‘anyone can become a star’, you have to work very hard. But he is quite warholian in a way and I am sure Warhol would have loved him in the 1960s and 1970s especially. The way Adrian dressed up, and also the cross-gender thing which interested, if not obsessed Warhol. The film shows someone who managed to reinvent themselves and created their own destiny. That is very Hollywood what he has done.

In your work you explore serious themes with a slice of humour.
A lot of the time, but that is just the kind of person I am I think. I think that humour is important in life and in art.

You are often depicted as a catalyst. In your work you make connections between things by leaving the situation open. Acid Brass being probably one of the best examples and The History of the World diagram shows that.
I think I am interested in making connections between things and also I tend to stand back a lot. I am not a control freak, and a little bit lazy. But sometimes you just want the people do their own thing. They can react as they wish. So the situations are open. And I am quite interested in what people would bring into an artwork… That is why I really like working outside a gallery because I always expect things to happen. That interests me.

Do you consider yourself as a conceptual artist?
Yes absolutely. Whatever that means. I would say I am. What do you think?

Well I usually do not label artists but since I asked the question. If conceptual art focuses on the artist’s intention, then yes, you are a conceptual artist. Not in the way Joseph Kosuth is a conceptual artist obviously.
Some of your work has a documentary approach: Memory Bucket or Our Hobby is Depeche Mode. Is it a good way to speak to people do you think?

Well it is a good way for me to work. I like those kinds of films, for me it is a very straightforward way to work. If you want to tell someone something, a film is a very understandable medium for this.
In Britain there is a way of working which is probably a little bit more obscure in terms of making films by artists. Mine are pretty conventional obviously, pretty straightforward.

Your first show Open Bedroom took place at your parents house in 1993. What did you display?
I displayed some paintings I’ve made – the first and last paintings I’ve made – about the life of Keith Moon, the drummer of The Who. And I also displayed a number of other things: some photographs, pieces of paper, graffitis, t-shirts, small things basically, that were cheap and easy to make. That was how I was working at the time. There wasn’t much money around anywhere and I was unemployed. And my parents were on holiday so I really did take over the house, it was an act of opportunism.

Did you already want to become an artist at the time?
At the time I was not really sure what I wanted to do. But I was really happy doing that kind of thing. I was trying to find my way. I was living at home. That was fine. But yes, at that point I knew I could not make an income in a traditional way. So I tried to make the best of my talent. A bit like Adrian in that respect.

What is a typical day of work for you?
I get up early, I check emails and sometimes I spend the day just staying in front of the computer waiting for emails to be sent to me!. And some days I am meeting people outside so it really depends. It could be half day at home in front of the computer and half day cycling across London, meeting people. Sounds a bit boring but it isn’t .

I heard you were appointed trustee at the Tate. What form does it take?
A lot of meetings. There are probably like twenty days of work a year, maybe more, twenty five. Committees, meetings about everything to do with governance and the running of the Tate. You get to learn a lot, working in an organisation like that, about managing the collection, budgeting, relationship with the Government, with artists, everything.

You are not the ‘studio’ type artist as you produce large scale projects. And at the same time, you are represented through three art dealers (Art: Concept, Gavin Brown’s enterprise and The Modern Institute). What kind of relationship do you have with the art market?
Well I do sell work, not tons but that is a very important part because if I had to live just through work in the museums I would starve to death. Solo shows at commercial art galleries are my weakest point in my opinion. So I do a little work through art dealers and that really helps. I sell all sorts of things: objects, prints, photographs. It is quite amazing how you can survive doing that. I do not sell that much, but enough to survive to be honest.

You recently protested along with fellow artist Mark Wallinger against arts cuts. Could you tell us more?
We had this new government and they want to cut funding for everything. So artists were asked to make some posters to protest at the proposed cuts to funding across the arts.
Basically you do not want to go down the road like in the US, where art is really just for the wealthy. That would be the worst thing. If art is funded by the wealthy or primarily funded by the wealthy, that would be just a terrible thing. So that was one reason. And especially because I did not support these people in the first place.

What about your upcoming projects?
It’s all a big secret.

This is the Vice art issue. Any advice for art students who dream to become artists some day?
Do not take art colleges too seriously. Only take advice from people you really trust . Do not look at art magazines too much, it just depresses you, it still does me. Be helpful to other artists because you may need their help.

http://www.jeremydeller.org/


Théo Mercier

Posted: November 7th, 2010 | Author: | Filed under: interviews | Tags: , | No Comments »

Don’t Worry Be Happy, I Will Survive, 2009, Courtesy of the artist

Théo Mercier answered the Proust Questionnaire:

1. What is your idea of perfect happiness?
a lie

2. What is your greatest fear?
my mother death

3. What is the trait you most deplore in yourself?
GGRRRRRRR…..

4. What is the trait you most deplore in others?
arrogance

5. Which living person do you most admire?
David Bowie

6. What is your greatest extravagance?
eating dolfin

7. What is your current state of mind?

blue

8. What do you consider the most overrated virtue?
curiosity

9. On what occasion do you lie?
when truth is boring

10. What do you most dislike about your appearance?
my spine

11. Which living person do you most despise?
the housekeeper of my building

12. What is the quality you most like in a man?
his eyes

13. What is the quality you most like in a woman?
sense of humor

14. Which words or phrases do you most overuse?
yes and no

15. What or who is the greatest love of your life?
my mom

16. When and where were you happiest?
yesterday in my kitchen, cooking dolfin

17. Which talent would you most like to have?
speaking  languages

18. If you could change one thing about yourself, what would it be?
my spine

19. What do you consider your greatest achievement?
subscribe at the gym club

20. If you were to die and come back as a person or a thing, what would it be?
the Internet

21. Where would you most like to live?
in the forest

22. What is your most treasured possession?
a human skull

24. What is your favorite occupation?
answering questionnaires

25. What is your most marked characteristic?
hard to say…

26. What do you most value in your friends?
humor and tenderness

27. Who are your favorite writers?
I don’t read

28. Who is your hero of fiction?
E.T.

29. Which historical figure do you most identify with?
Lucy

30. Who are your heroes in real life?
Santa Claus and Jesus Christ

31. What are your favorite names?
Laurel and Hardy

32. What is it that you most dislike?
sickness

33. What is your greatest regret?
time travel machines are not existing

34. How would you like to die?
in front of TV

35. What is your motto?
don’t make love if you have something better to do

Fast and Gorgeous, 2009, Courtesy of the artist

Ecouter de la merde, 2009, Courtesy of the artist

Femmes fontaines, 2010, Courtesy of the artist

Théo Mercier lives and works in Paris.
He is represented by Gabrielle Maubrie.

http://theomercier.free.fr/

http://www.gabriellemaubrie.com/


Brion Nuda Rosch

Posted: September 12th, 2010 | Author: | Filed under: interviews | Tags: , , , , | No Comments »

‘I balance the roles of both art making and curating – both practices relate to one another, each sharing similar starting points‘.
Brion Nuda Rosch

03

How to introduce Brion Nuda Rosch? The first words which came to me are busy man. He is an artist who exhibits his own body of work, consisting in paintings, sculptures and collages. Brion usually mixes different elements or images together to create a new meaning. He had a show at DCKT recently, an art gallery located in NY’s Lower East Side.
He is also curating shows, allowing a one-day residency program in his own home, it is called Hallway Projects.

Brion and I have never met so far. We exchanged information on our respective work through the past months. I remember the nice message he sent me to congratulate on noblahblah. Very stimulating.
The following conversation was proceeded through emails during the Summer.

Brion: Time, Space, Chaos, and THINGS. I was recently in conversation with fellow artist Peter Fagundo discussing these topics and how as artists we relate to “things”. Rather than making from a blank canvas, objects that have been found in an ordinary context are a movement, alteration and possibly a layer of paint away from revealing their magnetic beauty. Within the mundane chaos of day to day life, our to do lists, the process of washing dishes, folding clothes, organizing bills and taking out the trash are comparable to the actions taken in the studio. Or the tasks achieved in the office. These tasks, handed down from your boss are similar to the tasks made in the studio, that is to say we perform tasks only our “boss” is every work of art made before us. There is an extreme tension of repetition, and art making lies somewhere between navigating these tensions and finding a calm resolution to the “things” around us.

02

Adeline: I noticed there is some recurring shapes in your work, such as the black one (standing for a rock), the circumflex one (standing for the mountain) or the three black lines (for the face or the portrait). Where comes this use of simple visual language from?

B: These are dark dark brown. They can either be marks resulting in “nothing” or completely “everything” in the world. The use of these simple gestures are a result of reducing my visual language towards something achievable without the struggle of a tortured artist. I left the pain of painting for the sake of pushing paint. Rock, Mountain, Monument, or Portrait confidently obtained over and over again.
From your point of view, as someone who decrypts images on a daily basis, what do you find within these simple reduced gestures? How do you view images (in broad terms)? How do the images of “art” relate to “things” you find yourself surrounded by?

A: As an artist, you tend to focus on the process. I think simple reduced gestures are a way to ‘go straight to the point’. In French we say ‘aller à l’essentiel‘, it means focusing on the main thing. Being confronted to an image, I first let the image speaks for itself if I can say so. Then I will try to decode it – professional inclination? I look at the composition, the colors or the lack of colors, the shapes. Does the image remind me of something? Does the image make me comfortable? Or on the contrary, uncomfortable?

B: Yes, to the point. Another part of the process is the selection of images to be used; a selection of material followed by a set of rules, or a set of alterations. I tend to use common images, causing an entry point with something very familiar. The same is done with assemblage works, using found common objects I attempt to place mundane artifacts in new contexts. Placing something on a pedestal or presenting an object in a vitrine sets some importance on the object and by doing this with common materials I am hoping the viewer looks closer asking some of the questions you just presented.

19

A: The materials you are using seem to participate in the DIY: found book pages, recycled paint. By picking these objects, you tend to change their status. I agree with you when you say that ‘placing something on a pedestal or presenting an object in a vitrine sets some importance on the object’. That is what I call the “duchampian reminiscence” – or the legacy of Duchamp. On the other hand, your works are referred as “non-monuments”.

B: Yes, I work with readymades. The book pages I use are selected in a curatorial manner to determine which could be considered readymades (or complete and finished art works). A recent collection of pages I have acquired from old cook books. Unaltered these pages will be shown as a “meal”. This “meal” is part of our everyday, also an element of the conversation I intend to provoke between the viewer and the work. That is to say, the works are not monuments, rather part of common rituals. These everyday rituals are balanced with rituals in the studio. Marcel Duchamp, David Ireland, and Bruce Conner have all played a role in laying down this groundwork.

A: Your work encompass curating and exhibiting. Is there a common logic linking these activities. And also what is a typical day of work for you? (if such a thing exist nowadays…)

B: There is definitely a common logic between these two activities. As I mentioned both thoughts share a very similar starting point in my work; a selection of materials followed by a process of alterations. I approach art-making with a curatorial tendency, wherein these selections and edited compositions define the aesthetic of the work. I continue to involve both roles throughout various collaborations such as the One Day Artist Residencies. I am interested in obscuring authorship while working with others, returning the focus to our interactive process. Nowadays a typical work day (if one does exist) involves moving objects, making space and finding time. Interestingly enough, I have not found the time to update the website for the One Day Artist Residencies, which indirectly further complicates the private nature of the project.

04

A: You just mentioned “alterations” – which are part of a natural process. Interesting thing to point out as you use white and terracotta colors in your work quite often, they could be some possible recollection of earth or organic materials.

B: Much of my process is natural, as with most artists; responding to our surroundings. I spent a lot of time with my family in Arizona growing up. When I was young my mom would buy turquoise from Navajo Indians on the side of the road. I returned later in my life and the Navajo Indians were gone. There was a piece in my DCKT exhibition titled Turquoise Added, Turquoise Removed which was a response looking back on this. The neutral color palette is not so much part of a an alteration as it is more of a reduction or response. Small elements of bright teal, turquoise, red or orange (reduction) intercept the commonality of rejected house paint colors (response).

Brion Ruda Nosch lives and works in San Francisco, California.
He is currently exhibiting in the group show Ultrasonic V at Mark Moore Gallery in Los Angeles.
More info here: http://www.markmooregallery.com/

website:
http://brionnudarosch.com/

Hallway Projects:
http://hallwaybathroomgallery.com/

blog:
http://www.somethinghomesomething.com/

Vimeo:
http://vimeo.com/brionnudarosch

All works – found book page on found book page, Courtesy of the artist

12

Portrait of artist if Bob Ross was father