Maurizio Cattelan

Posted: September 3rd, 2013 | Author: | Filed under: interviews | Tags: , , | No Comments »

CHINESE PORTRAIT
Torno Subito*, Maurizio Cattelan’s solo show at the Galleria Neon, Bologna, 1989 (*Be right back)

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Photo: Pierpaolo Ferrari

The launch of Toilet Paper 8th issue at the Palais de Tokyo gave me the opportunity to get in touch with Maurizio Cattelan. Of course my idea was an interview for noblahblah. But I did not want to ask him about his work because you don’t want to explain what is inside Maurizio Cattelan’s mind. Reading interviews others conducted with him, I thought that most of the time they ask the wrong questions such as his supposedly provocative side for example. These people expect the artists to tell the truth about their work when artists are not necessarily in the position to tell the truth but rather to question things.
Cattelan’s early works are seen as various self portraits. The very first one was a photograph depicting him with his hands in the shape of a heart (Lessico Familiare, 1989). Senza titolo, made in 2001 for the Boijmans Museum in Rotterdam is probably the most well-known of these self portraits: a sculpture depicting him peering from a hole in the floor of the room.
The idea behind a Chinese portrait is to get an abstract depiction of a person with spontaneous answers. It’s a bit like a game but in the end it becomes a serious thing. I thought it was the perfect way to conduct an interview with Maurizio Cattelan.

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Untitled, 2009. Photo: Zeno Zotti. Courtesy: Maurizio Cattelan Archive

If you were a natural phenomenon, you would be…
A sailing stone !
http://en.wikipedia.org/wiki/Sailing_stone

If you were an animal, you would be…
A cat, the dilettante in fur you should never trust.

If you were a metal, you would be…
Titanium, low density and high resistance to corrosion in chlorin.

If you were a mythological being, you would be…
I’ve always wanted to go around with Dionysus’ ivy crown but Poseidon’s trident is an absolute women catcher.

If you were a famous human being, you would be…
Very scared.

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All, 2008. Photo: Markus Tretter. Courtesy: Maurizio Cattelan Archive

If you were a haircut, you would be…
Mullet hair style, definitely! Business in the front, party in the back.

If you were a color, you would be…
Black, to suit all the ladies.

If you were an item of clothing, you would be…
David Bowie’s tie-dye spandex pants. God bless David Bowie.

If you were a human activity, you would be…
Idleness, the beginning of all vices, the crown of all virtues.

If you were a job, you would be…
A nightclub bouncer so I can finally get myself in.

If you were an egg being cooked, you would be…
Wishing I was a chicken.

If you were a weapon, you would be…
A woman.

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Untitled, 2007. Courtesy: Maurizio Cattelan Archive

If you were a place, you would be…
A 4 000 meters snowy ridge in Valle d’Aosta called Il Naso. Hard to outline.

If you were a scent, you would be…
A nasty fish-scented snow smell.

If you were an adverb of time, you would be…
Next.

If you were a movie, you would be…
400 blows cause I have no socks left around these holes.

If you were a motto, you would be…
The trouble is, you think you have time.”

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Untitled, 1989. Courtesy: Maurizio Cattelan Archive


Lek & Sowat

Posted: February 20th, 2013 | Author: | Filed under: interviews | Tags: , , , , | 2 Comments »

Lek et Sowat sont deux protagonistes du projet Mausolée, qui a consisté à s’immerger pendant près d’un an dans un supermarché abandonné au Nord de Paris pour peindre les 40 000 m2 de surface murale. Ils se sont entourés d’une quarantaine de graffeurs français, invités à participer à cette résidence artistique inhabituelle. Un film en stop motion et un catalogue retranscrivent l’expérience. Dans le graffiti, c’est avant tout l’image qui atteste de l’œuvre réalisée, d’où la nécessité de documenter tout ce qui est produit.
Il y a quelques mois, le Palais de Tokyo leur a proposé d’investir une cage d’escalier, ancienne sortie de secours n’étant plus exploitée.

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Dans les entrailles du Palais secret, Palais de Tokyo, 2012. Photo : Thias

Le collectif dont vous êtes membres se nomme Da mental Vaporz. Comment s’est opéré le choix du nom et qu’elle en est la signification ?

Sowat : Je suis le seul des deux à être DMV. Lek n’a malheureusement pas cette chance… Le collectif est né il y a 10 ans en banlieue parisienne, c’est Bom.k et Iso qui l’ont monté. Ensuite ils ont été rejoints par Kan puis tous les autres – Dran, Brusk, Jaw, Gris1, Blo et moi. C’est Bom.k qui a trouvé le nom, il voulait quelque chose qui sonne américain. Ça se faisait beaucoup à l’époque et pour lui, ça signifiait “les vapeurs mentales…” Dans le hip-hop des années 80, “da” est la contraction de “the”. Pour moi qui parle anglais, je trouve que le mot est un peu kitsch, mais bon c’est Bom.k le chef…

Comment se sont passés vos débuts et votre découverte du graffiti?

Lek : J’habitais dans le 19e, près de Stalingrad. Dans les années 80 c’était un terrain assez mythique : des mecs venaient de toute l’Europe pour y peindre et c’était juste à côté de chez moi.

Sowat : Tu dessinais avant ?

Lek : Oui je dessinais déjà. En tout cas, cet endroit a joué un rôle significatif puisque je peins encore aujourd’hui.

Sowat : Moi j’étais à Marseille, dans un environnement beaucoup plus provincial. J’habitais à côté du boulevard de la Corderie où il y avait un lettrage vert de Tower 313 qui m’a vraiment tapé dans l’œil. J’ai commencé à en faire sur papier. Puis un soir je suis allé en faire un sur un mur à côté de l’école et j’ai ressenti une vraie décharge d’adrénaline en le faisant. Je me suis mis à dessiner, à faire des esquisses etc. Mais en tout cas, c’était plus lié à la sensation qu’à l’esthétique.

Quels sont les artistes qui vous ont inspiré ?

Sowat : Lek car j’étais fan de son travail avant de le rencontrer. Il y a une partie du graffiti qui était très traditionnelle, basée sur un lettrage simple, lisible avec du chrome, du noir, des couleurs flashs et des personnages de BD. Cette façon de faire ne m’a jamais vraiment plu. Par contre, il y avait aussi un pan du graffiti qui était beaucoup plus expérimental, abstrait, avec des gens comme Lokiss ou les BBC.
Une partie de ma famille est américaine, donc j’ai passé pas mal de temps en Californie. A Los Angeles, il y a une culture qui s’appelle la culture cholo, une culture Mexicaine qui est très présente et dans laquelle j’ai baigné. A 20 ans, j’ai découvert le travail de Chaz Bojorquez, qui a développé une écriture spécifique au sein du cholo. Le travail du calligraphe Hassan Massoudi m’a également marqué. Il est connu de beaucoup de graffeurs français de la fin des années 90.

Lek : Les graffeurs que Sowat a cité m’ont aussi influencé. J’avais envie d’aller aussi vers des choses plus expérimentales. Certains graffeurs américains m’ont marqué ensuite. Un livre comme Spraycan Art, dans lequel j’ai découvert Kase 2, a eu beaucoup d’importance. Kase 2 avait la particularité de déconstruire les lettres pour en faire quelque chose de moins lisible. Il avait créé son propre style et j’ai eu envie de faire pareil.

Sowat : Il y a deux livres qui sont sortis il y a 20 ans, Spraycan Art et Subway Art, qui ont évangélisé la planète entière. Lorsqu’on était jeunes, on voyait du graffiti dans les séries américaines, en fond mais il n’y avait pas d’accès à l’information. Il n’y avait pas Internet etc. Ces livres nous ont permis d’avoir accès à cette culture car on essayait de refaire les lettrages dans un premier temps, avant de faire nos propres trucs. En France, un livre comme Paris Tonkar a pu avoir un impact assez similaire. Il ne faut pas oublier qu’il n’existe pas d’école où on peut faire l’apprentissage du graffiti, qu’il n’y a pas vraiment de professeurs, mis à part nos pairs…

Vous avez récemment collaboré avec John Giorno au Palais de Tokyo. Est-ce un artiste dont vous aviez entendu parler auparavant ?

Sowat : On avait entendu parler du film dans lequel Warhol filme quelqu’un en train de dormir pendant des heures. On ne savait pas que le dormeur était un poète célèbre. J’ai fait des recherches sur lui avant qu’on le rencontre. C’est à ce moment-là qu’on a découvert son “palmarès”, qui est assez intimidant.

Lek : On ne connaissait pas le reste de son travail, qui est très différent du nôtre et c’était une bonne chose.

Sowat : Giorno nous a accueillis à bras ouverts, nous a traités d’égal à égal.

3 - Lek Sowat et John Giorno - Photo par Thias

John Giorno, Lek et Sowat, Palais de Tokyo, 2012. Photo : Thias

En 2010, vous avez trouvé un supermarché abandonné dans le Nord de Paris. Vous avez travaillé dans ce lieu pendant un an, en invitant d’autres graffeurs à investir l’endroit, voué à disparaître. Ce projet a d’ailleurs donné son nom au site Internet : le mausolée. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Sowat : Avant de parler du mausolée, il faut préciser que Lek et moi, comme beaucoup d’artistes autour de nous, aimons investir des lieux abandonnés. Ce qui est assez antinomique avec l’idée du graffiti. Car le graffiti tel que les gens le pratiquent en général, c’est de peindre son nom dans l’espace public pour qu’il soit visible par le plus grand nombre. Mais des gens comme Honet, Legz ou Lek ont commencé à peindre dans ces endroits reculés, où il n’y a pas de public, pas de passage et à en ramener des images.

Lek : Je suis toujours à l’affût et si je vois que des palissades ou des parpaings commencent à être montés, je me renseigne. J’ai trouvé l’endroit pendant l’été 2010, dans le Nord de Paris, à un moment où l’espace était saturé dans Paris intramuros. Je ne travaillais pas très loin, j’étais en voiture en permanence et j’avais vu que ça avait été squatté. Je connaissais bien le supermarché pour y être allé lorsque j’étais plus jeune car j’habitais à proximité. Beaucoup de graffeurs connaissaient déjà le coin parce qu’on pouvait y peindre des trains à un moment donné. Bref, j’étais très curieux, même si le quartier est assez sordide aujourd’hui, avec pas mal de toxicomanes ou de prostituées.

Sowat - Lek

Sowat, Lek. Mausolée, 2010-2011. Photo : Thias

L’endroit était censé être détruit ?

Sowat : On n’a jamais vraiment trop cherché à savoir. Sur Internet, on a vu qu’il était question d’un vaste projet immobilier pour en faire un hôtel 3 étoiles notamment. Assez étonnant vu qu’il s’agit quand même d’un quartier assez glauque.
Le bâtiment est immense, avec deux piliers du périphérique qui sont plantés dans la structure. On s’est dit que ça devait certainement coûter trop cher de détruire l’ensemble pour reconstruire.

J’imagine qu’il y avait des traces des occupants qui vous ont précédé.

Sowat : Lorsque Lek m’a proposé de venir peindre dans cet endroit, on a découvert qu’il n’y avait eu aucune peinture à l’intérieur : seul le parvis avait été peint.
On a vite réalisé que ceux qui l’avaient squatté avaient dû partir du jour au lendemain, ils ont du se faire virer. Il y avait du café dans les tasses, de la nourriture, des assiettes sales posées, des tas de lits posés, des jouets… C’était assez fascinant, même si ça nous a mis mal à l’aise. On aurait dit qu’on débarquait dans cet endroit après un conflit post-apocalyptique. C’était peu de temps après le discours de Grenoble de Sarkozy qui disait vouloir démanteler les camps de Roms. On n’a pas pu s’empêcher de faire le rapprochement, même si on a découvert plus tard que les squatteurs étaient partis avant.

Lek : Très vite, on s’est dit qu’on allait garder tout ça pour nous. Un terrain peut vite être saccagé si trop de gens apprennent qu’il est libre. Le bouche à oreille fonctionne très bien dans ces cas-là. On ne voulait pas que d’autres graffeurs le trouvent, ou même des photographes; ce qui aurait été pire car les photos auraient circulé sur Internet. Comme l’accès était vraiment sale et difficile, on s’est dit qu’on était protégés par cette barrière de poubelles, qu’on pouvait organiser quelque chose. Petit à petit, on a commencé à inviter des graffeurs, de la première à la dernière génération du mouvement, des gens comme Jayone, Oclock, Dem189, Wxyz, lad Ghettos Farceurs et beaucoup d’autres, pour qu’ils viennent peindre avec nous, en leur demandant de garder le lieu et le projet secret.

Qu’est-ce-qui a conditionné ce nom : mausolée ?

Sowat : C’est venu au fur et à mesure. Au début, on l’appelait “le lieu”. Et plus on y passait du temps – on y est allé quasiment tous les jours pendant un an quand même – plus ça nous imprégnait. On a commencé à faire des peintures qui peuvent évoquer des peintures religieuses. Au bout d’un moment on l’a appelé “le temple”.

Sowat - Photo Yann Skyronka

Sowat. Mausolée, 2010-2011. Photo : Yann Skyronka

Lek : C’est surtout le parking du supermarché qui nous a permis de trouver le nom de mausolée. Un partie avait brulé dans un incendie, le plafond et le sol était noirs, couverts de suie. Il y avait des plaques au sol et certaines étaient relevées, comme des plaques de tombeau. Et puis, on utilisait des torches car il n’y avait pas de lumière et donc deux niveaux plongés dans le noir. Ça crée une ambiance particulière.

Sowat : Quand on s’est posé la question du nom, le projet existait déjà. L’idée du projet c’était de se dire qu’on était issus d’une culture en train de disparaitre, que personne d’autre ne semble comprendre ou apprécier. Personne n’étudie le sujet que je sache : il n’y a pas de critiques d’art qui se soient sérieusement intéressés au mouvement, ni de commissaires d’expo qui connaissent intimement le sujet. Sous prétexte d’être des Vandales, c’est toute cette culture, avec ses pionniers, ses archives, ses outils et son langage, qui a été sortie de l’histoire de l’art. Nous sommes les produits de 30 ans de barbarisme, tout ce qu’on a aimé a disparu, effacé par les pouvoirs publics. Ça n’a pas disparu parce que c’est moche, mais parce que le lien avec le public ne s’est jamais fait.
Quand la déferlante du street art est arrivée, ça n’a pas arrangé les choses. Tout à coup, tout le monde se disait “le street art c’est bien, c’est joli“. Par contre avec le graffiti, tu fais chier la terre entière. Nous, on s’est dit que c’était surtout une question de transmission. Si on explique ce qu’on fait le plus justement possible, si on fait un film qui retranscrit ce que ça fait de peindre où on peint et si on trouve un titre qui n’a rien à voir avec le graffiti, les gens feront peut-être attention à ce qu’on fait.
On a mis la définition de mausolée au début du catalogue (NDLR : Mausolée, Résidence artistique sauvage aux Editions Alternatives, avril 2012). Ca retranscrit bien l’expérience qu’on a vécue.

Une partie de votre travail implique d’investir des espaces en friche, par le graffiti et l’installation. Le cas du Palais de Tokyo est particulièrement frappant.
Comment avez-vous travaillé pour ce projet assez spécifique, puisqu’il s’agit d’une cage d’escalier ?

Sowat : Jean de Loisy (NDLR : Président du Palais de Tokyo), conseillé par Hugo Vitrani, nous a fait confiance. Il nous a d’abord invités pour collaborer avec John Giorno. Dès le début, c’était implicite : si ça se passait bien pour Giorno, il nous donnait un endroit. On a eu le choix entre une pièce plus petite et la cage d’escalier. On a choisi la cage car on savait déjà qu’on ferait quelque chose de collectif. En caricaturant un peu, on s’est tout de suite dit qu’on allait en profiter pour faire venir des gens qui auraient dû être invités depuis longtemps au Palais de Tokyo, comme Azyle, Bom.k, Horphée, Baps, Risot, Alexöne et d’autres…

Lek : L’intérêt de la cage d’escalier, c’était d’avoir des supports différents, avec de la brique entre autre, une bonne hauteur sous plafond, un sol rythmé avec des formes éclatées. Il était possible de jouer avec l’architecture du lieu, de s’appuyer sur les lignes de forces du bâtiment pour créer quelque chose d’immersif, qu’il y en ait partout, sur les murs, le sol et le plafond. Ca offrait plus de possibilités que le couloir d’à côté.

Wxyz - Sambre - Dem189 - Lek - L'outsider - Katre - Horfee - Velvet - Zoer - Rizot

Wxyz, Sambre, Dem 189, Lek, L’outsider, Katre, Horfee, Velvet, Zoer et Rizot. Palais de Tokyo, 2012.

Photo : Nibor Reiluos

Sowat : On n’a pas remarqué la porte qui nous séparait du reste du Palais tout de suite. Quand on l’a vue, on l’a mal pris, comme certains de nos invités. Tout le monde s’est un peu dit “OK, on a beau être au Palais de Tokyo, on est encore derrière la porte“. Mais on a très vite réalisé que cette porte qui nous isolait était une bonne chose. On a été libre d’inviter qui on voulait. Et cet isolement garantissait aux graffeurs qu’on avait invités de pouvoir faire ce qu’ils voulaient, loin du public et surtout de ramener le matériel qu’ils voulaient. Puisque le Palais prend publiquement la défense d’artistes comme les Pussy Riot ou le poète dissident Chinois Liao Yiwu, on s’est dit qu’il serait intéressant de faire croire que le Palais prenait une position similaire vis à vis de gens comment Azyle ou Cokney, qui risquent plusieurs centaines de milliers d’euros d’amende, voire de la prison ferme en cas de récidive, pour avoir peint des trains.

Lek: Après, pour présenter l’étendue de notre culture, on voulait confronter leur travail qui est assez violent, plein de chimie, à celui de gens comme Dran, qui a un travail plus enfantin et fragile, qui se rapproche plus des graffitis des cages d’escaliers que des dépôts de trains. L’idée c’était de mettre ces différentes pratiques et sensibilités dans une même zone et de voir ce qu’il se passe. C’est comme cela qu’avec l’aide de Dem189 et Hugo Vitrani, on s’est retrouvé à faire venir 40 graffeurs français au Palais en moins de 6 semaines.

Ça aurait pu devenir anarchique… Pourtant il y a une grande cohésion. On n’a pas l’impression qu’autant de personnes aient travaillé dans le même endroit.

Lek : On avait confiance. L’idée c’était que les invités viennent peindre une première fois puis qu’on les parasite de nos formes graphiques avec Dem189 puisqu’ils reviennent peindre par-dessus nos formes et ainsi de suite. Le résultat final donne la cohérence.

Quel a été votre graff le plus dangereux ?

Sowat : C’était pas un graff, c’était la photo du graff le lendemain. Il y a quelques années, j’ai passé 15 jours dans les favelas à Sao Paulo avec Remy Uno. Au Brésil, les graffeurs ont un style très particulier qui s’appelle Pixasao, rien à voir avec l’influence du graffiti fait à New York dans les années 70. Un soir, j’écris le nom de mes potes sur des murs couverts de ce style particulier et le lendemain, j’y retourne pour faire des photos. Ce n’était pas le quartier dans lequel je vivais, j’étais seul et je me fais braquer mon appareil photo. La photo dans le graffiti, c’est capital car ça atteste ce qu’on a fait. Si on n’a pas de photo, c’est comme si on avait rien fait. Donc, lorsque j’explique à mes potes de la favela que je me suis fait braquer mon appareil photo, ils sont furieux que je me sois fait voler alors que je suis leur invité et me proposent une escorte pour y retourner pour que je puisse reprendre des photos avec un autre appareil. La police nous est alors tombée dessus pour un contrôle “de routine” ultra violent. Je me suis retrouvé plaqué contre un mur par un flic complètement malade, qui me hurle dessus en portugais que je ne comprends pas, son flingue collé contre ma tempe.

Lek : Quand j’étais plus jeune, je peignais souvent sur les voies ferrées, celles de la Gare de l’Est. J’étais avec des potes pour peindre un mur qui était sur le bord des voies. Lorsqu’on s’est placés de l’autre côté de la voie pour voir la peinture avec une vue d’ensemble, un train est passé et l’un de mes potes a cru que je m’étais fait écraser par le train. C’est la seule grosse frayeur que j’ai eue.

Quelle est la meilleure ville pour peindre ?

Sowat : Valparaiso au Chili et Marseille.

Lek : Paris.

Si l’on devait comparer la vision du graff en France et celle que vous avez pu constater dans d’autres pays, quelles conclusions en tireriez-vous ?

Sowat : La France est un pays conservateur, en pleine muséification, ce qui est assez antinomique avec ce que l’on fait. Rien à voir avec l’Amérique du Sud par exemple où le muralisme est rentré dans les mœurs il y a longtemps. Aux Etats-Unis, qu’on a évoqués pendant l’interview, même si les lois sont beaucoup plus sévères qu’ici, au moins ils savent faire la promotion de leurs artistes. L’exposition Art in the Streets, un projet assez colossal que Jeffrey Deitch a organisé au MoCA de Los Angeles il y a deux ans, a rassemblé 240 000 visiteurs je crois. C’est une première et un énorme succès populaire. Et je ne parle même pas d’Obama choisissant Shepard Fairey pour réaliser l’image de sa première campagne. En France, même s’il y a des initiatives ponctuelles intéressantes, on est encore loin de tout ça. De toute manière, comme pour beaucoup d’autres domaines, tout ce qui vient d’ailleurs nous semble plus intéressant que ce qui est fait ici. On a été incapables de soutenir la scène locale par exemple. Les collectionneurs préfèrent acheter des toiles de la old school américaine, même si elle n’intéresse plus grand monde, plutôt que de soutenir des graffeurs historiques de la scène française. Ça crée des cotes artificielles. De la même manière, les institutions françaises n’ont jamais consacré une seule vraie exposition rétrospective du graffiti hexagonal. Il y a bien eu une expo ambitieuse et de qualité à la Fondation Cartier il y a quelques années, Né dans la rue. Il y avait des moyens mais ils n’ont pas traité du graffiti français : le graffiti new yorkais des années 70 est beaucoup plus exotique.

Lek : Alors que ça fait plus de 30 ans que des artistes pratiquent le graffiti en France, à chaque fois qu’il se passe quelque chose, c’est à peu près le même schéma. Vu qu’il n’y a pas d’experts, c’est un commissaire d’expo qui ne connait rien au sujet qui est chargé de monter quelque chose autour du “Graffiti” ou plus récemment du “Street Art”. Comme c’est plus simple et économique à organiser, il va décider de montrer avant tout des toiles, alors qu’on ne peut pas vraiment dire que ça reflète la spécificité de notre pratique. Il s’entoure alors de “conseillers”, souvent des galeries ou des collectionneurs, qui ont un intérêt à mettre en avant telle pièce ou tel artiste. En moins de deux, notre culture en est réduite à sa caricature, à une esthétique un peu kitsch, de préférence proche de celle qu’on voyait sur les métros new yorkais il y a 40 ans de ça. Et c’est pour ça qu’on s’est enfermés pendant un an dans le centre commercial. On voulait prouver que ce qu’on faisait avait un sens. Depuis nos premiers tags, on s’obstine à chercher des nouvelles formes graphiques ou à se questionner sur d’autres supports. On espère avoir d’autres opportunités comme celle du Palais de Tokyo.

http://mausolee.net/

Sowat - Lek - Mausolee

Sowat. Lek. Mausolée, 2010-2011. Photo : Thias


Aurélie Cenno

Posted: May 9th, 2011 | Author: | Filed under: interviews | Tags: , , , , | No Comments »

Démarrons avec les présentations.
J’ai commencé par des études de Droit et ça m’a donné envie d’intégrer une école d’art, bizarrement. J’ai passé mon DNSEP à l’Ecole Nationale Supérieure d’Art de Paris Cergy en 2008. Et en parallèle, j’ai passé une Licence de Lettres avec un parcours de médiation culturelle.
Je continue à avoir une pratique plastique et je travaille au Palais de Tokyo en tant que médiatrice culturelle.

Quelle place occupe l’art au quotidien ?
Beaucoup de place ! Trop ? (rires).
C’est multifacette et l’art occupe une place importante dans ma vie. Le questionnement, l’intérêt ou l’échange jouent un rôle chacun à leur manière.

A partir du moment où l’on travaille dans le milieu de l’art, la séparation entre travail et loisir est assez mince, voire inexistante…
Oui, c’est certain. Je ne crois pas qu’on soit amené à faire de la photo, ou à travailler avec des artistes par hasard. Il y a un intérêt initial, ou une vocation. Et peut-être une façon de regarder qui est un peu autre.

Quelles sont tes principales sources d’inspiration ?
Le travail des autres artistes dans un premier temps. Je me rappelle de mon tout premier cours à l’Ecole des Beaux-Arts, Bernard Marcadé nous avait dit que de toute façon, tout avait déjà été fait. Et que la question est de savoir comment faire “avancer le schmilblick”. Lorsque l’on entend ça et qu’on est en première année, c’est assez déconcertant… Mais cela prend tout son sens par la suite. Regarder ce qu’il s’est passé auparavant, en tirer des conclusions et questionner d’une autre façon.

Ton travail de photographe comporte un corpus de portraits assez conséquent. Tu as initié récemment un projet de portraits de l’équipe du Palais de Tokyo ainsi que des acteurs du lieu (artistes, intervenants…). Je voudrais savoir de quelle manière tu abordes le portrait d’une personne que tu ne connais pas forcément.
Lorsque je dois prendre en photo quelqu’un que je connais un peu, j’ai eu un temps d’observation et d’anticipation qui me permet d’essayer de capturer le personnage de la façon dont il aimerait être perçu. Mon but est que cette personne soit contente d’avoir un portrait.
Il s’agit également de mettre en valeur les aspects qui me touchent le plus chez quelqu’un. C’est ce que j’ai envie de montrer. Je pense notamment à un portrait d’une personne travaillant au Palais de Tokyo qui est très introvertie et qui s’est vraiment révélée devant l’appareil.
Lorsque je ne connais pas la personne, et que j’ai très peu de temps devant moi, c’est le défi qui me motive. Mais en règle générale, je préfère y réfléchir en amont, trouver des décors ou un accessoire, quelque chose qui se rapporte à cette personne. Il s’agit de trouver un contexte favorable dans ce cas précis.

Quel type d’appareil utilises-tu ?
J’ai laissé tomber l’argentique pour tout un tas de raisons. Je travaille uniquement en numérique. Et je suis une inconditionnelle de Nikon.

Il me semble que tu retouches tes images de manière assez légère.
Effectivement, il n’y a pas de modification de l’image. Je pense à la série Garden Party qui met en scène des enfants : tous les accessoires ainsi que le maquillage sont intervenus lors de la prise de vue. J’aime que tout le décor soit prêt, même si dans certains cas, il est fait de bouts de ficelles. Le travail en post-production consiste surtout à calibrer la couleur, il n’y a pas de photo-montage.

Combien de temps passes-tu sur une image en moyenne ?
Si je suis en train de réaliser un travail plastique, la photo est juste un médium, elle n’est pas technique, au sens où je l’entends. Il s’agit davantage d’un travail de composition, en général en série. Donc ces images nécessitent un temps de préparation, pour lancer la série. Comme j’ai beaucoup travaillé avec des enfants, il fallait dans un premier temps les trouver et les booker. Je devais aussi m’entretenir avec les parents, leur expliquer mes intentions etc. Ensuite le travail de post-production avant de faire valider la photo par la famille. En général, ce type de projet prend quelques semaines.
Pour la série de portraits qui est en cours, les contraintes sont différentes. Un shooting peut avoir lieu de manière improvisée parce que quelqu’un sera de passage et je vais le prendre en photo. J’aurais repéré le lieu de la prise de vue au préalable et tout se passe assez vite.
Lorsqu’il s’agit de photos de tournage, la prise de vue s’étale sur un ou plusieurs jours et j’essaie ensuite de retravailler ça dans les plus brefs délais.

A quoi ressemble une journée type de travail ?
Les journées sont assez chargées. Je travaille sur les projets que nous développons au Palais de Tokyo et je fais de la médiation pendant la journée.
Le soir, j’essaie d’avancer sur mes photos, principalement les photos de tournage, les portraits. Un certain nombre de dossiers de photos s’accumulent et sont en attente. Donc oui, les journées sont longues.

Quels sont tes projets à moyen et court terme ?
J’ai une série de performances en attente que je réalise avec des enfants. J’utilise le prétexte du jeu ou de la punition que je détourne avec eux. Pour la prochaine performance, je vais reprendre le jeu “Jacques a dit”. L’idée est de faire de la cours de récréation, non pas un terrain de jeu, mais un terrain de préparation à la guerre, avec des clans etc. Ca serait l’endroit où les affinités entre les gens se manifestent ou, au contraire, les divergences éclatent. Un enfant serait choisi de manière aléatoire pour jouer Jacques a dit, tous les enfants seraient habillés de la même manière et exécuteraient les ordres de cet enfant désigné. Le jeu reste la thématique. Qu’est-ce-que le jeu pour ces enfants ? Sont-ils en train de jouer lorsqu’ils font la performance ?
Et en parallèle, il y a cette série que initiée au Palais de Tokyo qui consiste à prendre en photo les gens avec qui je travaille . Il s’agit d’inclure tous ceux qui ont participé de près ou de loin au projet Palais de Tokyo. Cette série devra être bouclée pour les dix ans du Palais de Tokyo en 2012. L’idéal serait d’en faire un catalogue, pour communiquer sur ces gens qui ont permis que ce lieu existe et demeure.

A quoi rêves-tu ?
Lorsque je serai grande ? (rires)
J’aimerais acheter un vieux château, et le restaurer. Idéalement, il serait au milieu de nulle part, il y aurait de la verdure, de l’espace et une connexion Internet quand même.
Plus sérieusement, je ne me projette pas trop en réalité. Envie de continuer à aller voir ce qu’il se passe ailleurs. La Lettonie et l’Afrique font partie des envies du moment.

Quand est-ce-que tu te sens utile ?
Je me sens utile lorsque le message passe, quel qu’il soit.

Que fais-tu le dimanche soir ?
Aucun souvenir (rires).
J’attends le lundimanche.

Quelle est ta drogue légale favorite ?
Je suis une dingue des consoles de jeu et ça a l’avantage d’être légal . Je commence à en avoir une collection. J’ai conservé les premières Nintendo familiales, qui sont intactes.

Quelle épitaphe sur ta tombe ?
FIN. Et tous les homonymes de ce mot…

C’est donc le mot de la fin. Merci.

Bang Bang, Aurélie Cenno, Courtesy de l’artiste

Alexandre Singh, Aurélie Cenno, Courtesy de l’artiste

Fôret, Aurélie Cenno, Courtesy de l’artiste

Karsten Födinger, Aurélie Cenno, Courtesy de l’artiste

Wig Out, Aurélie Cenno, Courtesy de l’artiste

Mégaphone, Aurélie Cenno, Courtesy de l’artiste

Michel Gondry, Aurélie Cenno, Courtesy de l’artiste

Sans Titre, Aurélie Cenno, Courtesy de l’artiste

Ralflow, Aurélie Cenno, Courtesy de l’artiste

Sans Titre, Aurélie Cenno, Courtesy de l’artiste

Tournage du clip “Prêt” de Ralflow, Aurélie Cenno, Courtesy de l’artiste

Aurélie Cenno
Née en 1982
Vit et travaille à Paris.
http://www.aureliecenno.com/


Rob Pruitt

Posted: October 27th, 2010 | Author: | Filed under: no blah blah: one artist | Tags: , , , , , | 1 Comment »

Rob Pruitt makes art easy‘ Cris Moor, fashion photographer

In 1992, Rob Pruitt had a show at Leo Castelli Gallery in New York called Red, Black, Green, Red, White and Blue. At the time he was the toast of the NY art scene and he was working with fellow artist Jack Early. The show – which doesn’t seem to appear on the exhibition history section on the gallery website – was heavily lambasted. It featured golden sheets on the walls, with sprayed painting, totems with pictures of famous American black people such as Michael Jackson or Martin Luther King and criticized racial issues in the US.

Jack Early left the profession afterwards and Rob Pruitt did not have a solo exhibition in the USA for several years.

In 1998, he did what looked like a Minimalist sculpture with cocaine : Cocaine Buffet had a 16-foot mirror displayed on the floor with a line of coke stretching down on it. The piece, like its title said, was also a feast for anyone who happened to be there and agreed to get down on their knees to snort cocaine and be photographed while doing it.

Rob Pruitt promoting my blog, picture by the author

In 1999 he did 101 Art Ideas You Can Do Yourself which invites the audience to be part of easy art making in a funny way.

Idea No. 1 Tell the truth
Idea No. 2 Tell a lie
Idea No. 3 Change your name
Idea No. 4 Make someone happy!
Idea No. 5 Make someone cry
Idea No. 6 Fake laugh
Idea No. 7 Fake an orgasm
Idea No. 8 Fake your death
Idea No. 9 Get plastic surgery
Idea No. 10 Put make-up on body parts. Ear shadow, belly blush
Idea No. 11 Put make-up on your face
Idea No. 12 Make a painting with make-up
Idea No. 13 Stay in bed
Idea No. 14 Draw on your bedsheets
Idea No. 15 Make a baby
Idea No. 16 Kill yourself
Idea No. 17 Sell a collector the key to your house
Idea No. 18 Customize your refrigerator with paint, decals and locate in a place other than your kitchen
Idea No. 19 Customize storage boxes and display as sculpture
Idea No. 20 Make a painting on a lampshade
Idea No. 21 Vandalize your home with spray paint
Idea No. 22 Graffiti your bathroom
Idea No. 23 Use a magazine as a sketch book
Idea No. 24 Spread rumors
Idea No. 25 Draw something small, scan it, print it out big
Idea No. 26 Turn your TV upside down
Idea No. 27 Turn your TV on its side to watch while lying on your side
Idea No. 28 Watch TV without sound or listen to TV with the screen covered
Idea No. 29 Watch a DVD in fast forward, slow motion or reverse
Idea No. 30 Make a drawing by pressing pause and tracing the image off the TV screen
Idea No. 31 Spend the day in a costume
Idea No. 32 Sit on the toilets backwards
Idea No. 33 Make a sound composition when you pee by alternating the flow between the porcelain and the water
Idea No. 34 Do an interpretative dance to environmental sound. Baby crying, vaporetti, pigeon cooing
Idea No. 35 Wear diapers
Idea No. 36 Sprinkle glitter
Idea No. 37 Take drugs
Idea No. 38 Shoplift
Idea No. 39 Sneak your own merchandise into stores
Idea No. 40 Collect stuff
Idea No. 41 Curate a Youtube or Netflix festival
Idea No. 42 Make a mix tape
Idea No. 43 Take audio snapshots with a digital recorder
Idea No. 44 Arrange flowers in unexpected combinations. Baby’s breath & spring onions; buds, blooms & withered blossoms
Idea No. 45 Make a monochrome meal
Idea No. 46 Dress in monochrome
Idea No. 47 Live in a monochrome house
Idea No. 48 Be a photographer without a camera. Download images from the Internet
Idea No. 49 Buy something expensive and put it on a pedestal. Return it for your money back. Repeat
Idea No. 50. Make mud. 2 parts dirt, 1 part water. Use as paint or clay
Idea No. 51 Make a leaf out of paper and tape it to a tree
Idea No. 52 Make a tree and add it to a forest
Idea No. 53 Pour a glass of water to look at
Idea No. 54 Draw yourself into your favorite comic strip
Idea No. 55 Put everything inside outside
Idea No. 56 Bring everything outside inside
Idea No. 57 Fill a desk drawer with gravel and make a secret zen garden
Idea No. 58 Make a drawing by holding a marker in a place other than your hand, wherever you can. Toes, mouth, underarm, butt cheeks.
Idea No. 59 Make a drawing by highlighting as you read
Idea No. 60 Translate from one language to another
Idea No. 61 Frame a painting with a feather boa
Idea No. 62 Hang a painting crooked, sideways, upside down, or face to the wall
Idea No. 63 Go on an urban animal photo safari. Pigeons, rats, squirrels, cockroaches
Idea No. 64 Paparazzi your pet
Idea No. 65 Interior decorate your pet’s habitat
Idea No. 66 Make a valuable sculpture by adding a diamond
Idea No. 67 Put things on pedestals
Idea No. 68 Take things off pedestals
Idea No. 69 2 identical things side by side
Idea No. 70 10 identical things in a row
Idea No. 71 Something cut in half
Idea No. 72 Put googly eyes on things
Idea No. 73 Draw faces on Styrofoam wig heads, light bulbs and eggs
Idea No. 74 Point a treadmill at a painting
Idea No. 75 Name all the bricks that make up a wall
Idea No. 76 Make up drag queen names. Amber alert, Whitney Biennal
Idea No. 77 Make up band names
Idea No. 78 Name your plants
Idea No. 79 Name household pests. Bugs, mice
Idea No. 80 Invent a new color and name it François Pinot
Idea No. 81 Take things apart
Idea No. 82 Put things back together
Idea No. 83 Toss loose change into a pile on the floor
Idea No. 84 Make an aluminium foil death mask
Idea No. 85 An electric fan wearing a t-shirt becomes an easy figurative sculpture
Idea no. 86 Make a portrait of someone by printing their phone number poster-size
Idea No. 87 Make a portrait/self-portrait by captioning a mirror
Idea No. 88 Frame your credit card statement. I.E., the month of your trip to Paris
Idea No. 89 Stalk someone
Idea No. 90 Collect autographs, one per canvas or page. Think of as portraits
Idea No. 91 Make a photo album of all your worldly possessions
Idea No. 92 Record yourself talking for fifteen minutes, let your consciousness stream
Idea No. 93 Save and transcribe your voice mail. Publish your emails
Idea No. 94 Make a collage on an unopened wine bottle for the year of its vintage
Idea No. 95 Don’t clean your house and call it scatter art
Idea No. 96 Make a scent installation. A pine branch in a microwave, pour a glass of Cologne, fart
Idea No. 97 Write captions on the glass for the view outside your window
Idea No. 98 Write lyrics to a classical music composition
Idea No. 99 Title untitled paintings
Idea No. 100 Make a list
Idea No. 101 Title your life

He is currently exhibiting in FRESH HELL, show curated by artist Adam McEwen at the Palais de Tokyo. Esprit de Corps is a series he has been doing since 2006, which consists of several pairs of jeans filled with cement and laid out as a ballet choreography.

jeans

Esprit de Corps, 2006, installation view, Courtesy of Gavin Brown’s enterprise, NY

Rob Pruitt is represented by Gavin Brown’s enterprise and Air de Paris.
http://www.gavinbrown.biz/
http://www.airdeparis.com/

FRESH HELL, carte blanche à Adam McEwen, Palais de Tokyo, on view until Jan 16 2011.
http://www.palaisdetokyo.com/


Serge Spitzer

Posted: June 27th, 2010 | Author: | Filed under: interviews | Tags: , , , | No Comments »

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installation view, image by André Morin

How did you start making art?
I don’t know if I started making art or I got caught into it. It was never a clear decision from my side, it has more to do with the fact that I was curious about many things and sometimes these things took a shape which became associated with ideas of art.

Could you tell us about the Reality Models?
What I can say is that I am interested to find certain models which exist between people, between places, between ideas. I try to mediate between them and I try to find significance in a very simple thing which is universal and by definition this becomes a model for a reality we all experience in different places, different cultures. We are preoccupied or at least we have common denominators, coordinates and those become in a way a kind of trajectory of references. These references are what I call ‘reality models’.

Could you tell us about the project for the Palais de Tokyo?
I do not think I am exhibiting a project, the project is exhibiting itself. It is a system I made 15 years ago in Lyon for the first time. I am happy to have the opportunity to show this piece in France again, to rebuild work which has been destroyed 15 years ago and to make it clearer despite the ambiguity I feel about a work which defines itself by its nakedness. In a way it is a naked system of contradictions. Making it again enables me to show how adaptable it is in different conditions.

Did you conduct research on the building?
No, but I was just fascinated by this hidden space which was always there. I’ve seen the Palais de Tokyo for the first time in December. I know very little about its history but I know that this building which is hidden for so many years, used to be a Museum of modern art. And I know that to have such a significant institution buried, hidden and out of view for so many years, it’s something significant. In a way I wanted to use its volume of air which stays there maybe, possibly unused, unfunctional but significant and to make it circulate through Palais de Tokyo above the surface in a kind of shape defined in its lack of function.

In a way your installation could also been considered as a kind of link between the past of the building and its future
Of course, but you should know that even if the space would not been used in the future, it would have been an exciting and interesting possibility. I am fascinated by how certain systems become clear in different contexts. Now if you take a system and you put it in a different context, it gains something from the surrounding mystery, history and aura and enlarges the significance of it because you are creating something which in a way evolves and remains the same. And I think that the potential of this work is that it is always the same but is always different.

What about scale?
Well I think that it is very clear the installation can not be too small because the size of the tubes and the relationship between the scale of the elements with the human body is very important to me. The fact that you have certain intentions, wishes and associations in this perspective and not like in a small straw model construction, it is very important. We need to understand the relativity between the human scale and certain interventions. In this case the systems are always much larger and much complex that we are able to see. They can not be insignificant in size.

What about the title?
It is important to understand that the title of this work which refers to a baguette and a croissant is a way to reference to a place but also comes back to the origins of the piece as an ambiguous description of sculpture. A baguette and a croissant are two elements which are associated with nurturing, with food and associated with our intimacy and of course to France. But in a way they also represent models of sculpture: a croissant and a baguette, they are made from flower, water and butter. The cooking transforms them into sculptural objects. The bread is chewy, it is like a form, with different kinds of air and displaced bubbles of air inside. The croissant is a volume which is made of layers. The butter which becomes emptiness in a way, but full by its own construction. So this analysis of everyday life elements like a fruit or a vegetable or a croissant, comes from my interest to generate for people some curiosity. Sometimes the title has to be boring, or long like this one. Also the work is very large and needs to have a trail in order for you to understand that the work takes a shape but fights again it. And at the same time, hope for people to look for meaning in everyday life and in a way transform it back into a model.

Is it a sculpture? An installation?
It is not an objet d’art for sure. It does not fit in the category of a certain way of intervention because I do not believe in these categories.

But it is shown in some art venue.
Yes but it is a different specie, it is a different category. It is also an installation and also a sculpture and a site-specific installation of course using the air from below. But it is also an universal idea. You know the breath of place takes over this work and the breath of this place will fill it up with meaning. The idea is ‘Is this meaning transportable only in one shape?‘ Or ‘Is this meaning transportable in a multitude of shapes using the same ideologies or attitudes?‘ I see my role is pointing towards something which is undefined but is generous, something which can give many meanings, adapt to many places and be significant universally because it starts from something very specific and local. And if there is something which interests me, is to find those elements which can speak an universal language of meaning and that are still very much adapted to a place. It is somehow like human beings.

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vue d’exposition, photo : André Morin

Vos débuts en art
Je ne sais pas si j’ai commencé à faire de l’art ou si j’ai été happé par l’art. Cela n’a jamais été une décision claire de ma part, c’est davantage dû au fait que j’étais curieux d’un certain nombre de choses qui ont pris forme et ont été associées à des idées en rapport avec l’art.

Pouvez-vous évoquer les Modèles de Réalité ?
Ce que je peux dire, c’est que cela m’intéresse de trouver certains modèles qui existent entre les gens, entre les endroits, entre les idées. J’essaie d’établir un lien entre eux et j’essaie de trouver un sens à une chose très simple qui est universelle et qui par définition devient un modèle de la réalité dont nous faisons tous l’expérience, dans différents contextes et différentes cultures. Nous sommes préoccupés ou tout du moins nous avons des dénominateurs et des coordonnées communs qui deviennent d’une certaine manière des trajectoires de références. Ces références sont ce que je nomme les « modèles de réalité ».

Pouvez-vous nous parler du projet pour le Palais de Tokyo ?
Je ne pense pas que j’expose un projet en tant que tel, c’est davantage le projet qui s’expose. Il s’agit d’un système que j’ai créé il y a quinze ans à Lyon. Je me réjouis à l’idée de montrer ce travail à nouveau en France, de le reconstruire alors qu’il a été démonté quinze ans auparavant. Il s’agit aussi d’apporter des précisions, ce malgré l’ambiguïté que j’éprouve pour cette pièce qui se définit par sa nudité. D’une certaine manière, c’est un système nu, plein de contradictions. Le fait de le refaire me permet de montrer à quel point il s’adapte à différentes conditions.

Avez-vous effectué des recherches sur le bâtiment ?
Non, j’étais seulement fasciné par cet espace caché des regards qui a toujours été là. J’ai vu le Palais de Tokyo pour la première fois en décembre. Je ne connais pas bien son histoire, je sais juste que ce bâtiment abritait le Musée d’art moderne auparavant. Et je sais que le fait d’avoir une institution aussi importante ensevelie, cachée et hors de vue depuis tant d’années est une chose inestimable. D’une certaine manière, je voulais utiliser le volume d’air qui subsiste peut-être dans cet espace, probablement inutilisé, non fonctionnel mais néanmoins important. Je voulais le faire circuler à travers le Palais de Tokyo au-dessus de la surface, et qu’il prenne une forme définie par cette absence de fonction.

Votre installation pourrait aussi être considérée comme une sorte de trait d’union entre le passé et le futur de ce bâtiment
Bien entendu. Ceci dit, s’il n’était pas prévu de réhabiliter cet espace prochainement, cela aurait été tout de même une possibilité aussi stimulante qu’intéressante. Je suis fasciné par la façon dont certains systèmes se révèlent à nous dans des contextes différents. Maintenant, si vous prenez un système et que vous le placez dans un contexte différent, il tire parti du mystère, de l’histoire et de l’aura environnants. Sa portée s’en trouve ainsi agrandie car vous créez quelque chose qui évolue tout en restant identique. Et je pense que le potentiel de cette pièce réside dans le fait qu’elle est toujours la même et également différente à chaque fois.

Un mot sur l’échelle ?
Et bien il me semble évident que l’installation ne peut pas être de taille réduite, au vu de la dimension des tubes. La relation entre l’échelle des éléments et le corps humain est également importante pour moi. De mon point de vue, il y a certaines intentions, certains souhaits et associations qui sous-tendent ce projet : il ne s’agit pas de modèles réduits. Nous devons comprendre la relativité entre l’échelle humaine et certaines interventions. Dans ce cas, les systèmes sont toujours plus grands et plus complexes qu’il n’y parait. Leur taille est significative.

Un mot sur le titre ?
Le titre de ce projet, qui évoque une baguette et un croissant fait référence, en quelque sorte, à un endroit précis, mais rappelle également les origines de la pièce par cette description ambiguë d’une sculpture. La baguette et le croissant sont deux éléments associés à la nourriture, et par extension à notre quotidien et enfin à la France. Mais d’une certaine manière, ils représentent également des modèles de sculpture : un croissant et une baguette s’obtiennent en utilisant des céréales, de l’eau et du beurre. La cuisson les transforme en objets sculpturaux. Le pain est d’une consistance molle, et s’apparente à une forme, avec des bulles d’air disséminées à l’intérieur. Le croissant est un volume constitué de différentes couches superposées. Par certains aspects, le beurre cesse d’être un solide pendant la cuisson, mais il reste plein, du fait de sa structure. Donc cette analyse d’éléments du quotidien tels qu’un fruit, un légume ou un croissant vient de mon intérêt pour susciter la curiosité des gens. Parfois, le titre doit être ennuyeux ou long, comme c’est le cas ici. De même que la pièce a des dimensions importantes, elle doit avoir un parcours pour que vous compreniez qu’elle a une forme donnée contre laquelle elle se bat. De la même manière, elle incarne la possibilité pour le spectateur de s’interroger sur le sens de la vie quotidienne et la possibilité de le transformer en un modèle de réalité.

S’agit-il d’une sculpture ? D’une installation ?
En tout cas, il ne s’agit pas d’un objet d’art. Cela ne rentre pas dans une catégorie car je ne crois pas à tout ce système de classification.

Pourtant la pièce est montrée dans un centre d’art
Effectivement, mais il s’agit d’une espèce différente, qui appartient à une autre catégorie. C’est à la fois une sculpture et une installation in situ qui utilise l’air provenant du niveau inférieur. Mais c’est également une idée universelle. Vous savez, c’est le souffle provenant de cet endroit qui emplit cette structure, et qui lui donne son sens. On se demande alors si le sens est une donnée transportable dans une forme spécifique ou dans une multitude de formes utilisant les mêmes idéologies. Je pense que mon rôle est de désigner cette chose indéfinie mais généreuse, pouvant avoir plusieurs significations, pouvant s’adapter à différents endroits et endosser ce caractère universel car elle a pour point de départ un endroit précis. Pour moi, c’est intéressant de rassembler ces éléments qui s’adressent à tout le monde d’une part, et qui s’adaptent néanmoins à un endroit précis d’autre part. C’est en quelque sorte comme avec les êtres humains.

Re/Search: Bread and Butter with the ever present Question of How to define the difference between a Baguette and a Croissant (II), 1995-2010
Palais de Tokyo, Paris (19 Feb – 05 Dec 2010)

http://www.realitymodels.org/