Hamid Rad

Posted: May 3rd, 2018 | Author: | Filed under: interviews | Tags: , , | No Comments »

La silhouette profilée se détache sur un fond bleu et la surface de l’eau, toute proche, se laisse deviner par les rayons du soleil qui transpercent la surface. Il s’agit d’un requin bleu et l’image apparait sur le compte instagram du photographe Hamid Rad.
La photographie sous-marine s’est considérablement démocratisée tout au long de ces dix dernières années. L’allègement du matériel requis, la diminution du prix d’un caisson et la diversification des loisirs ont rendu possible cette évolution. Désormais plus accessible, le monde sous-marin n’en finit pas néanmoins d’exercer cette fascination sur les hommes. On se souvient bien entendu du roman d’aventures de Jules Verne Vingt mille lieues sous les mers ou plus récemment des émissions du Commandant Cousteau qui ont permis de mieux faire connaître le monde sous-marin et les espèces qu’il abrite.
Aujourd’hui, si l’idée d’une « planète Mer » commence à faire son chemin, on ne peut pas s’empêcher de penser que la situation écologique est assez dramatique et qu’il est important, voire primordial de regarder ces images en ayant en tête la préservation de la vie marine.

Entretien avec Hamid Rad, photographe et vidéaste basé à Paris.

Comment vous êtes-vous retrouvé à l’autre bout du monde pour étudier les espèces sous-marines ?
J’ai grandi à Nice, ce qui m’a permis d’avoir un contact avec la mer en étant très jeune. A l’âge de dix ans, je suis parti vivre à Paris où j’ai fait des études de géographie et ethnologie par la suite. Je ne voulais me tourner vers le professorat; une carrière académique ne m’intéressait pas. Vers trente ans, j’ai eu envie de me rapprocher de la mer et je suis parti faire du volontariat au Mexique où j’ai travaillé pour une ONG.

Et c’est à ce moment précis que vous commencez à faire de la photo ?
Oui, en pratiquant la plongée, j’ai eu envie de faire des images du monde sous-marin même si je n’avais aucune formation. Petit à petit, j’ai pu acheter du matériel photo de meilleure qualité. J’ai commencé au Mexique, puis je suis allé en Amérique Centrale, et dernièrement j’ai passé beaucoup de temps aux Seychelles et aux Maldives.
La photo sous-marine consiste principalement à illustrer des magazines. En général, les images sont très colorées et très éclairées, ultra saturées si vous préférez, assez difficiles à lire finalement. Et j’ai préféré suivre mon instinct, c’est à dire privilégier une image plus simple, avec des silhouettes ou deschoses plus figuratives. Je voulais que ceux qui ne sont pas familiers avec le monde sous-marin puissent reconnaître les espèces représentées.

Sur votre site Internet, on découvre une série de photos prises en Iran.
Je ne faisais pas de photo hors de l’eau à cette époque. Lorsque j’ai eu quarante ans, j’ai décidé de me rendre dans mon pays d’origine. J’avais quitté l’Iran quand j’avais un an et je n’y étais jamais retourné. Mes parents ont fui la révolution mais sont repartis vivre à Téhéran depuis. C’était certainement symbolique pour moi. C’est un pays magnifique, assez mystérieux. J’ai eu envie de prendre en photo ce que j’avais sous les yeux, et faire des portraits principalement. Au début, c’était assez difficile : il y a le regard des gens. Et puis je ne voulais pas être intrusif ou voyeuriste.

Vous utilisez le même appareil, qu’il s’agisse des photos sous-marines ou en extérieur ?
Oui. J’ai un Canon 5 D. C’est un appareil très pratique, qui permet de faire des grands tirages. J’utilise l’objectif fisheye qui permet d’avoir un angle très large.

Quelles sont selon vous les qualités requises pour faire de la photo sous-marine ?
Plus on descend en profondeur, plus les couleurs disparaissent. Donc il faut de la lumière pour éclairer sous l’eau mais en prenant garde à ne pas surexposer. C’est assez complexe et puis il y a énormément de particules qui scintillent. Une photo sous-marine n’a rien de spontané ! (rires). Outre les compétences techniques, qui sont indispensables en photo sous-marine, je pense qu’il faut avoir l’œil tout simplement. Je suis captivé par les formes simples comme les silhouettes de poissons ou ce genre de choses. C’est pour cette raison que j’aime beaucoup le noir et blanc. C’est plus graphique, ça fait appel à notre imagination. Le travail de Nick Brandt m’a inspiré, sans aucun doute : ses photos en noir et blanc de lions dans la savane. Rien à voir avec ce qu’on trouve dans les pages de National Geographic – qui sont de très belles images par ailleurs.

Il faut également essayer de ne pas effrayer les espèces…
Effectivement. Il faut prendre le temps d’observer, rester calme, comprendre son environnement. Il y
a un aspect très aléatoire dans la photo sous-marine.

Vous avez plongé avec des requins. Est-ce que vous avez déjà eu peur sous l’eau ?
Pas vraiment. Au-delà du plaisir que j’éprouve en faisant ces images, je me suis rendu compte que ces animaux sont éphémères. Nous sommes certainement l’une des dernières générations à pouvoir observer des espèces telles que les raies manta, les requins baleines, qui deviennent de plus en plus rares. Pour moi, c’est une façon de témoigner. Le requin est un bon exemple puisqu’il est constamment menacé. La perception des gens commence à peine à changer. On ne le voit plus nécessairement comme un animal dangereux ou comme une menace qu’il faut éliminer. C’est un animal assez timide en réalité. Mais pour répondre à votre question, je ne me suis jamais senti menacé par un animal en étant sous l’eau.

Que pensez-vous de la démocratisation de la photo sous-marine ?
Plus de gens, cela signifie plus de menaces sur l’environnement. Mais cela me semble important que les gens aient accès à ce monde pour le comprendre et le respecter davantage.
En ce qui concerne la photo sous-marine à proprement parler, cela ne veut pas dire qu’il y aura davantage de meilleures photos. Au contraire, on voit toujours les mêmes images ultra saturées. Je me suis désabonné de certaines pages Facebook dédiées à la photo sous-marine parce que j’en avais assez de voir des images de tortues au loin avec la main d’un plongeur au premier plan.

Faut-il être un plongeur aguerri pour pouvoir vous suivre ?
Le premier niveau permet de descendre à dix-huit mètres et c’est largement suffisant pour observer les poissons ou le corail. La plupart de mes photos sont prises entre zéro et vingt mètres environ où la luminosité est idéale pour permettre une grande diversité d’espèces.
C’est vraiment la découverte d’un nouveau monde, en trois dimensions, un environnement dans lequel on est contraint de se déplacer moins vite, on respire plus lentement. Pour moi, le monde sous-marin est le dernier lieu sauvage car rien ne rappelle l’humain. C’est magique.

On parle de “monde du silence”. Il n’y a vraiment aucun son ?
Nous ne les percevons pas mais il y a beaucoup de bruits sous la surface de l’eau en réalité. Les poissons coraliens par exemple émettent des sons pour se repérer, une sorte de brouhaha qui est à peine perceptible. Donc ça reste un monde du silence relatif pour nous humains.

Quel spectacle vous a le plus émerveillé ?
Il y a un archipel en Indonésie qui s’appelle Raja Ampat, un triangle coralien avec une diversité d’espèces sous-marines absolument incroyable. Imaginez un ballet permanent de poissons colorés.
Complètement enivrant… Je tremblais tellement j’étais émerveillé !

site Internet : https://www.hamidrad.com/
sur instagram : hamidradphoto


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