Ken Gonzales-Day

Posted: May 10th, 2009 | Author: | Filed under: art sur canapé: exhibition reviews | Tags: , | No Comments »

Il a étudié l’histoire de l’art, la peinture et la photographie. On lui doit de nombreux essais, publiés dans les pages des magazines d’art ou de catalogues. Il dispense également des cours d’histoire de l’art depuis plus d’une dizaine d’années dans différentes universités.
Son travail repose sur des faits historiques, en particulier sur une facette relativement méconnue de l’histoire des Etats-Unis, le lynchage. C’est un certain William Lynch (1736-1796) qui décida de « réformer » la façon dont la justice était appliquée dans l’état de Virginie pendant la guerre d’indépendance. En sa qualité de juge de paix, il instaura des procès expéditifs menant parfois à des exécutions sommaires à l’encontre des défenseurs de la couronne britannique. La loi de Lynch se répandit dans l’Ouest américain, punissant les voleurs, les tricheurs au jeu et les hors-la-loi. Le mot lynchage apparaît vers 1837, désignant un déferlement de haine raciale à l’encontre des Indiens, en dépit des lois qui les protègent, et de la population noire.

Dès la fin du XIXe siècle, de nombreuses images de lynchage ont circulé de manière légale aux Etats-Unis, et ce jusqu’en 1908, date à laquelle les services postaux américains décident d’en interdire l’envoi. Le format carte postale a facilité leur diffusion et leur commercialisation. La plupart du temps, les scènes de lynchage étaient immortalisées par des professionnels ou des amateurs. Ces images trophées attestaient alors de la présence sur les lieux de leurs auteurs. Ils avaient assisté à l’événement. En Californie, le lynchage a toujours été un acte public, ayant peu à peu pris place à la tombée de la nuit. La pendaison est toujours le moyen d’exécution le plus employé.

Gonzales-Day a entrepris un important travail de recherche et de collecte de documents historiques qui sont ensuite montrés dans le contexte de l’art contemporain. Il a choisi de se concentrer sur les lynchages dont a été victime la communauté des latinos en Californie. Il dénombre 354 cas de lynchage pour l’état de Californie entre 1850 et 1935.

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The Wonder Gaze (St. James Park), 2006-2009, Courtesy de l’artiste

Pour l’exposition Spy Numbers, qui se tient au Palais de Tokyo du 28 mai au 30 août 2009, il choisit de montrer une reproduction monumentale sur papier affiche, réalisée à partir d’une photographie d’archive en noir et blanc. Un arbre se trouve au centre de l’image et une foule compacte de personnages se situe au premier plan.

Toutes les images ont un contenu brutal et bien réel. L’intervention de l’artiste sur ces images en noir et blanc consiste à en effacer le contenu horrifique, à savoir le supplicié et la corde. Seuls subsistent l’arbre qui a servi pour la pendaison ainsi que la foule des spectateurs. Tout l’enjeu du travail de Gonzales-Day est de parvenir à montrer ces images sans mettre en valeur l’événement de manière spectaculaire à nouveau. Comment montrer des atrocités ?
La question de la représentation est posée.
Il choisit de montrer l’événement par sa négation visuelle, autrement dit, son absence. Un comble pour le médium photographique qui repose avant tout sur l’observation des choses. L’image ressemble en fin de compte à une photographie de paysage aux allures fantomatiques. Son intérêt pour l’image photographique relève d’une fascination pour le signifiant, c’est-à-dire la perception d’une image par son contexte, formel ou culturel. La série des Erased Lynching est une référence directe à l’histoire du lynchage en Californie, elle-même effacée de l’histoire « officielle » de l’état. Ken Gonzales-Day produit des images d’images, en s’inscrivant néanmoins à contre-courant du flux où réel et simulacre ne parviennent plus à se distinguer l’un de l’autre.

Né en 1964.
Vit et travaille à Los Angeles.

http://www.kengonzalesday.com/

Ouvrage monographique :
Gonzales-Day, Ken. Lynching in the West : 1850-1935, Durham & London : Duke University Press, 2006

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