Izis

Posted: February 26th, 2010 | Author: | Filed under: art sur canapé: exhibition reviews | Tags: , , | No Comments »

J’appuie sur le déclic quand je suis à l’unisson avec ce que je vois.” Izis

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Sans titre, 1945-1959

En 1951, Izis est l’un des cinq French Photographers exposés au Museum of Modern Art de New York avec Brassaï, Henri Cartier-Bresson, Robert Doisneau et Willy Ronis.

Israëlis Bidermanas nait en 1911 en Lituanie.

En 1930, fuyant les persécutions antisémites dont les Juifs sont victimes, il émigre à Paris, avec l’intention de devenir peintre. Trois ans plus tard, il dirige un studio de photographie traditionnelle dans le 13e arrondissement.

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Sur les quais de la Seine, 1949

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Izis se réfugie dans le Limousin mais il sera cependant arrêté et torturé par les Nazis. La Résistance le libère, il rejoint le maquis et photographie ses compagnons. Sa première exposition a lieu en 1944 lorsqu’il présente les portraits des maquisards montrés délibéremment tels quels : devant un simple fond blanc, mal habillés, non rasés, hirsutes.

Il revient à Paris après la guerre et devient reporter pour Paris Match. Il réalise des portraits de Jean Cocteau, Grace Kelly, Orson Welles, Edith Piaf, Arman…
Travailler pour Paris Match lui permet de rencontrer de nombreux artistes ou poètes. Il se lie d’amitié avec Marc Chagall, qui l’accompagne souvent pour de longues promenades à pied dans Paris. Jacques Prévert devient également un ami proche, qui signe plusieurs textes pour les ouvrages du photographe. Ses sujets de prédilection : des amoureux, des enfants en train de jouer, des ouvriers, le monde du cirque.

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Métro Mirabeau, 6 heures du matin, 1949

Il n’aime pas quitter Paris mais fait cependant deux exceptions : il se rend à plusieurs reprises en Israël entre 1952 et 1954. A la même époque, il effectue plusieurs allers et retours à Londres et publie un ouvrage Charmes de Londres.

Il meurt à Paris en 1980.

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Visite de la reine d’Angleterre, 1957

Artiste, reporter, portraitiste et flâneur, l’exposition qui lui rend hommage actuellement à l’Hôtel de Ville rend compte de la diversité de son travail.

Izis, Paris des Rêves, du 20 janvier au 29 mai 2010
Exposition gratuite à l’Hôtel de Ville
5, rue Lobau
75004 Paris
tous les jours de 10 à 19h sauf dimanche et jours fériés

Interview d’Izis pour le Journal de Paris (1965)


Kiki Lamers

Posted: December 13th, 2009 | Author: | Filed under: art sur canapé: exhibition reviews | Tags: , , | No Comments »

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Gorilla, 2007, huile sur toile, 100 x 80 cm, Courtesy de la galerie Annet Gelink

Kiki Lamers est une artiste peintre et photographe néerlandaise.
Elle réunit souvent les deux médiums dans son œuvre, en peignant notamment à partir de diapositives projetées sur la toile. Les sujets sont souvent des grands portraits d’enfants représentés de manière réaliste. Elle travaille avec une couche de peinture épaisse (peinture à l’huile principalement) enrichie par différents pigments.
En 2000, alors qu’elle vivait en Auvergne, elle a fait l’objet d’une procédure judiciaire pour corruption de mineurs de moins de quinze ans après avoir pris des photographies de nus d’enfants dans des positions jugées provoquées, suggestives, lascives ou obscènes. Elle et son conjoint qui avaient déposé les photos à développer chez un professionnel, ont été condamnés à huit mois de prison ferme et 5 000 € d’amende en août 2004 par le tribunal de grande instance de Cusset (Allier). Le 2 février 2005, la condamnation a été confirmée, mais transformée en prison avec sursis par la cour d’appel de Riom pour laquelle l’alibi artistique invoqué est sans pertinence. L’artiste a annoncé sa volonté de se pourvoir en cassation.
La galeriste parisienne Ghislaine Hussenot, qui avait exposé les oeuvres de Kiki Lamers il y a deux ans, dénonce un procès “grotesque“, estimant qu’il n’y a “pas le moindre soupçon de pornographie dans son travail“.

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Untitled, 2009, huile sur toile, 95 x 85 cm, Courtesy de la galerie Annet Gelink

Cette histoire n’est pas sans rappeler l’affaire Présumés Innocents, d’après le titre d’une exposition présentée au CAPC de Bordeaux en 2000. Les trois commissaires de ce projet ont été récemment renvoyés devant le tribunal correctionnel de Bordeaux, alors que le Procureur de la République avait requis un non-lieu en 2008. Il leur est reproché d’avoir montré un certain nombre d’oeuvres d’artistes contemporains jugées “choquantes” qui auraient pu être vues par des mineurs, ceci malgré tous les dispositifs d’avertissement soigneusement mis en place. Ce sont les oeuvres des artistes suivants qui ont été incriminées : Elke Krystufek, Gary Gross, Ines van Lamsweerde, Cindy Sherman, Nan Goldin, Ugo Rondinone, Marlene Dumas, Paul McCarthy, Carsten Höller, Robert Mapplethorpe, Eric Fischi, Mike Kelley, Matt Collishaw, Christian Boltanski, Cameron Jamie, Joseph Bourban, Wolfgang Tillmans. Au vu de la liste, force est de constater que ces oeuvres ont été montrées ou reproduites à de nombreuses reprises et qu’elles ne constituent en aucun cas un danger pour la jeunesse.

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Kiki Lamers expose actuellement et jusqu’au 24 janvier 2010 à l’Institut Néerlandais à Paris, dans le cadre du prix Jordaan-Van Heek 2010. Ce prix, qui est décerné tous les trois ans par un jury indépendant depuis 1996, récompense un artiste contemporain qui vit et travaille aux Pays-Bas.

Née à Nimegue, Pays-Bas.
Vit et travaille à Rotterdam.
Sort diplômée de l’Académie Nationale des Beaux-Arts d’Amsterdam en 1992.
Représentée par la galerie Annet Gelink, à Amsterdam.
http://www.annetgelink.nl/

Ouvrage
Anna Tilroe & Dan Cameron, Kiki Lamers: Tender Age, Artimo Foundation Breda, 2002


Ken Gonzales-Day

Posted: May 10th, 2009 | Author: | Filed under: art sur canapé: exhibition reviews | Tags: , | No Comments »

Il a étudié l’histoire de l’art, la peinture et la photographie. On lui doit de nombreux essais, publiés dans les pages des magazines d’art ou de catalogues. Il dispense également des cours d’histoire de l’art depuis plus d’une dizaine d’années dans différentes universités.
Son travail repose sur des faits historiques, en particulier sur une facette relativement méconnue de l’histoire des Etats-Unis, le lynchage. C’est un certain William Lynch (1736-1796) qui décida de « réformer » la façon dont la justice était appliquée dans l’état de Virginie pendant la guerre d’indépendance. En sa qualité de juge de paix, il instaura des procès expéditifs menant parfois à des exécutions sommaires à l’encontre des défenseurs de la couronne britannique. La loi de Lynch se répandit dans l’Ouest américain, punissant les voleurs, les tricheurs au jeu et les hors-la-loi. Le mot lynchage apparaît vers 1837, désignant un déferlement de haine raciale à l’encontre des Indiens, en dépit des lois qui les protègent, et de la population noire.

Dès la fin du XIXe siècle, de nombreuses images de lynchage ont circulé de manière légale aux Etats-Unis, et ce jusqu’en 1908, date à laquelle les services postaux américains décident d’en interdire l’envoi. Le format carte postale a facilité leur diffusion et leur commercialisation. La plupart du temps, les scènes de lynchage étaient immortalisées par des professionnels ou des amateurs. Ces images trophées attestaient alors de la présence sur les lieux de leurs auteurs. Ils avaient assisté à l’événement. En Californie, le lynchage a toujours été un acte public, ayant peu à peu pris place à la tombée de la nuit. La pendaison est toujours le moyen d’exécution le plus employé.

Gonzales-Day a entrepris un important travail de recherche et de collecte de documents historiques qui sont ensuite montrés dans le contexte de l’art contemporain. Il a choisi de se concentrer sur les lynchages dont a été victime la communauté des latinos en Californie. Il dénombre 354 cas de lynchage pour l’état de Californie entre 1850 et 1935.

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The Wonder Gaze (St. James Park), 2006-2009, Courtesy de l’artiste

Pour l’exposition Spy Numbers, qui se tient au Palais de Tokyo du 28 mai au 30 août 2009, il choisit de montrer une reproduction monumentale sur papier affiche, réalisée à partir d’une photographie d’archive en noir et blanc. Un arbre se trouve au centre de l’image et une foule compacte de personnages se situe au premier plan.

Toutes les images ont un contenu brutal et bien réel. L’intervention de l’artiste sur ces images en noir et blanc consiste à en effacer le contenu horrifique, à savoir le supplicié et la corde. Seuls subsistent l’arbre qui a servi pour la pendaison ainsi que la foule des spectateurs. Tout l’enjeu du travail de Gonzales-Day est de parvenir à montrer ces images sans mettre en valeur l’événement de manière spectaculaire à nouveau. Comment montrer des atrocités ?
La question de la représentation est posée.
Il choisit de montrer l’événement par sa négation visuelle, autrement dit, son absence. Un comble pour le médium photographique qui repose avant tout sur l’observation des choses. L’image ressemble en fin de compte à une photographie de paysage aux allures fantomatiques. Son intérêt pour l’image photographique relève d’une fascination pour le signifiant, c’est-à-dire la perception d’une image par son contexte, formel ou culturel. La série des Erased Lynching est une référence directe à l’histoire du lynchage en Californie, elle-même effacée de l’histoire « officielle » de l’état. Ken Gonzales-Day produit des images d’images, en s’inscrivant néanmoins à contre-courant du flux où réel et simulacre ne parviennent plus à se distinguer l’un de l’autre.

Né en 1964.
Vit et travaille à Los Angeles.

http://www.kengonzalesday.com/

Ouvrage monographique :
Gonzales-Day, Ken. Lynching in the West : 1850-1935, Durham & London : Duke University Press, 2006

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